Les libéraux peuvent-ils gober l’hameçon de la droitisation ?

UMP

La plus belle preuve que cette histoire de droitisation est louche, c’est qu’on n’a jamais entendu personne parler de la « gauchisation » du parti socialiste.

La plus belle preuve que cette histoire de droitisation est louche, c’est qu’on n’a jamais entendu personne parler de la « gauchisation » du parti socialiste.

Par Marc Crapez.

UMPContrairement à ce que dit le PS, pour l’UMP la question n’est pas de préférer le FN au PS, mais de refuser de considérer comme allant de soi les alliances du PS avec l’extrême-gauche. En effet, tandis que le discours du FN a baissé d’un cran, celui de Jean-Luc Mélenchon en a franchi un par rapport aux communistes d’hier.

« La plupart des commentateurs s’accordent à dire que la droite parlementaire est engagée dans un processus de droitisation », affirme un libéral. Ce propos se laisse dicter son vocabulaire par la gauche. En réalité, la droite est forcément parlementaire. Il n’y a pas une droite parlementaire et une droite factieuse. Il y a une droite tout court et une extrême-droite qui se revendique comme un mouvement populiste.

Ce propos use également d’un argument d’autorité que les libéraux doivent récuser. Ce n’est pas parce que la plupart des commentateurs s’accordent à dire quelque chose que cela constitue une vérité. A moins d’admettre que le keynésianisme de Roosevelt a sauvé l’Amérique de la crise de 1929, ou que la crise de 2008 est due aux ultra-libéraux.

Ce n’est pas parce que cette dernière proposition est assénée par la plupart des commentateurs, en l’occurrence de gauche ou sous la coupe de la gauche, qu’elle est exacte. Elle est même absurde, sachant la posture archi-minoritaire qu’occupent les ultra-libéraux dans les sphères du pouvoir politique, économique ou intellectuel.

Les orthodoxes ne couvrent quand même pas tout le champ !

Une anecdote illustre ce fantasme de la toute-puissance, dans le champ académique, des économistes libéraux, dits orthodoxes par les altermondialistes. Un interviewer, pourtant favorable, d’un universitaire d’extrême-gauche ne put s’empêcher de lui objecter avec scepticisme : « les orthodoxes ne couvrent quand même pas tout le champ ! ».

Que l’extrême-gauche ait des visions sur l’influence des ultra-libéraux montre bien à quel point elle peut en avoir également sur l’influence de l’extrême-droite dans la vie politique française. Raymond Aron savait cela, qui fonda la revue Contrepoint pour résister à la déferlante des idéologies de 68. Et on pourrait multiplier les exemples de parti-pris des commentateurs actuels. Ils sont plus cléments envers l’extrémiste Hugo Chavez qu’envers le président tchèque, un libéral qui les insupporte à cause de son euroscepticisme. Ces partis-pris renseignent davantage sur la partialité des commentateurs français que sur la réalité dont ils prétendent rendre compte.

Constamment caricaturés comme des irresponsables fourriers de la loi de la jungle, les libéraux sont tentés de se rendre à Canossa, de faire amende honorable, de montrer patte blanche aux commentateurs, de hurler avec les loups en faisant de la droite une coupable toute trouvée et de crier haro sur le baudet d’extrême-droite. A l’inverse, il leur arrive de penser qu’il y a systématiquement anguille sous roche et qu’il faudrait se servir d’un vote Front national pour secouer le cocotier des préjugés établis. Ils sont ainsi pris en tenailles entre tentations bayrouiste et lepéniste.

François Bayrou, lui, souffre du syndrome de la « stirnisation », du nom du politicien des années 1970 Olivier Stirn, rare cas de dérive de droite vers la gauche, autrement appelé sinistrisation. Les libéraux qui ont joué la carte électorale du bayrouisme en sont pour leurs frais. Ils ont parié sur celui-ci pour échapper à la ghettoïsation, et voilà qu’il les mène dans l’impasse de scores folkloriques aux législatives. La tentation est donc grande, comme chez les chiraquiens, de désigner un bouc émissaire nommé droitisation de l’UMP au détriment des idées libérales.


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