La gauche découvre son côté Dick Cheney

Pour les Américains de gauche durant les années Bush, le vice-président Dick Cheney était l’apothéose du mal dans le monde moderne. Quatre ans plus tard, les mêmes ont décidé qu’il avait raison depuis le début.

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La gauche découvre son côté Dick Cheney

Publié le 11 août 2012
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Pour les Américains de gauche durant les années Bush, le vice-président Dick Cheney était l’apothéose du mal dans le monde moderne. Quatre ans plus tard, les mêmes ont décidé qu’il avait raison depuis le début.

Par A. Barton Hinkle, aux USA.

Rumsfeld, Bush et Cheney

Pour les Américains de gauche durant les années Bush, le vice-président Dick Cheney était l’apothéose du mal dans le monde moderne. Quatre ans plus tard, les mêmes ont décidé qu’il avait raison depuis le début.

Apparemment, pendant les années Bush, ils détestaient Cheney parce qu’il était le partisan le plus infatigable de la guerre contre le terrorisme. Après le 11 Septembre, c’était Cheney qui disait qu’empêcher de nouvelles attaques nécessiterait que l’Amérique passe « du côté obscur ». C’était Cheney qui disait que le waterboarding (un « plongeon sous l’eau » selon ses mots) était une évidence.

En fait, Cheney allait si loin qu’il a affirmé que de telles méthodes n’étaient pas seulement moralement acceptables, mais moralement nécessaires. « Je pense qu’il aurait été contraire à l’éthique ou à la morale de notre part de ne pas faire tout ce qui est en notre pouvoir pour protéger le pays d’autres attentats », a-t-il dit. Après la fin de son mandat, il a affirmé à CBS que l’utilisation de techniques interrogatoires musclées a sauvé « peut-être des centaines de milliers » de vies.

Et Cheney raisonnait ainsi : les droits des individus, les règles constitutionnelles peuvent bien être importantes, mais sauver des vies était de loin plus important. Comme le répétait David Addison, le chef de cabinet de Cheney, quand l’Office of Legal Counsel (une administration chargée de conseiller le Procureur Général des États-Unis, qui est l’équivalent de notre ministre de la Justice) a menacé de refuser d’approuver le programme antiterroriste, « si vous prenez cette décision, vous aurez sur les mains le sang des centaines de milliers de gens qui vont mourir lors du prochain attentat ».

Pour les gens de gauche, c’était de la foutaise de A à Z. La menace d’un attentat terrorisme, même aussi horrible que le 11 Septembre, ne justifiait pas les innombrables affronts à la Constitution que l’administration Bush osait commettre, depuis les écoutes sauvages jusqu’aux dossiers des usagers des bibliothèques dans le cadre du Patriot Act. Oui, sauver des vies était important, mais pas en sacrifiant les libertés civiles et la constitution.

Mais ça, c’était avant Aurora.

Depuis que James Holmes a abattu 12 personnes et en a blessé 58 de plus dans un cinéma du Colorado, l’Amérique de gauche réclame à cors et à cris davantage de contrôle des armes, et insulte quiconque a une opinion différente.

Que davantage de lois de contrôle des armes n’aient pas réussi à être votées, selon le New York Times, prouve que « les politiciens ont bien trop peur du lobby des armes pour s’occuper de la violence qu’elles occasionnent ». E.J. Dionne, dans le Washington Post, va dans le même sens, qualifiant cette impuissance de « manque éternel de tripes ». Pour Adam Gopnik, du New Yorker, soutenir le droit de porter une arme est « une croyance si irrationnelle que même la mort et la destruction ne peuvent l’atteindre ». (Donc, pas besoin de débattre de tout ça : ces gens-là sont cinglés !)

La manière de faire de Gopnik résume la tournure d’esprit des gens de gauche. Des massacres rendent nécessaire davantage de contrôle des armes de manière si évidente qu’il n’y a plus rien à débattre. Puisque la solution est si évidente sans besoin d’argumenter, le fait qu’elle ne prenne pas réalité doit forcément être causé par quelque chose d’autre, comme la couardise ou la folie.

Les défenseurs du droit d’être armé ont répondu essentiellement sur le terrain pratique, en soulignant que le contrôle des armes ne marche pas, ou que les tueurs de masse peuvent être arrêtés si quelqu’un les abat à leur tour. Mais il y a un argument moral fort contre le contrôle des armes, à l’image de ce que disaient les mêmes face au waterboarding, aux écoutes sauvages et aux autres tactiques anti-terroristes de l’ère Bush.

Soixante millions d’Américains possèdent des armes à feu, et presque aucun ne tire la moindre cartouche par colère. La prémisse derrière le contrôle des armes, c’est que ces millions d’Américains respectueux de la loi devraient voir leurs droits et leurs libertés restreintes pour empêcher une fraction minuscule, entre trois millièmes et un pourcent d’entre eux, d’abuser de ces mêmes droits.

Imaginez un instant le scandale si l’on raisonnait ainsi pour, mettons, les américains musulmans. Imaginez qu’on leur dise « Nous savons que la plupart d’entre vous ne commettront jamais aucun acte terroriste, mais nous savons aussi que certains parmi vous pourraient le faire, donc nous allons demander à chacun d’aller se déclarer au commissariat le plus proche ». Les Américains, avec raison, hurleraient face à l’outrage public que représenterait une telle proposition. Pourquoi, alors, les gens de gauche le proposent-ils envers les possesseurs d’armes ?

Réponse : parce que, tout comme les conservateurs qui ont un faible pour le profilage ethnique, ils considèrent que certains droits sont importants, et que d’autres ne le sont pas.

Quand la Cour Suprême a confirmé que l’habeas corpus s’appliquait aux combattants ennemis présumés suite à l’affaire « Boumediene contre Bush », le New York Times n’a pas tari d’éloges sur cette « défense éclatante » de la « dignité humaine » et un « droit très cher… si central dans le système légal américain qu’il a sa propre clause dans la Constitution ». Deux ans plus tard, quand la cour a réaffirmé le droit individuel de porter des armes selon le second amendement (une autre « clause dans la Constitution », pourrait-on dire), le Times a adopté un ton très différent. Faisant allusion aux milliers de morts par armes à feu, il imprimait « Les arguments qui ont mené à la décision de Lundi sapant [l’interdiction des armes à feu] à Chicago étaient furieusement abstraits, mais les résultats ne seront que trop réels et sanglants ».

Dick Cheney aurait pu dire précisément la même chose à propos des décisions de la cour quant aux droits des détenus terroristes. Et en fait, il l’a fait. Comme il l’a formulé dans une interview, « Comment peut-on débattre avec quelqu’un qui est convaincu que le massacre routinier de nos enfants est le prix à payer pour notre liberté ? ».

Oups, désolé ; ça, c’était Adam Gopnik, dans le New Yorker, qui écrivait sur les défenseurs du droit de porter des armes. Mais c’est à s’y méprendre, pas vrai ?

—-
Article original titré Liberals Discover Their Inner Dick Cheney publié le 01.08.2012 sur reason.com.
Traduction : Benjamin Guyot pour Contrepoints.

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  • Article intéressant.
    Il nous illustre une fois de plus la caractère versatile des gens (particulièrement ceux des gauches, peu membrés entre les tempes… sinon par leur opportunisme servile, les élevant alors dans la classe « bobos »)…
    Difficile de gérer démocratiquement, lorsque la « base de voix » se comporte telle que bien écrit ici !

  • tres tres bon article.

  • Le Pouvoir, c’est comme un marteau. Quand vous en prenez des coups sur les doigts, vous vous mettez à critiquer son existence tout en haïssant celui qui le tient, et quand vous l’avez dans les mains, tout ce qui vous entoure se met à ressembler à un clou en attente de votre intervention nécessaire.

  • Le plus terrible c’est que pour la gauche les armes tuent, alors que jamais une seule fois dans l’histoire humaine un fusil n’a tué une personne, jamais. Ce sont les gens qui tuent, pas les armes, lors d’un massacre ils sont du genre à dire que l’arme est la cause tandis que le tueur est une pauvre victime de l’arme.

    Superstition, jalousie, haine, voulà comment raisonne la gauche.

  • Les socialistes et autres étatistes estiment nécessairement que la fin justifie les moyens. Le droit est inséparable de l’individu et les anti-libéraux de tout bord incapables de le comprendre contemple depuis un siècle le déclin moral et intellectuel de leur idéologie prétendument humaniste mais assurément liberticide.

    • Sansintérêt : je pense que ça vient de plus loin encore.

      Avez-vous déjà vu ce « meme » circuler sur Internet, qui énonce « Your rights end where my feelings begin » ? Je pense qu’il donne beaucoup de sens à ce genre de réactions. Si les émotions sont bien entendu nécessaires à la vie en société, elles sont difficilement communicables avec précision, et in fine peu partageables.

      La vie en société nécessite une communication de meilleure qualité, qui passe par l’argumentation et aboutit au droit. Le droit, voilà ce qui devrait constituer un rempart contre la tyrannie des émotions d’autrui. Et c’est en celà que je vois un danger immense dans les tentatives de subversion du genre « société du care », ou « justice as fairness ».

    • Le droit est effectivement inséparable de l’individu et il est naturel, pas variable au gré des fantaisies des « publicistes » comme disait Bastiat.

      Mais l’objet de l’État est de donner une réalité à cette théorie, précisément en prétinant ces droits autant que nécessaire. Ainsi, si Cheney a tort de défendre la « torture » (je mets ce mot entre guillemets car ce que les étatsuniens pratiquent relève du bizutage corsé à côté de ce que pratiquent leurs ennemis), alors il faut aussi abolir tout autre moyen de coercition étatique (prison…) et donc abolir l’État.

      Il n’est donc pas incohérent d’être libéral et de soutenir les propos de Cheney sur la torture.
      Le libéralisme n’est pas l’état de nature, il y faut un État pour protéger les droits naturels des individus, et pour ce faire l’État a la prérogative de porter atteinte à ces droits.
      Le socialisme est bien plus proche de la loi de la jungle, puisque le politiquement fort y enmploie sa force pour spolier le politiquement faible, comme le lion utilise sa force pour manger le premier les meilleurs morceaux et ne livre la carcasse aux autres qu’une fois repu.

  • « Un seul message face aux ennemis de la liberté: Nous gagnerons par TOUS les moyens.
    Cela ne signifie nullement que nous renoncions à nos valeurs. Au contraire, nous sommes prêts à tout pour qu’elles prévalent. »
    C’est parfaitement contradictoire. Un des apports irremplaçables de l’Occident au monde, c’est le règne du Droit. Qui implique la limitation de ce qu’un Etat peut faire. Renier son être profond pour vaincre un ennemi qui nous reproche justement notre nature, c’est lui donner raison.

    La puissance de la liberté dans une société ouverte, c’est que des gens sont spontanément prêts à se battre pour elle. Si plus personne n’est prêt à se battre pour la liberté de son pays, c’est le plus souvent parce que cette liberté a déjà été largement entamée de l’intérieur.

  • « Mais cela ne signifie pas que le libéralisme puisse émerger de l’islam, ni même être concilié avec l’islam. Rien d’autre n’est jamais sorti de l’islam, rien d’autre ne peut être fondé sur l’islam, que le totalitarisme le plus borné. »
    J’allais presque oublier ça. Dois-je reparler encore une fois des motazilites, qui avaient plusieurs siècles d’avance sur Thomas d’Aquin ?

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