Pour sauver le socialisme, soyons libéral

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Au soir de son élection, François Hollande avait affirmé qu’il voulait être jugé sur deux points : la justice et la jeunesse. En raison des contraintes budgétaires, pourra-t-il tenir ses promesses ? Oui, il le peut.

Au soir de son élection, François Hollande avait affirmé qu’il voulait être jugé sur deux points : la justice et la jeunesse. En raison des contraintes budgétaires, pourra-t-il tenir ses promesses ? Oui, il le peut.

Par Jean-Baptiste Noé.

« Fini de rire », titre le magazine Le Point, au sujet des semaines qui s’annoncent pour François Hollande. En effet, le gouvernement doit trouver 20 milliards d’euros dans les 18 prochains mois, afin d’honorer les promesses de rigueur budgétaire. Voilà donc notre nouveau président socialiste confronté à la réalité des faits, à l’impérieuse nécessité d’éviter la faillite et la ruine. Comment faire alors pour honorer ses promesses de campagne ? On se souvient qu’au soir de son élection il avait affirmé, depuis sa bonne ville de Tulle, qu’il voulait être jugé sur deux points : la justice et la jeunesse. On se souvient aussi que, lors d’un entretien au magazine Paris Match, il avait dit qu’il voulait être le président de la fin des privilèges. Avec une telle réalité budgétaire, le gouvernement socialiste pourra-t-il tenir ses promesses ou devra-t-il, selon la formule exprimée en son temps par le grand sage corrézien Jacques Chirac, qui a soutenu François Hollande, les mettre aux oubliettes car « les promesses n’engagent que ceux qui les croient » ?

Oui, il le peut. Il peut mettre un terme aux privilèges, développer davantage de justice en France, faire beaucoup pour la jeunesse, et en même temps se conformer à la rigueur budgétaire. Il le peut, à condition d’introduire un concept inconnu en pays socialiste : la liberté.

Qui dit rigueur budgétaire dit économie. On peut faire des économies à la marge, par exemple en baissant de 30% le salaire des ministres. Cela fait sûrement plaisir aux comptoirs des bistrots, mais le gain est ridicule. Surtout face au 20 milliards qu’il faut trouver. Et comme dans le même temps le président a augmenté le nombre de ministres de 50% par rapport à François Fillon, cette baisse cache mal la réelle dépense des coûts.

Pour faire des économies il faut s’attaquer aux postes qui dépensent le plus. En France les deux plus gros postes budgétaires sont le service de la dette, 13,6% du budget de l’État en 2012, et l’Éducation Nationale, 17% du budget de l’État. Il n’est pas possible de réduire le service de la dette, car la France doit bien payer la facture de sa consommation d’aides sociales. Il ne reste donc, comme ligne budgétaire où trouver des économies, que l’Éducation Nationale.

1 millions de salariés, 62 milliards de budget. Entre 1980 et 2008, le coût d’un élève a été multiplié par 1,7, passant de 4 404 à 7 780 euros constants. En 1980, un élève du primaire coûtait 2 919 euros par an, en 2008, 5 620 (multiplié par 1,9). En 1980, un lycéen coûtait 5 833 euros par an à l’État, en 2008, 9 110 euros (multiplié par 1,5 ; tous les chiffres sont donnés en euros constants). Dans le même temps la situation scolaire n’a cessé de se dégrader. La France chute dans les comparaisons internationales, les contenus scolaires se vident de leur substance, l’analphabétisme progresse, les meilleurs élèves ne sont pas assez encouragés à donner le meilleur d’eux-mêmes. Plus on a augmenté le budget de l’Éducation Nationale, et plus l’éducation fournie s’est délitée. L’école n’est donc pas une question de moyen mais une question de méthode. Entre 1980 et 2008, le coût moyen d’un élève a augmenté de 76,6%, le nombre de professeurs n’a cessé de croître, alors que le nombre d’élèves a baissé, tout comme le niveau scolaire. L’argent ne fait pas le bonheur de l’école. Il serait tout à fait possible de revenir aux dépenses de 1980, avec de meilleurs résultats.

Si tel était le cas, le budget de l’Éducation Nationale passerait donc de 62 milliards d’euros à 36,4 milliards d’euros, soit une économie annuelle de 25,6 milliards. En un an, le nouveau gouvernement pourrait donc trouver les 20 milliards qui lui manquent. Comment réaliser une telle économie ? En empruntant les chemins de la liberté qui, dans le domaine de l’éducation, porte le nom de chèque scolaire.

En attribuant un chèque scolaire de 2 919 euros aux écoliers et de 5 833 euros aux lycéens, le gouvernement pourrait honorer sa dette vis-à-vis des marchés. Ce faisant il rendrait le plus beau service qu’il soit à la jeunesse, parce que celle-ci pourrait ainsi disposer d’une bien meilleure éducation que celle qui lui est promise. En réduisant la dette, l’État offrirait des perspectives futures bien plus intéressantes que celle d’un pays qui risque de faire faillite. Enfin, comme l’on démontré les études théoriques ainsi que les enquêtes menées dans les pays qui ont mis en place ce système, le chèque scolaire est le meilleur outil contre l’échec scolaire, et il est largement sollicité par les catégories les plus défavorisées. Le gouvernement pourrait ainsi honorer sa promesse de rétablir la justice sociale.

En établissant le chèque scolaire, c’est-à-dire, disons le mot, en privatisant l’éducation, tous les établissements seraient sur le même pied d’égalité, ils auraient les mêmes armes pour combattre. Ce serait donc un très bon moyen de mettre un terme aux privilèges, notamment ceux de la gauche caviar qui cherchent absolument à rétablir la carte scolaire et à baisser le niveau, tout en mettant leurs enfants dans des établissements de luxe, à l’abri de leur politique néfaste. La fin des privilèges, n’est-ce pas ce que Hollande a promis ?

Liberté. Libre initiative. Confiance dans les parents, premiers éducateurs de leurs enfants. Confiance dans les professeurs et les chefs d’établissement pour bâtir une véritable école, éloignée de l’idéologie du ministère et de ses faillites. Liberté et responsabilité, pour redonner espoir à la jeunesse, rétablir une véritable justice, et mettre un terme aux privilèges. La victoire du socialisme passe donc par le libéralisme. Par la liberté, Hollande pourrait honorer ses promesses de campagne.

Sauf une. Il avait promis d’embaucher 60 000 professeurs supplémentaires, et cela ne pourra pas se faire. Rien n’est moins sûr. Avec cette liberté gagnée, les entreprises d’établissements scolaires seront sûrement les premières à embaucher de nouveaux salariés, professeurs ou administratifs. Avec 25 milliards d’économie réalisée chaque année, l’État pourra considérablement baisser les charges sociales, rendant ainsi moins cher le coût du travail. Or la diminution des charges est un des moyens de relancer l’emploi et de lutter contre le chômage. Ce seront donc sûrement plus de 60 000 personnes qui seront embauchées. Et au lieu d’être des fonctionnaires, elles auraient la perspective d’être des salariés, voire des chefs d’entreprise. Oui, décidément, le libéralisme est la meilleure voie pour sauver ce gouvernement socialiste.

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