L’Holocauste démographique par Robert Zubrin (1ère partie)

Population explosion démographique

Il est une idéologie sous-jacente, commune à une série apparemment disparate de courants de pensée politiques et scientifiques modernes néfastes, qui vont du militarisme au communisme totalitaire, en passant par l’impérialisme, le racisme, la xénophobie, le socialisme, le nazisme et l’écologie radicale. C’est l’idéologie de l’antihumanisme

Il est une idéologie sous-jacente, commune à une série apparemment disparate de courants de pensée politiques et scientifiques modernes néfastes, qui vont du militarisme au communisme totalitaire, en passant par l’impérialisme, le racisme, la xénophobie, le socialisme, le nazisme et l’écologie radicale. C’est l’idéologie de l’antihumanisme.

Par Robert Zubrin, traduction Étienne Martinache.

Il est une idéologie sous-jacente, commune à une série apparemment disparate de courants de pensée politiques et scientifiques modernes néfastes, qui vont du militarisme au communisme totalitaire, en passant par l’impérialisme, le racisme, la xénophobie, le socialisme, le nazisme et l’écologie radicale. C’est l’idéologie de l’antihumanisme : la croyance que l’espèce humaine est une horde d’animaux nuisibles dont les appétits voraces et les besoins sans limites mettent en péril l’ordre naturel, et qu’il faut prendre des mesures radicales pour brider l’humanité. Le père fondateur de l’antihumanisme moderne est Thomas Malthus (1766-1834), qui a bâti une argumentation pseudo-scientifique pour justifier l’idée selon laquelle la croissance démographique de l’espèce humaine excède toujours les ressources disponibles. Selon cette vision pessimiste et inexacte des capacités de l’ingéniosité humaine à développer de nouvelles ressources, Malthus a encouragé des politiques répressives qui ont provoqué des famines qui ont fait des millions de victimes en Inde et en Irlande.

Si la thèse de Malthus selon laquelle la croissance démographique mène inévitablement à la famine et à la pauvreté est clairement démentie par l’histoire, qui montre que le niveau de vie global croît avec l’augmentation de la population, elle a pourtant survécu et même connu un regain de popularité chez les intellectuels et les dirigeants politiques des vingtième et vingt-et-unième siècles. Sa manifestation la plus perverse des dernières décennies est la doctrine du contrôle des naissances, prônée par l’écologiste Paul Ehrlich, dont le célèbre pamphlet antihumaniste La Bombe Démographique, qui connut un grand succès lors de sa parution en 1968, est devenu la bible du néo-malthusianisme. Dans son livre, Ehrlich lançait une mise en garde contre la surpopulation et préconisait l’adoption par le gouvernement américain de mesures rigoureuses de contrôle de la population, tant au niveau national que pour les pays du Tiers Monde destinataires de l’aide étrangère américaine. (Il est intéressant de remarquer qu’Ehrlich est le mentor et le collaborateur régulier de John Holdren, conseiller scientifique du président Obama.)

« La bombe démographique menace la paix mondiale. Que faisons-nous pour contrer cette menace ? » Cette publicité pleine page du journal d’un groupe éminent de partisans du contrôle des naissances prétend que les peuples du tiers-monde représentent une menace pour la paix. (Cliquez pour agrandir). Publié avec l’accord de la Bibliothèque Universitaire de l’Université de Princeton

 

Jusqu’au milieu des années soixante, les programmes américains de contrôle des naissances, tant domestiques qu’à destination des pays tiers, étaient en grande partie financés et mis en œuvre par des organisations privées comme le Conseil de la Population et le Planning Familial – des groupes historiquement liés au mouvement eugéniste. Malgré les millions de dollars mis à leur disposition par, entre autres, les Fondations Rockefeller, Ford et Milbank, les fonds disponibles pour financer leurs travaux étaient bien maigres par rapport à leurs vastes ambitions. Cette situation changea radicalement au milieu des années soixante quand le Congrès américain, sous la pression des idéologues de la surpopulation, décida finalement d’affecter des fonds fédéraux aux programmes de contrôle des naissances, domestiques dans un premier temps, puis étrangers. Désormais, il ne s’agissait plus de quelques millions de dollars, mais de centaines de millions, puis de milliards de dollars, devenus soudain disponibles pour financer des campagnes mondiales d’avortement de masse et de stérilisation forcée. Il en résulta une catastrophe humanitaire d’ampleur planétaire.

Parmi les premiers visés se trouvaient le « Tiers Monde intérieur » des États-Unis – les Indiens d’Amérique. Dès 1966, le ministre de l’Intérieur Stuart Udall commença à affecter des fonds de l’Aide Médicale, désormais disponibles, à des programmes de stérilisation dans des hôpitaux de l’Indian Health Services (IHS) financés par le gouvernement fédéral. Comme le dit Angela Franks dans son livre de 2005 L’Héritage eugénique de Margaret Sanger :

Ces stérilisations étaient fréquemment effectuées sans le consentement des femmes concernées, qui n’étaient d’ailleurs souvent pas informées. (…) Le médecin d’origine amérindienne Constance Redbird Uri estima qu’en 1977 près d’un quart des femmes indiennes en âge de procréer avaient déjà été stérilisées; dans un hôpital de l’Oklahoma, un quart des patientes (quelque soit le motif de leur admission) furent stérilisées. (…) Elle rassembla également des preuves montrant que toutes les femmes ethniquement pures de la tribu Kaw de l’Oklahoma furent stérilisées dans les années soixante-dix. (…)

Malheureusement, et de façon surprenante, des problèmes semblent persister avec le Service de Santé des Indiens (Indian Health Service ou IHS) (…) récemment [au début des années quatre-vingt dix], au Sud-Dakota, l’IHS fut de nouveau accusé de ne pas avoir suivi les procédures d’information et d’obtention du consentement des patientes, pour le Norplant cette fois, et d’avoir apparemment préconisé l’emploi de cet implant contraceptif longue durée sur des femmes américaines d’origine amérindienne qui n’auraient pas du y avoir accès pour cause de contre-indications et de leur état de santé. Le Centre Américain d’Éducation Sanitaire des Femmes d’Origine Amérindienne a rapporté qu’une femme s’est vue récemment annoncer par ses médecins qu’ils ne lui retireraient cet implant que si elle consentait à une ligature des trompes. L’ombre des rêves génocidaires des bureaucrates plane toujours dans le ciel américain.

Des programmes de nature comparable furent également mis en place dans des cliniques financées par le Bureau Américain des Opportunités Économiques dans les quartiers défavorisés (à majorité noire) des grandes villes américaines. Entretemps, sur le territoire américain de l’île de Porto Rico, le Comité Draper de Lutte contre la Crise Démographique lança un programme de stérilisation de masse, financé par des fonds fédéraux provenant du Ministère de la Santé et de l’Éducation, dans les plus grands hôpitaux de l’île et une multitude de petites cliniques. Selon le rapport d’une commission médicale d’enquête paru en 1975, cette campagne parvint à stériliser près d’un tiers des Porto-Ricaines en âge de procréer.

Plutôt Morts Que Rouges

Pourtant, ce ne fut pas au pays mais à l’étranger que se déchaînèrent les offensives les plus virulentes de la guerre du contrôle des naissances. Pendant la guerre froide, on pouvait vendre pratiquement n’importe quoi au gouvernement fédéral, du programme Apollo au financement de l’enseignement public, à condition de l’inscrire dans le cadre de la lutte mondiale contre le communisme. C’est ainsi que des idéologues, dans les cercles les plus élevés de pouvoir et d’influence, élaborèrent une ligne politique selon laquelle il fallait réduire drastiquement la population des nations pauvres du monde afin de tarir la source de recrutement potentiel pour la cause communiste. Un économiste de la RAND Corporation remit au président Lyndon Johnson une étude frauduleuse qui utilisait des calculs falsifiés pour “prouver” que les enfants du Tiers Monde présentaient une valeur économique négative. Par conséquent, en autorisant la naissance d’un nombre excessif d’enfants, les gouvernements d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine aggravaient la pauvreté de leurs peuples et multipliaient les masses de prolétaires en colère prêts à combattre l’Amérique sous les ordres des dirigeants de la future Révolution Mondiale.

Le président Johnson fut convaincu par ces âneries, y compris par les calculs truqués. Deux mois plus tard, il déclara aux Nations Unies que “cinq dollars investis dans le contrôle des naissances valaient cent dollars investis dans la croissance économique”. Grâce au soutien désormais apporté par  l’administration Johnson au contrôle des naissances, le Congrès vota en 1966 le « Foreign Assistance Act », y compris une disposition qui prévoyait l’affectation des fonds de l’Agence américaine pour le Développement International (USAID) à la mise en œuvre de programmes de contrôle des naissances à l’étranger. La loi prévoyait en outre que toute aide économique américaine aux nations étrangères serait soumise à l’accord de leurs gouvernements de coopérer avec le Département d’État pour mettre en œuvre ces programmes sur leurs propres territoires. En d’autres termes, pour les dirigeants du Tiers Monde qui étaient prêts à aider à stériliser leurs citoyens les plus pauvres, c’était la carotte. Pour ceux qui refusaient de coopérer, c’était le bâton. Étant donné la nature de la plupart des gouvernements du Tiers Monde à l’époque, cette approche, d’une élégante simplicité, était pratiquement un garant de son succès. Le lobby du contrôle des naissances était ravi.

Un Bureau de la Population fut créé au sein de l’USAID et le Docteur Reimert Thorolf Ravenholt en fut nommé directeur en 1966. Il allait conserver ce poste jusqu’en 1979, poste qu’il mit à profit pour se bâtir un empire planétaire d’organisations de contrôle des naissances interdépendantes qui opéraient avec des budgets de plusieurs milliards de dollars, afin d’éliminer tous ceux qui étaient considérés comme indésirables par le Département d’État américain.

Dans son livre dévastateur de 2008 Contrôle des naissances : des coûts réels, des prestations illusoires, l’auteur Steven Mosher nous fournit une description pittoresque de Ravenholt :

Qui était le Dr Ravenholt ? Épidémiologie de formation, il considérait apparemment la grossesse comme une maladie à éradiquer, au même titre que la variole ou la fièvre jaune. C’était apparemment aussi un misanthrope belliqueux.

Il effectuait sa tâche de contraception, de stérilisation et d’avortement des femmes du monde avec une agressivité qui provoquait chez ses collègues plus jeunes un sentiment de dégoût. Ses cartes de visite étaient imprimées sur des préservatifs qu’il prenait grand plaisir à distribuer à ses nouveaux collaborateurs. Il disait sans arrêt qu’il fallait diffuser une plus grande quantité de contraceptifs et s’assurer qu’ils étaient bien utilisés. Il préconisait des campagnes de stérilisation massive et dit une fois au St. Louis Post-Dispatch qu’on devrait stériliser le quart des toutes les femmes du globe en âge de procréer afin d’atteindre les objectifs américains de contrôle des naissances et maintenir en l’état « les intérêts commerciaux américains dans le monde. » Ces mesures rigoureuses étaient nécessaires, expliquait Ravenholt, pour empêcher “l’explosion démographique” qui, si l’on n’y prenait garde, provoquerait une telle réduction du niveau de vie dans le Tiers Monde qu’il déclencherait des révolutions “contre une présence commerciale américaine forte.” (…)

Il n’était pas particulièrement sympathique. Pour commémorer le bicentenaire des États-Unis en 1976, il suggéra de produire des préservatifs ornés de la bannière étoilée, bleus, blancs, rouges, et les distribuer dans le monde entier. (…) Une autre fois, lors d’un dîner organisé pour les chercheurs de son organisation, Ravenholt déambula dans la salle à manger en agitant le poing de haut en bas comme s’il actionnait une pompe aspirante – une pompe à avorter – à la grande horreur de ses invités.

L’opinion que se faisait Ravenholt des personnes de couleur est assez bien résumée par un commentaire qu’il fit en 2000 sur l’esclavage : “Les noirs américains devraient remercier leur bonne étoile de l’existence de l’esclavage au cours des derniers siècles ; sinon, ces noirs américains n’auraient même pas existé : leurs ancêtres auraient été massacrés par leurs ennemis noirs, au lieu d’être simplement vendus comme esclaves.”

Quant à sa façon de procéder, Ravenholt adopta la pratique qui consistait à distribuer largement des fonds à la Fédération Internationale de Planning Familial, au Conseil de la Population et de nombreuses autres organisations privées du mouvement de contrôle des naissances, leur permettant ainsi de lancer des campagnes massives de stérilisation et d’avortement dans le monde entier sans subir d’ingérence réglementaire du gouvernement américain et en accroissant démesurément leurs budgets – le multipliant d’abord par dix, puis par cent, puis plus encore. Cela réjouit les dirigeants et les salariés de son agence de  contrôle des naissances qui menaient un train de vie luxueux, descendant dans les meilleurs hôtels, mangeant la meilleure nourriture et voyageant en première classe tandis qu’ils parcouraient le monde pour mettre en place des programmes d’élimination des pauvres.

Ravenholt n’avait également aucun scrupule à approvisionner d’énormes quantités de contraceptifs et de stérilets non éprouvés, non homologués, défectueux ou même interdits, pour les distribuer aux sous-traitants de son mouvement de contrôle des naissances pour qu’ils en fassent usage auprès de millions de femmes innocentes du Tiers-Monde, dont beaucoup en ont souffert ou en sont mortes. Il s’agissait notamment de médicaments et d’instruments qui avaient été déclarés dangereux par la FDA, interdits aux États-Unis où ils avaient fait l’objet de poursuites judiciaires à cause de leurs effets nocifs. Cette décision de Ravenholt a naturellement ravi les fabricants des médicaments et instruments en question.

S’étant ainsi assuré le soutien sans réserve du lobby du contrôle des naissances et de plusieurs grandes compagnies pharmaceutiques, Ravenholt fut à même de faire pression sur le Congrès pour obtenir toujours plus de crédits pour assurer la croissance de son empire.

Son succès fut remarquable. Avant l’arrivée de Ravenholt, les dépenses de l’USAID pour le contrôle des naissances représentaient moins de 3% de ce que cette Agence dépensait pour ses programmes de santé dans le Tiers-Monde. En 1968, Ravenholt disposait d’un budget de 36 millions de dollars, comparé aux 130 millions du programme de santé de l’USAID. En 1972, le budget annuel du programme de contrôle des naissances de Ravenholt avait atteint 120 millions de dollars, directement aux dépens des initiatives de prévention et autres programmes médicaux de l’USAID, dont le budget avait été de ce fait ramené à 38 millions de dollars. En cinq petites années à peine, le programme américain d’aide étrangère non-militaire se transforma radicalement d’une mission humanitaire en une agence d’élimination des êtres humains.

En 1968, Robert McNamara, fervent partisan du contrôle des naissances, démissionna de son poste de Ministre de la Défense pour assumer la présidence de la Banque Mondiale. Il fut ainsi en mesure de dicter une nouvelle politique, qui consistait à conditionner les prêts de la Banque Mondiale aux pays du Tiers Monde à l’accord de leurs gouvernements de se soumettre au contrôle des naissances et de respecter des quotas annuels de stérilisation fixés par des experts de la Banque. Désargentées et très endettées, la plupart de ces nations eurent beaucoup de mal à résister à cette pression. Cette situation renforça considérablement la position de Ravenholt.

Deuxième partie

Robert Zubrin est un des rédacteurs à la « Nouvelle Atlantide » (New Atlantis). Cet essai est adapté de son nouveau livre Les Marchands de désespoir : Ecologistes radicaux, Pseudo-scientifiques criminels et le culte Fatal de l’Antihumanisme .

Robert Zubrin, « Le contrôle de la Population Holocaust », la nouvelle Atlantide, numéro 35, printemps 2012.

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Le mythe de la surpopulation.