Commémoration de la rafle du Vel d’Hiv : « la France » prise à partie

Dire que « la France » était collaborationniste est stupide et dénué de sens. Ce n’est pas la France qui a commis un crime. Parce que « la France », évoquée avec tant de légèreté et de certitude par nos élites, n’est qu’un concept.

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Commémoration de la rafle du Vel d’Hiv : « la France » prise à partie

Publié le 24 juillet 2012
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Dire que « la France » était collaborationniste est stupide et dénué de sens. Ce n’est pas la France qui a commis un crime. Parce que « la France », évoquée avec tant de légèreté et de certitude par nos élites, n’est qu’un concept.

Par Georges Kaplan.

François Hollande lors de la cérémonie de commémoration des 70 ans de la rafle du Vel d’Hiv.

Lors de la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv, François Hollande, rompant ainsi avec son mentor putatif, déclarait que « la vérité, c’est que le crime fut commis en France, par la France» et rajoutait « la France [à ce moment là] accomplissait l’irréparable ». Sans grande surprise, cette déclaration suscitait l’enthousiasme d’une gauche trop heureuse d’entretenir le mythe d’une droite française collaborationniste opposée à une gauche résistante tandis que, de l’autre coté de l’hémicycle, on se scandalisait de ce que le président de la République puisse ainsi confondre la France, la véritable, la résistante, la gaulliste avec l’infâme régime de Vichy.

Ce que ces déclarations, comme le tollé qu’elles ont provoqué ont de profondément surréaliste c’est que personne, à aucun moment, que ce soit parmi nos politiciens ou dans la presse n’a jugé bon de s’interroger sur la nature de ce que les uns comme les autres s’entendent à désigner sous le nom de « la France ».

Je peux comprendre que, par abus de langage, un supporter de football résume l’issue d’une rencontre internationale en disant que « la France a gagné ». On est ici dans le langage courant et le sujet, pardonnez-moi, ne mérite pas nécessairement que l’on s’embarrasse de détails quant à la forme. Mais très pratiquement et pour parler justement, ce n’est pas « la France » qui a gagné ; ce sont les joueurs de l’équipe nationale française et, par extension, le personnel d’encadrement de ladite équipe. Lorsque les supporters descendent dans la rue pour fêter la victoire en scandant le traditionnel « on a gagné » (trois fois), ils savent pertinemment qu’ils n’ont remporté aucune compétition sportive ce soir là et pour cause : ils ont passé la soirée devant leurs télévisions.

Dire que « la France » était collaborationniste est aussi stupide et dénué de sens que de la déclarer résistante. Ce n’est pas la France qui a commis un crime, ce n’est pas la France qui exporte et qui importe et ce n’est pas la France qui rase 20 millions de mentons chaque matin ; ce sont des français qui font ces choses-là, des individus. « La France », évoquée avec tant de légèreté et de certitude par nos élites, est un concept. Et les concepts ne pensent pas ; les concepts n’agissent pas : seuls les individus pensent ; seuls les individus agissent.

De quelque bord qu’elles proviennent, ces invocations de « la France » traduisent le même système de pensée. Un système de pensée dans lequel l’individu est subordonné au corps social auquel il est supposé appartenir ; un système de pensée dans lequel la société est conçue comme une entité douée de conscience et capable d’agir ; un système de pensée, enfin, qui confond cette société purement rhétorique avec l’État qui la gouverne. L’ironie tragique de l’histoire, c’est que c’est précisément le système de pensée des nazis et de ceux qui ont collaboré avec eux.

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  • Libre à vous d’aller jusqu’au bout de votre raisonnement et de renoncer à votre nationalité française pour devenir apatride…

    • Quel rapport avec l’article ? C’est con votre commentaire.

    • @ Tilleul :
      Il me semble que l’auteur est justement fier d’être français et de faire partie du peuple français, contrairement à Mr hollande et à tous les bien pensants qui ne pensent qu’à nous culpabiliser pour mieux nous asservir.

    • Ce serait avec grand plaisir! Qu’est-ce que la nationalité (française ou autre) lorsque vous n’avez plus que très peu de valeur commune avec le groupe? Malheureusement, il n’est pas si simple, dans le monde réel, de changer de natinalité…

      • Je ne vous propose pas de changer de nationalité, je vous parle d’abandonner la votre, puisque pour vous la patrie n’existe pas et qu’il n’existe que des individus.

        Il y a des artistes anarchistes qui ont trouvé le moyen d’abandonner leur nationalité (c’est le cas de Alexander Wilke-Steinhof / Alec Empire si mes souvenirs sont bon) pour vivre selon leur idéal de société. Ca nécessite un peu de travail pour gruger l’administration en mettant en marche des démarches de changement de nationalité, mais ça peut se faire… Evidemment, la situation risque de ne plus du tout être en phase avec votre idéologie quand vous allez vous rendre compte qu’en tant qu' »individu » on va vous demander de justifier votre entrée dans un autre pays (et dans la plupart des cas vous la refuser) alors qu’auparavant vous aviez la caution de « la France » et à partir de là vous allez peut être vous rendre vite compte que « la France » ce n’est pas juste l’addition de quelques dizaines de millions d’individus…

        • « je vous parle d’abandonner la votre, puisque pour vous la patrie n’existe pas et qu’il n’existe que des individus. »

          Commentaire toujours aussi con, typique d’une réflexion binaire.

          On aimerait bien savoir en quoi rappeler que les individus d’hier ne sont pas ceux d’aujourd’hui et que la France est bien composé d’individus consiste en un « reniement de la patrie » qui amènerait forcément à un abandon de la nationalité « au bout du raisonnement » ?

          A ce stade on hoche la tête tristement… c’est le merdier dans votre tête mon pauvre vieux.

    • Tilleul,
      Vous voulez jouer à ce petit jeu avec moi ? Soit.
      Dans l’Allemagne des années 1930, l’État élu démocratiquement estimait que la présence de juifs sur le territoire du Reich était contraire à l’intérêt général de la nation allemande. Vous allez maintenant m’expliquer, de façon claire et argumentée, ce que vous reprochez aux juifs-allemands qui ont préféré fuir plutôt de crever très patriotiquement dans les chambres à gaz. Avant de vous lancer, achetez-vous donc un slip en téflon, parce que je sens confusément que vous allez vous en prendre plein la tronche.

      • Déjà, les nazis ne sont jamais arrivés démocratiquement au pouvoir puisqu’Hitler a toujours été en minorité (Hitler tournait autour de 30% des voix aux élections présidentielles de 32 et le NSDAP tournait autour de 200 sièges sur 600). Hitler a reçu les pleins pouvoir après l’incendie du Reichstag et il a mis en place une dictature.

        Maintenant vous venez plutôt de donner un contre-exemple, puisque même dans ces circonstances l’Allemagne a reconnu ces torts dans cette histoire et a mis en place les indemnisations requises… Celui qui devrait avoir un slip en téflon ce serait plutot le Georges Kaplan local qui viendrait nous sortir « ah mais écoutez je suis désolé pour vous mais c’était l’individu Adolf Hitler avec les individus de la SS qui ont pillé les biens juifs et vidé les musées d’Europe, et pas du tout les autres individus allemands qui y sont pour rien donc si ça vous dérange pas on va tout garder »..

        • Non, non, vous pouvez vérifier les nazis n’avaient que 30% des voix…

          http://en.wikipedia.org/wiki/German_federal_election,_November_1932
          http://en.wikipedia.org/wiki/Franz_von_Papen

          Hitler était chancelier dans un gouvernement où ils étaient minoritaires, ils ont ensuite utilisé la force pour prendre des pouvoirs illégalement…

          De la même façon les bolcheviques n’ont jamais été en majorité en Russie et ont pris le pouvoir par un coup d’état pour s’imposer ensuite par la force..

          Mais je reconnais qu’en tant qu’ennemi de la démocratie, ça vous arrange bien de propager le mythe du « Hitler est arrivé au pouvoir légalement »…

        • L’État allemand, bougre d’âne. Pas l’Allemagne, l’État allemand !

          • Il est effectivement amusant de voir la confusion qui règne entre :
            – France
            – Etat Français
            – Gouvernement français
            – Patrie française
            – Peuple français
            On ne peut que déplorer les lacunes profondes de l’éducation civique dans ce domaine.
            Pour résumer, la rafle du Vel d’Hiv a été effectuée par l’Etat (l’administation si vous préférez) sous les ordres du gouvernement. Je ne vois pas exactement en quoi cela devrait provoquer une sorte de culpabilité pour le peuple français actuel et encore moins pour la France. Eventuellement, la patrie pourrait s’en vouloir d’avoir choisit des dirigeants aussi mauvais…

            Merci pour cette article !

          • +1 pour Lucius Tarkin

          • A partir du moment où on commence à considérer les institutions démocratiques comme un « eux » et non plus comme un « nous » c’est que les défilés de chemises brunes ne sont plus très loin… Dans une démocratie le gouvernement ne fait pas ce qu’il veut, la preuve même les nazis n’ont pas pu mettre en place leur programme sous les règles de la constitution allemande et ont du recourir au meurtre, à l’intimidation et à la torture pour imposer une dictature.

            Si vous ne connaissez pas la différence entre la délégation du pouvoir du peuple à des institutions démocratiques comme nous avons en France et un pouvoir dictatorial imposé à un peuple sous le controle démocratique, je vous invite à aller voir ce qui se passe en Corée du Nord et là vous apprendrez ce que c’est vraiment…

            Enfin libre à vous d’avoir un discours de nihilistes aigris et déviants qui ne reconnaissent aucune communauté de valeurs, mais ce n’est pas le cas de la majorité de cette population qui considère que s’il on veut continuer à assumer les succès passé, présents et futurs de la France (y compris sportif) et mériter le statut de nations des lumières, il faut en assumer également les pages noires…

        • « vous pouvez vérifier les nazis n’avaient que 30% des voix… »

          Allende aussi. Bizarrement, dans son cas c’est moins problématique.

    • Être apatride avec en contrepartie exemption totale des impôts : je signe de suite.

  • Un systeme de pense en effet bien triste mais dans lequel les francais se complaisent car il leur donne la douce impression de n’etre responsables de rien et victimes de tout.
    L’homme politique d’aujourd’hui a bien compris cette caracteristique francaise qui permet d’assumer tout et rien a la fois, puisque le responsable c’est l’etat.
    Pauvre petit peuple pour lequel le reveil sera si dur… quand aux elites qui profitent de cette naive insouciance et se gargarisent de pouvoir et d’argent, grande est ma compassion pour elles qui ne comprennent pas encore a quelle condamnation elles vouent leurs ames!

  • Ce genre d’abus de métonymie est une technique courante de manipulation. Ici, elle sert à assujetir le locuteur en induisant une culpabilité indûe.

  • « Il n’est pas bon d’avoir plusieurs maîtres ; n’en ayons qu’un seul ; qu’un seul soit le maître, qu’un
    seul soit le roi. »
    Voilà ce que déclara Ulysse en public, selon Homère.
    S’il eût dit seulement : « Il n’est pas bon d’avoir plusieurs maîtres », c’était suffisant. Mais au lieu
    d’en déduire que la domination de plusieurs ne peut être bonne, puisque la puissance d’un seul, dès
    qu’il prend ce titre de maître, est dure et déraisonnable, il ajoute au contraire :
    « N’ayons qu’un seul maître… »

    Tout individu a droit à la liberté d’ opinion et d’ expression, ce qui implique le droit de ne
    pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans
    considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’ expression que
    ce soit

  • Bravo à Kaplan, comme d’habitude.

    Je ne sais pas s’il est pire de constater la scandaleuse confusion, à visée esclavagiste, établie entre un pays, sa population et l’Etat ou de faire le constat que l’actuel président de l’Etat français (et non de la France), avec tous les pouvoirs dont il dispose, a démontré qu’il était un imbécile, un con si vous préférez, au sens pathologique du terme, soit le deuxième degré de l’arriération mentale.

  • Avec ce système de pensée, c’est plus facile « d’éduquer » la société :
    ne pas manger, boire, jouer…

  • Je ne trouve pas ça si ironique que Hollande raisonne comme ça, je trouve ça au contraire parfaitement logique. Il n’y a aucune surprise, c’est dans la droite ligne de ce qu’il a toujours professer, et c’est parfaitement conforme à l’éducation qu’il a reçu, à sa tradition familiale, celle de son père, de la mère de ses enfants et de son mentor. Le PS est dirigé depuis le début par des gens issus de ce qu’on appelle classiquement l’extrême-droite, donc tout est logique.

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