Pas de mariage gay avant la prière du soir

À la veille de la prière du 15 août, Monseigneur Barbarin, archevêque de Lyon a réaffirmé son opposition au mariage homosexuel, en déclarant : « Le Parlement n’est pas Dieu le Père ».

À la veille de la prière du 15 août, Monseigneur Barbarin, Archevêque de Lyon, a réaffirmé son opposition au mariage homosexuel, en déclarant : « Le Parlement n’est pas Dieu le Père ».

Par Roseline Letteron.

Mgr Barbarin

Les évêques catholiques annoncent que les fidèles assistant à l’office de l’Assomption seront appelés à dire une prière exprimant l’attachement de l’Église catholique à la famille composée d’un père et d’une mère. La formule est transparente. Il s’agit d’une prise de position contre le mariage homosexuel. En soi, cela n’a rien de surprenant. Chacun sait que l’Église refuse le sacrement du mariage aux homosexuels, comme elle le refuse aux couples dont l’un des conjoints est divorcé, comme elle le refuse aux prêtres. Ces prières ont lieu à l’intérieur des églises, et il appartient aux fidèles, et à eux seuls, de manifester, ou non, leur adhésion à une telle démarche.

Les propos tenus par Monseigneur Barbarin, archevêque de Lyon, sont, en revanche, plus surprenants. Observons d’emblée qu’il s’agit de propos publics, non pas réservés à la communauté des fidèles, mais diffusés largement par une interview accordée au journal Le Progrès. Il y déclare :

Notre désir est que la loi n’entre pas dans des domaines qui dépassent sa compétence. Un parlement est là pour trouver du travail à tout le monde, pour s’occuper de la sécurité, de la santé ou de la paix. Mais un parlement, ce n’est pas Dieu le Père.

On en reste sans voix. Monseigneur Barbarin voudrait réveiller l’anticléricalisme primaire qu’il n’agirait sans doute pas autrement. Appelle-t-il de ses vœux un chœur de Grands Prêtres pour surveiller la loi ? L’Église est-elle supérieure à la loi, et fera-t-on monter sur les bûchers ceux qui refuseraient de voter les normes qu’elle entend imposer ? On imagine aisément les réactions hostiles que peuvent susciter de tels propos,  comme si son auteur voulait ranimer de vieux conflits.

Loin de nous l’idée de donner des cours de théologie à Monseigneur Barbarin. Son analyse de la Bible ne regarde que lui, comme sa conception de la charité chrétienne et du respect des convictions d’autrui. Il semble, en revanche, qu’il ait grand besoin de connaître quelques notions de droit constitutionnel.

Le concept de souveraineté

A-t-il déjà entendu parler de l’article 3 de notre Constitution ? Il énonce que « la souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum ». Il se trouve que la France est un régime démocratique. Certains le regrettent peut-être, mais c’est ainsi. La loi n’est pas l’expression de la volonté des Grands Prêtres, mais celle de la volonté générale. Le Parlement est désigné par le peuple, au suffrage universel. Ce n’est pas « Dieu le Père », comme dit Monseigneur Barbarin, c’est beaucoup mieux que ça, puisqu’il est composé des représentants du peuple.

À ce titre, la loi n’est pas simplement un instrument utilisé pour « trouver du travail à tout le monde, s’occuper de la sécurité, de la santé ou de la paix ». La loi, c’est l’expression de la souveraineté du peuple et elle doit être respectée en tant que telle.

La notion de hiérarchie des normes

Contrairement à ce qu’affirme l’évêque de Lyon, le mariage homosexuel entre parfaitement dans la compétence du parlement. C’est vrai qu’il existe un pouvoir réglementaire autonome, qui s’exerce sans habilitation de la loi, mais qui ne lui est, en aucun cas, supérieur. Au-dessus de la loi, il n’y a que la Constitution, et son article 34 précise que « la loi fixe les règles concernant … l’état et la capacité des personnes, les régimes matrimoniaux (…) ». Autrement dit, le droit au mariage est du domaine de la loi, et d’elle seule, sous le contrôle du Conseil constitutionnel, pas sous le contrôle de l’Église.

Dans sa décision du 13 août 1993, le Conseil constitutionnel confirme évidemment cette lecture. Il évoque « la liberté du mariage qui est une des composantes de la liberté individuelle ». Par la suite, dans sa décision du 20 novembre 2003, il précise que la liberté du mariage se rattache également à « la liberté personnelle, découlant des articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l’homme et du Citoyen de 1789 ». Mais peut-être Monseigneur Barbarin connaît-il mal la Déclaration de 1789 ?

Bien entendu, de tels propos relèvent d’un amalgame bien connu entre le mariage civil et le mariage religieux. Pour les catholiques, le mariage est un sacrement, et ils ont parfaitement le droit de le considérer comme tel. Le mariage civil, en revanche, relève du droit des personnes défini par la loi.

La laïcité

Un tel amalgame constitue un remise en cause du principe même de la laïcité. Ce dernier est un principe d’organisation de l’État, qui implique une stricte séparation entre la société civile et la société religieuse, entre le mariage civil et le mariage religieux. Les convictions religieuses de l’individu n’intéressent pas l’État, comme d’ailleurs l’absence de convictions. La laïcité consiste précisément à faire passer la religion de la sphère publique à la sphère privée. L’article 2 de notre Constitution affirme que la France est une « République laïque » et qu’à ce titre, elle « respecte toutes les croyances ».

Nous respectons donc tout à fait les croyances de Monseigneur Barbarin. À lui de respecter aussi notre régime constitutionnel, qui présente au moins l’avantage de lui permettre de s’exprimer librement.

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