Comment protéger son patrimoine en « Debtocracy » ?

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Nous ne sommes plus en démocratie mais en « Debtocracy ». États, régions, entreprises, ménages, c’est une énorme bulle de dettes que nous avons en face de nous, et l’explosion de cette bulle est inéluctable et sera dévastatrice. Comment, dans ce contexte, protéger son patrimoine ?

Nous ne sommes plus en démocratie mais en « Debtocracy ». États, régions, entreprises, ménages, c’est une énorme bulle de dettes que nous avons en face de nous, et l’explosion de cette bulle est inéluctable et sera dévastatrice. Comment, dans ce contexte, protéger son patrimoine ?

Par Charles Sannat.

Être « pessimiste » c’est bien. Aujourd’hui, je suis de très bonne humeur. Le ciel est bleu, les oiseaux chantent, le soleil brille (un peu comme l’or) alors je vais vous faire quelques propositions de pistes éventuelles de réflexion pour votre patrimoine.

Alors qu’une étude récente de la banque d’investissement UBS recommande à ses clients d’acheter dès maintenant de l’or en raison d’une situation sur le front macro-économique devenant très délicate, comment se protéger et quelle stratégie patrimoniale adopter pour se protéger au mieux de la tempête qui s’annonce ?

D’abord quelques constats.

Je ne pense pas que notre système économique basé essentiellement sur l’idée de croissance infinie dans un monde fini grâce à de l’énergie abondante et peu coûteuse soit viable encore très longtemps sous cette forme. Au-delà de toute preuve, analyse ou autre raisonnement, je vous exprime là mon intime conviction. Donc nous devons nous préparer à rentrer dans ce que je nomme l’ère de la rareté.

Autre sujet, essentiel à mes yeux et pourtant très souvent complètement occulté, la démographie.

En gros la petite planète terre est passée de 1 milliard à 7 milliards d’habitants en un siècle.

La croissance économique a été en réalité portée par une véritable explosion démographique ayant accès à des ressources naturelles permettant de nourrir ce boum économique et de satisfaire un appétit de consommation poussé à son paroxysme ces dernières années.

Le Japon, qui est en avance sur nous d’une vingtaine d’années sur les aspects démographiques et en particulier sur le vieillissement de la population, nous indique clairement qu’il ne peut pas y avoir de croissance forte et durable avec une population déclinante.

Ce problème de la pyramide des âges et du nombre de séniors est un problème mondial qui concerne également la plupart des pays émergents, à commencer par la Chine.

Si vous additionnez d’un côté le vieillissement de la population et de l’autre le phénomène de rareté touchant les ressources naturelles, vous obtenez des fondamentaux économiques désastreux pour les cinquante prochaines années, le reste étant de la littérature, ou du « bruit de fond ».

De la Démocratie à la « Debtocracy ».

Un grand principe de base doit être respecté. Nous ne sommes plus en démocratie mais en « Debtocracy ». Depuis quarante ans, la croissance obtenue l’a été partout au prix d’un endettement de plus en plus important des acteurs économiques. États, régions, entreprises, ménages, c’est une énorme bulle de dette que nous avons en face de nous. C’est cette bulle de dette qui a permis une augmentation exponentielle de la masse monétaire donnant l’illusion d’une croissance économique en réalité totalement malsaine.

L’explosion de cette bulle d’endettement est inéluctable, soit par la récession-déflation, soit par la fuite en avant de l’inflation (pour le moment privilégiée).

Il faut être objectif. Si la bulle de la dette explose, la bulle « monétaire » qui est son corollaire explose. C’est pour cette raison que la prochaine phase de la crise sera monétaire.

Et là, soyons clairs, la gravité n’est pas la même. La raison est très simple. On peut ne pas acheter d’actions, ne pas détenir de PEA. On peut fuir les obligations. Ne pas avoir de contrat d’assurance vie fonds euros, c’est possible. Mais, ON NE PEUT PAS NE PAS DÉTENIR DE MONNAIE.

Conclusion logique : une crise monétaire est par définition dévastatrice.

Comment protéger son patrimoine ?

Reprenons.

1/ Vieillissement de la population égale déflation des actifs. Les séniors détiennent le patrimoine. Les générations suivantes sont aux mieux précaires, au pire en galère (c’était pour la rime). Les juniors n’ont pas les moyens de racheter le patrimoine à prix fort des seniors, qui devront en plus le revendre pour financer la dépendance et une fin de vie de plus en plus coûteuse.

2/ Épuisement des ressources naturelles qui entraine un effet « rareté » et donc une augmentation de cours.

3/ Un effondrement monétaire à venir en même temps qu’explosera la bulle de la dette.

Logiquement, dans un tel contexte, il n’y a pas grand chose à faire. Économiquement parlant, en déflation (car c’est de cela qu’il s’agit) il faut détenir du cash puisque les actifs baissent. Donc le pouvoir d’achat de la monnaie augmente même si les placements ne rapportent rien. Si l’immobilier baisse de 20% cette année, alors avec 100 000 euros qui ne rapportent rien, j’obtiens mécaniquement un gain de 20% en termes de « pouvoir d’achat immobilier ».

Sauf qu’il faut que les banques tiennent. Elles ne tiendront pas. Il faut que les États tiennent. Ils ne tiendront pas. Il faut que les monnaies tiennent. Elles s’effondreront dans un énorme vacarme d’insolvabilité ou d’hyperinflation.

Si on admet ce raisonnement, il en découle qu’il faut détenir quand même des actifs tangibles (de qualité de préférence) qui pourront un jour retrouver une valeur exprimée dans une nouvelle monnaie.

Si nous croisons les trois points évoqués plus haut, nous pouvons penser que les meilleurs placements et les stratégies les plus pertinentes seraient :

1/ Les terres agricoles et/ou une maison de campagne avec un immense terrain (plus il y a d’hectares, mieux c’est).

2/ L’or pour remplacer les monnaies condamnées est la seule alternative crédible. L’un des principaux reproches fait à l’or est de ne pas pouvoir accompagner la croissance puisque la quantité d’or est limitée. Justement, ça tombe bien, il n’y a plus de croissance et nous rentrons même en décroissance (c’est cela la déflation).

3/ Avoir le moins d’actifs financiers possible en banque… compte tenu de la fragilité du système bancaire international.

4/ Je pense que le point bas du CAC40 sera un retour sur les niveaux de 1995 à 1998 soit en gros un CAC compris entre 1500 et 1800 points. Les actions ne sont donc pas un bon investissement, d’autant plus que les profits des entreprises sont dans ce contexte condamnés à baisser.

Néanmoins, une action est avant tout un titre de propriété. Il faut avoir des actions. Le problème c’est lesquelles acheter, quand et comment. Comment ? Par exemple dans un contrat d’assurance vie gérant les titres vifs pour cumuler les avantages de l’enveloppe fiscale assurance vie et ceux des actions en direct. Pour les plus prudents, l’achat au nominatif (hors système bancaire et sur les livres de l’entreprise) est également une solution plus qu’intéressante.

Quand ? Évidemment sur repli. On peut également fractionner ses achats afin de lisser le prix d’achat à la baisse de sa ligne. Enfin quelles actions ? Un indice METEX. Il s’agit de la société Métabolic Explorer. Je ne vous dis pas d’en acheter bien que je sois actionnaire long terme de cette entreprise à titre personnel. Je vous donne ce titre en exemple puisque METEX possède plus de 400 brevets pour pallier l’absence de pétrole notamment dans ses dérivés. METEX c’est de la chimie « verte ». Parfait pour aborder sereinement l’ère de la rareté avec des produits de remplacement compétitifs.

Je regarde également le dossier Agrogénération, le plus gros « agriculteur » français coté à la bourse de Paris, mais pour le moment, j’ai des réticences sur ce titre dont je ne suis pas détenteur. C’est pour vous donner mon approche. Rechercher les valeurs compatibles avec une déflation et l’ère de la rareté. Ce sont celles-là qu’il faut dénicher.

5/ L’immobilier, en particulier locatif, est à fuir. Trève hivernale des expulsions toujours en vigueur… en plein été, autant dire que les mauvais payeurs vont le rester encore un peu. Gel des loyers. Risque de chômage accru pour les locataires, rentabilité proche de zéro et augmentation des charges sans oublier de nouvelles normes d’isolation à venir qui vont coûter des fortunes en ravalements… bref, fuyez tant que vous pouvez. Pour ceux qui ne peuvent pas ou ne veulent pas sortir de leurs opérations locatives, pensez aux assurances sur les loyers impayés. C’est incontournable vu la situation.

6/ Un bémol pour l’immobilier d’usage. On vit dans sa résidence principale, pas dans ses lingots d’or et encore moins dans un contrat d’assurance vie. Donc logez vous, logez vous bien, au moins vous en profiterez même si vous perdez de l’argent, vous ne perdrez pas tout contrairement à un placement financier. Attention cependant à votre endettement. Il doit être le plus réduit possible. À mon sens 50% de crédit est un maximum par les temps qui courent et cela devrait vous éviter de vous retrouver trop rapidement en negative equity c’est-à-dire avec un actif valant moins que le capital restant dû du crédit.

7/ Les FCPI, FCP, OPCVM, SIVAC et autres sigles barbares sont à fuir.

8/ Les devises étrangères. Elles peuvent être une source de diversification dans le cas d’une explosion de l’euro. À terme. Néanmoins, toutes les monnaies vont rejoindre leur valeur intrinsèque : 0.

Bon, en gros vous l’aurez compris, il n’y a pas grand chose à faire, mais quand même. Avoir suffisamment d’or, une maison, un grand terrain, le moins de cash possible et se défaire de l’immobilier locatif. Restez cash et assurez ce cash avec 30 à 50% d’or. Voilà la meilleure façon de passer la crise qui arrive. Au pire de la tempête, il faudra savoir profiter des soldes et se positionner sur de très belles valeurs cotées qui ne vaudront plus grand chose. Ce moment ce sera entre 1500 et 1800 points. À ces niveaux pour le long terme vous ne ferez aucune erreur.

9/ Le vin. Excellent placement. Lorsque vous aurez tout perdu vous pourrez chercher du réconfort dans la boisson. Et puis n’oubliez pas, c’est le seul placement qui restera toujours liquide !!!

Mon dernier conseil faites vous plaisir tant que vous pouvez !

Allez, je vous laisse, j’ai rendez-vous pour aller voir un beau voilier. Ma femme va hurler, mais moi, je rêve d’un bateau depuis que je suis gosse, et je ne sais pas si vous avez remarqué, mais les actifs baissent. D’ailleurs, un bateau, ça ne vaut plus rien en occasion, mais alors c’est incroyable… j’ai découvert ça l’année dernière. Une voiture, ça vaut encore des sous, mais alors les bateaux, on vous les donnerait presque. Donc je vais me faire plaisir. Je vais acheter mon bateau, et comme j’ai analysé la situation, je prends un voilier, comme ça si les prix de l’essence augmentent, je mets les voiles !

C’est ma dernière suggestion. Imaginez que demain votre argent perde toute sa valeur et que vous perdiez toutes vos économies… qu’est-ce que vous regretteriez de ne pas avoir acheté ?

En ce qui me concerne, ma réponse est simple. Mon petit voilier, pour emmener ma femme et mes enfants sur l’eau, contempler le ciel, la mer et le soleil, les mouettes et les huitres, bref, vivre… tout ce qui est pris n’est plus à prendre !

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Publié initialement dans Le Contrarien du 18.07.2012.