Les parlementaires sont dangereux pour la santé

Puisque la mode est à la surréglementation, suggestion d’une loi pour protéger les citoyens des activités des parlementaires

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Les parlementaires sont dangereux pour la santé

Publié le 14 juin 2012
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Tout candidat parlementaire ou tout parlementaire élu devra porter sur lui un avis, de 30 cm sur 30, qui de manière claire et lisible indiquera : « En tant que parlementaire, je peux me transformer en danger pour votre liberté et pour la santé du pays. »

Par Alfredo Bullard (*)

Puisque la mode est à la sur-réglementation, je suggère une loi pour protéger les citoyens, particulièrement les mineurs d’âge, des activités des parlementaires.

Premièrement, ils devront limiter leurs contacts avec le public. Pour préserver l’éducation et la culture, toute publicité politique ou déclaration publique de parlementaire ne pourra être diffusée qu’entre 1h00 et 5h00 du matin. Cela afin d’éviter que la population, spécialement les enfants, soient exposés à l’écoute de stupidités de tous types durant l’horaire familial, plus particulièrement les propositions de régulations ridicules qui laissent entendre que les personnes ne sont pas libres et qui portent atteinte à notre dignité en nous traitant comme des attardés mentaux.

Deuxièmement, toute publicité politique ou déclaration publique devra être accompagnée de la phrase suivante : « Les propositions et décisions de ce parlementaire peuvent être préjudiciables à votre bien-être et pour votre liberté. » La phrase devra occuper 20% de la surface de l’écran ou du panneau et être lue soigneusement dans les émissions de radio.

Troisièmement, dans toute publicité politique ou déclaration publique d’un parlementaire, il sera demandé d’inclure une photo de presse de parlementaires volant de l’électricité, tuant des chiens, harcelant sexuellement des assistantes ou défendant la mine illégale, afin que les citoyens prennent conscience du risque pris à les appuyer et les écouter. Dans le même état d’esprit, on alternera de photos de gens faisant la queue pour acheter des produits lors du premier gouvernement d’Alan García, des rayons vides dans les supermarchés et les magasins du Venezuela ou de chômeurs dans les rues pour que nous soyons avertis des coûts des régulations qu’ils proposent.

Quatrièmement, ils devront respecter le principe de véracité. Ils ne pourront mentir sous peine de destitution. Ils devront préciser dans leurs déclarations quelles sont leurs véritables intentions, quels syndicats ou groupes sociaux ou groupement d’entrepreneurs les ont contacté pour lancer une initiative et surtout indiquer de manière expresse l’analyse coût/bénéfice des propositions de loi qu’ils présentent. Ne seront pas admises des formules vide de contenu comme « la proposition de loi n’occasionnera aucun coût pour l’État péruvien » ou similaires. Les formules et les propositions devront se baser sur des preuves scientifiques qui confirment leur caractère bénéfique et qui pourront être réclamées par toute autorité ou n’importe quel citoyen pour vérification.

Cinquièmement, sera créée une taxe sur les initiatives législatives stupides afin de décourager leur présentation. Au vu de l’expérience, on présumera que l’initiative est une sottise, à moins que le parlementaire qui la présente démontre le contraire. Si, malgré cela, une proposition arrivait à être approuvée, le parlementaire initiateur devra assumer 10% des coûts et dommages que l’initiative causerait à la société.

Sixièmement, pendant les campagnes électorales ou durant leur gestion, les parlementaires ne pourront 1° ni faire usage de témoignages d’artistes, de sportifs ou de personnages de dessins animés pour gagner des votes ou un appui public ni ne pourront se présenter dans des programmes de divertissement, de concours ou du même genre afin d’augmenter de manière injustifiée leur popularité ; 2° ni utiliser des arguments ou des techniques qui exploiteraient l’ingénuité des votants et des citoyens, en les trompant ou les induisant en erreur sur les bénéfices que pourraient apporter les régulations proposées.

Septièmement, tout candidat parlementaire ou tout parlementaire élu devra porter sur lui un avis, de 30 cm sur 30, qui de manière claire et lisible indiquera : « En tant que parlementaire, je peux me transformer en danger pour votre liberté et pour la santé du pays. Nous sommes enclins à la sur-réglementation, à faire peu usage du sens commun et à prendre des décisions qui augmenteraient notre popularité aux dépens des électeurs, contribuables, entreprises et consommateurs. Nous représentons un danger. Prenez garde. »

___
(*) Alfredo Bullard est co-directeur de l’Institut technologique autonome de Mexico et de l’Institut latino-américain et des Caraïbes de droit et d’économie. Il est également l’auteur du livre Derecho y economía: El análisis económico de las instituciones legales.

Article paru dans El Comercio (Perou). Traduit de l’espagnol.

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