Les jeunes médecins se trompent de combat

Les étudiants en médecine sont entretenus dans le mensonge : on leur faire croire qu’ils vont exercer une « profession libérale » alors qu’ils entrent dans un système totalement administré.

Les étudiants en médecine sont entretenus dans le mensonge : on leur faire croire qu’ils vont exercer une « profession libérale » alors qu’ils entrent dans un système totalement administré.

Par Erwan Le Noan.

Le Conseil de l’ordre des médecins vient de publier des propositions qui provoquent de vifs débats au sein de la profession – et notamment parmi les étudiants en médecine. Encore une fois et comme toujours, c’est la question de la liberté d’installation qui est au cœur des différends. Le Conseil de l’ordre a en effet proposé que les étudiants puissent être contraints à exercer pendant cinq ans dans la région où ils ont fait leurs études. La mesure est dans le vent depuis des années.  Les étudiants ont tort de s’y opposer. Surtout, ils se trompent de combat.

Il est normal que la collectivité contraigne l’installation des médecins

En France, les médecins sont certains d’avoir une demande solvable : c’est la solidarité nationale qui s’en charge à travers l’assurance maladie. Leurs actes seront payés. Leur exercice n’est donc pas vraiment libéral : ils sont financés par la collectivité, laquelle prélève sur les citoyens son financement, sans possibilité d’y échapper.

Dès lors qu’une dépense publique est engagée, il est normal que son usage soit  contrôlé. C’est pour cela même que la dépense publique est intrinsèquement et irréductiblement liberticide. La dépense publique, c’est le contrôle.

Les revendications des jeunes (ou futurs) médecins ne sont donc pas pour la liberté : elles sont pour pouvoir bénéficier du financement public mutualisé sans en assumer les contraintes. Être libre, ce serait assumer la responsabilité des risques qui vont avec l’autonomie.

Il est normal aussi que la collectivité dispose des étudiants

En outre, les étudiants français ont, de manière générale, trop tendance à oublier que leurs études sont prises en charge par la collectivité. Celle-ci est, en conséquence, en droit d’exiger d’eux des résultats, ou de conclure qu’avoir trop d’étudiants en « Staps » et « psycho » est improductif et absurde. Le payeur assume au final le coût : c’est lui qui décide.

La promotion de la diversité sociale n’étant pas la première caractéristique du système universitaire français, il est probable que beaucoup d’étudiants (ou plutôt leurs parents) paient déjà des impôts (et beaucoup d’impôts…). Le problème, c’est que de manière diaboliquement intelligente, le droit budgétaire français interdit de flécher l’impôt à la dépense : personne ne peut donc revendiquer avoir vraiment déjà contribué au financement des études de ses enfants (peut-être la totalité de son versement est-elle allée alimenter quelques nouveaux programmes culturels avant-gardistes, ce qui est encore plus beau).

Les étudiants, s’ils veulent être libres, devraient se battre pour une privatisation du système

Pour leur défense (qu’ils ne se méprennent pas, j’ai beaucoup de sympathie pour eux), il faut reconnaitre que les étudiants en médecine sont entretenus dans le mensonge : on leur faire croire qu’ils vont exercer une « profession libérale » alors qu’ils entrent dans un système totalement administré.

S’ils veulent bénéficier de la liberté d’installation, ils doivent dans un premier temps accepter d’être confrontés à des patients qui, peut-être, leur feront des « chèques en bois », des patients qui eux-mêmes prendront le risque de ne pas être (intégralement) remboursés. Mais il faut aller au-delà.

S’ils veulent être libres, les jeunes médecins doivent demander à se libérer de la contrainte publique, ce qui veut dire promouvoir un système dans lequel la part de la dépense collective mutualisée sera réduite.

S’ils veulent être libres, ils doivent demander une réduction de la sphère publique pour que le privé – qui, n’est pas parfait mais à l’incomparable avantage de proposer un choix et non une offre uniforme, même lorsqu’elle est inefficace – retrouve sa dynamique. Ils doivent encourager une réduction de la dépense et des prélèvements publics.