Pour le régime cubain, tout le monde est un danger, des patriotes aux anticapitalistes

Le sectarisme officiel ne fait pas la différence entre les opposants ; il suspecte tous ceux qui osent le critiquer sans que lui importe leur filiation. Pour un totalitarisme peu importe si ses dissidents disent embrasser la même doctrine que l’Etat, il suffit d’être critique pour être mis dans le sac des ennemis.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Manifestation à Cuba, photo Yoani Sanchez (CC)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Pour le régime cubain, tout le monde est un danger, des patriotes aux anticapitalistes

Publié le 23 mai 2012
- A +

Le sectarisme officiel ne fait pas la différence entre les opposants ; il  suspecte tous ceux qui osent le critiquer sans que lui importe leur filiation. Pour un totalitarisme peu importe si ses dissidents disent embrasser la même doctrine que l’Etat, il suffit d’être critique pour être mis dans le sac des ennemis.

Par Yoani Sanchez, depuis La Havane, Cuba.

Manifestation à Cuba, photo Yoani Sanchez (CC)

Je n’avais pas encore l’âge d’aller à l’école et j’étais dans ce parc que les habitants du quartier appellent « Carlos III », même si les cartes insistent pour le rebaptiser « Carlos Marx ». Ma soeur et moi jouions à courir dans la fontaine sèche et  sauter d’un banc à l’autre. A un moment nous avons regardé le siège de la loge maçonnique au coin de la rue Belascoain ; le globe terrestre sur sa terrasse dégageait une fumée grise et prenait lentement feu sous nos yeux. Je me souviens que nous avons crié à mon père « papa le monde brûle ! » et tous  trois nous avons couru vers le gardien du bâtiment pour le lui dire. En quelques minutes les pompiers étaient là et depuis ce jour cette reproduction de la planète n’a pas recommencé à tourner, son mécanisme de rotation a cessé de fonctionner… pour des décennies.

C’est dans ce même parc de mon enfance que l’Observatoire Critique a organisé samedi une rencontre de solidarité avec le mouvement mondial des indignés. Plusieurs heures avant que n’arrivent les personnes convoquées, les abords avaient été occupés par la police politique et aussi par des gardes en uniformes. Plusieurs activistes et journalistes ont été arrêtés avant d’arriver et conduits dans des quartiers éloignés pour qu’ils ne puissent pas participer. L’événement a finalement eu lieu, bien que marqué par la précipitation et une faible participation. On a cependant pu déployer quelques bannières anticapitalistes, prendre quelques photos et rejoindre à distance un courant de désaccord qui secoue des pays comme l’Espagne, l’Angleterre et les Etats Unis. Les manifestants ont chanté l’Internationale et quelques habitués du lieu ont découvert –pour la première fois- le visage de l’auteur du Capital ciselé dans le mur. Quinze minutes après, le #12M Global se terminait à La Havane et les enfants se réappropriaient la fontaine vide, les bancs et le buste en relief d’un homme né dans l’Allemagne de 1818. Le soir, le journal télévisé traiterait des mouvements de protestation à Londres et Madrid, mais garderait le silence sur la manifestation sur le territoire national.

Malgré le nombre réduit de participants et l’étroite portée idéologique de la convocation, l’événement est enrichissant pour la société civile cubaine. Le sectarisme officiel ne fait pas la différence entre les opposants de gauche et de droite ; il  suspecte tous ceux qui osent le critiquer sans que lui importe leur filiation. Dans les bureaux de la Sécurité Civile un dossier est ouvert sur José Daniel Ferrer aussi bien que sur Pedro Campos ; on soupçonne les activités de l’Union Patriotique de Cuba comme celles de l’Observatoire Critique. Pour un totalitarisme peu importe si ses dissidents disent embrasser la même doctrine que les manuels officiels, il suffit d’être critique pour être mis dans le sac des ennemis. Ce pays enlisé dans l’inertie politique a besoin de se mettre en marche ; il est urgent qu’il emprunte le sentier de la pluralité et de la démocratie. Comme ce globe du coin des rues Carlos III et Belascoain, Cuba doit commencer à bouger. Peut-être dans un premier temps faut-il qu’il aille vers la gauche ou vers la droite, qu’il subisse quelques cahots ou hésite avant de trouver son propre rythme. Mais désormais personne ne peut lui imposer une seule direction, personne n’a le droit de l’assujettir sur une voie unique.

Sur le web. Traduit par Jean-Claude Marouby

Voir les commentaires (6)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (6)
  • « Pour le régime cubain, tout le monde est un danger »

    Triste réalité qui n’est pas nouvelle…

    Après la prise du pouvoir par les bolcheviks, Lénine lui-même n’avait-il pas reconnu que les fins dernières du communisme étaient impossibles à atteindre, eu égard au nombre incommensurable d’ennemis — réels ou supposés — qu’ils auraient obligation d’éliminer ?

  • Si je comprends bien cette dame, il ya deux sortes d’opposants au régime cubain : les bons , les gentils, ceux de gauche anti-capitalistes et patati et patata etc…et ceux de droite, les méchants… On connait la musique !

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par Johan Rivalland.

La liberté est le sujet fondamental au centre des préoccupations de Contrepoints, à travers articles, analyses, réflexions, discussions. Au-delà de l’actualité, de l’Histoire, des perspectives d’avenir, qu’en est-il de ce sujet dans la littérature, en particulier lorsqu’on pense à son opposé le plus extrême : le totalitarisme, ou même plus simplement à toutes formes de dictatures ?

Septième volet, aujourd’hui, qui s’intéresse aux risques liés à la science, lorsque celle-ci se trouve détournée de ses objectif... Poursuivre la lecture

Christine Sourgins, historienne de l’art et esprit indépendant, est notamment connue pour ce courageux essai réédité en 2018. Un essai critique sur ce que l’on nomme l’Art contemporain, dont elle dénonce les mirages et vacuités.

Le terme « Art contemporain » lui-même résulte, selon elle, d’une manipulation de langage, qui vise à rendre dominante une partie de l’art vivant, s’en prétendant la totalité. À ne pas confondre avec l’Art moderne, qui en est d’une certaine manière l’antithèse, bien qu’il tienne de lui (et qu’il a détrô... Poursuivre la lecture

Par Carlos Martinez.

Dans son livre Anarchie, État et Utopie, Robert Nozick consacre un chapitre intitulé "Le conte de l'esclave" aux neuf phases de l'esclavage, des plus restrictives aux plus libératrices. Il écrit que même si les personnes asservies disposent de certaines formes d'autonomie, elles sont toujours asservies et il pose la question suivante : "Quelle transition du cas 1 au cas 9 fait que ce n'est plus le récit d'un esclave ?"

La question de Nozick souligne qu'il n'y a pas de différence entre la personne soumise à l... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles