Prix du carburant : la grande hypocrisie de la transparence

Si Pierre Moscovici, le Ministre de l’Économie, voulait vraiment la transparence sur les prix de la filière pétrolière, il commencerait par demander aux pompistes d’indiquer sur le ticket de caisse la part « taxes » dans le prix du carburant.

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Prix du carburant : la grande hypocrisie de la transparence

Publié le 12 août 2012
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Si Pierre Moscovici, le Ministre de l’Économie, voulait vraiment la transparence sur les prix de la filière pétrolière, il commencerait par demander aux pompistes d’indiquer sur le ticket de caisse la part « taxes » dans le prix du carburant.

Par Emmanuel Martin.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.

Alors que la hausse du prix du pétrole combinée à une baisse de l’Euro fait augmenter les prix à la pompe, le Ministre français de l’Économie Pierre Moscovici a annoncé le 9 août la création d’une « mission d’analyse et d’inspection sur la formation et la transparence des prix de la filière pétrolière ». Le Ministre a pu ajouter dans son entretien au quotidien Nice-Matin que « Les Français peuvent avoir confiance, nous agirons dans leur intérêt avec comme préoccupation leur pouvoir d’achat ». Quand on sait que les taxes constituent en gros les deux tiers du prix à la pompe et, donc, si l’on compte bien, que le niveau de taxation sur le carburant tourne autour de… 200% (!), les propos du ministre prennent un caractère assez comique : l’État se joue-t-il de nous ?

Du carburant aux indemnités parlementaires…

Avant de chercher à incriminer des acteurs de la filière, producteurs de service, et qui au total ne récupèrent qu’un tiers du prix à la pompe, l’État ferait bien de balayer devant sa porte. Si le Ministre voulait vraiment la transparence, il commencerait sans doute par demander aux pompistes d’indiquer sur le ticket de caisse la part « taxes » dans le prix du carburant. Voilà une grande avancée vers la transparence : que le consommateur sache que sur chaque plein d’essence qui lui coûte 60€, en gros 40€ sont des taxes. Avec cette information, le réflexe naturel de l’automobiliste serait alors de se dire que pour protéger son pouvoir d’achat, avant de discuter de blocage des prix, l’État ferait bien par commencer à baisser les taxes sur le carburant, disons… à « seulement » 100%.

Mais on sait depuis Colbert que « l’art de la taxation c’est de plumer l’oie sans qu’elle ne criaille ». Que la formule ait marché sous l’absolutisme royal passe encore. Mais de nos jours, ce maintien délibéré des citoyens dans l’ignorance est parfaitement anti-démocratique. La démocratie suppose la reddition des comptes. Elle est une forme de contrat « impôts contre service public ». Si le contrat est illisible, le contrôle citoyen ne peut se faire. C’est une dérive absolutiste qui ne dit pas son nom. Et quand d’ailleurs, parallèlement, moins de 5% de nos députés votent pour la transparence des indemnités parlementaires, on voit la « confiance » que les français peuvent avoir dans leurs représentants et leurs dirigeants… Faut-il alors s’étonner de la désaffection générale pour le politique ?

… À la fiche de paie

Cette tactique de la non-transparence est aussi un grand classique de la protection sociale monopolistique. Il est presqu’impossible aujourd’hui au salarié ordinaire (c’est-à-dire qui n’est pas expert-comptable) de savoir, en lisant sa fiche de paie, combien il ou elle coûte à son entreprise et quelle est la part de la sécurité sociale dans le coût total de son travail. Pour un salaire moyen, c’est en fait près de 100% du net : l’employé coûte donc en réalité à l’entreprise près de deux fois son salaire net. Évidemment, cacher ce coût permet d’empêcher les salariés d’aller comparer avec des assurances privées ou des système d’épargne-retraite alternatifs. Maintenir les gens dans l’ignorance garantit que le monopole de la protection sociale ne soit pas remis en cause. Belle leçon d’anti-démocratie de la part des gouvernements et des syndicats.

Les hommes politiques se plaisent à arborer le costume du chevalier blanc qui vient soulager les souffrances de la plèbe. Sauf que s’ils nous tendent une subvention d’une main, ils nous ont pris une taxe de l’autre. Dans le cas du carburant, on nous parle de « bloquer les prix », mais, on l’a vu, quand 60% du prix final est constitué de taxes, ce soi-disant blocage relève de la mauvaise blague. Le prix exorbitant à la pompe est d’abord le résultat d’un choix délibéré des hommes politiques.

Les missions de transparence visant à pointer du doigt les « méchants producteurs » qui font des « vilains profits » permettent de rassurer l’électeur et de le caresser dans le sens du poil (évidemment anti-capitaliste). Elles n’en sont pas moins d’une profonde hypocrisie.

—-
Sur le web.

Voir les commentaires (7)

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  • Et à quand le blocage des prix du pain pour lutter contre les méchants boulangers qui se font du fric sur les pauvres consommateurs sans défense.

    Très bon article qui résume bien la pensée dominante depuis de trop nombreuses décennies.
    Vivement la purge par la faillite.

  • Tres bon article qui met bien la classe politique le nez dans son hypocrisie !!

  • vous auriez pu entrer un peu plus dans les détails :

    rappel de la tva, 19,6 % et la trop fameuse TIPP !

    au fait, la TIPP c’est combien ??

  • Votre formule poil à gratter « impôts contre service public », à la rigueur contre sévice public.
    Le terme « impôt » n’est pas compatible avec une véritable démocratie car l’impôt est synonyme de spoliation.
    Nos Constituants l’avaient bien compris puisqu’ils utilisaient le terme « contribution » et ils en rajoutaient une couche pour qu’on comprenne bien : « Un peuple libre n’acquitte que des contributions, un peuple esclave paie des impôts. »
    Acte de l’Assemblée Nationale – 1789
    Je suis loin d’être en accord sur tous les points qu’ils ont abordés, dans la lignée de Burke et Jefferson mais ils méritent le détour sur le plan intellectuel, car après eux on a eu du mal à garder la tête sur les épaules.

    • Ok. Question de mots. Je suis un libéral classique. Il me semble qu’il y a un minimum de services publics devant être rendus par l’État. Pour les payer appelez ça impôts ou contributions, mais que le lien impôts-dépenses soit le plus clair possible.

  • Les commentaires sont fermés.

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