Hollande offensif à l’export : le coût pour la France

L’un des engagements de François Hollande lors de la campagne électorale était de soutenir financièrement les exportations. Est-ce une bonne idée ?

L’un des engagements de François Hollande, développé lors de la campagne électorale, est de soutenir financièrement les exportations. Est-ce une bonne idée ? Pas sûr, car les aides aux exportations, si elles bénéficient à l’évidence à nos entreprises exportatrices, sont négatives une fois l’ensemble de la communauté nationale considérée. Explications.

Par Acrithène.

Dans les manuels d’économie internationale, notre nouveau président a une maladie à son nom. Était-ce prémonitoire ?

Retour sur l’ « Engagement 3 » du programme de François Hollande. Dans un billet précédent, je critiquais l’effet fiscal d’une distinction entre réinvestissement et distribution aux actionnaires des bénéfices d’une entreprise.

Aujourd’hui, décryptage d’une autre idée de cet engagement. François Hollande indique qu’il « favorisera la production et l’emploi en France en orientant les financements, les aides publiques et les allégements fiscaux vers les entreprises […] qui seront offensives à l’exportation. » Objectif implicite : améliorer la compétitivité internationale du pays.

Le souci ? La théorie économique nous apprend que les soutiens financiers aux exportations ont généralement un impact négatif sur la richesse des pays qui les mettent en place [1]. Parce que vous n’adhérez pas à cet argument d’autorité, je vous en propose une démonstration logique.

Effet sur les prix et sur les quantités vendues

Le premier effet qu’on attend d’un soutien aux exportations est le gain de parts de marchés à l’international, c’est-à-dire la capacité d’y vendre nos produits moins chers. Et c’est d’ailleurs l’objectif affiché de la mesure. Notons pour la suite que la remise accordée aux consommateurs étrangers sera inférieure au montant de l’aide publique. On a déjà vu une subvention de 1€ aboutir à une baisse de prix de 0,50€, mais jamais de 2€.

Remarquons aussi qu’un encouragement financier aux exportations crée pour les entreprises nationales un manque à gagner à s’adresser à leur marché domestique : viser le marché intérieur, c’est renoncer à l’aide publique. Pour garder l’attention des entreprises concernées, les consommateurs nationaux devront donc payer un peu plus cher que leurs homologues étrangers. Cet écart de prix devra refléter la différence de marge pour l’entreprise, c’est-à-dire l’équivalent unitaire de l’aide publique. Pour reprendre notre exemple numérique, pour une aide ayant un effet équivalent à 1€ par unité, le prix national sera supérieur de 1€ au prix à l’export.

Or, si vous convenez d’une réduction du prix international inférieur à la subvention, et d’un prix intérieur supérieur au prix international du montant exact de la subvention, vous conclurez par a+b à une augmentation du prix intérieur. Par intuition, si les consommateurs sont en concurrence pour l’achat de biens, octroyer un avantage à une partie d’entre eux nuira aux autres. Pour un exemple typique de soutien à l’exportation provoquant des prix intérieurs artificiellement hauts, prenez la politique agricole commune dont c’est l’objectif assumé.

Que se passera-t-il en termes de quantités vendues ? Voyant une partie de leurs coûts disparaître dans le budget de l’État, les entreprises vendront globalement davantage. Elles vendront cependant moins sur leur marché national, conséquence nécessaire d’un prix en hausse. Cette baisse sera plus que compensée par les ventes à l’international accrues grâce à la baisse de prix que l’aide publique permet de consentir à l’extérieur du pays.

À propos de l’intérêt général

Analysons désormais les gains et pertes des différents acteurs nationaux (producteurs, consommateurs et contribuables) afin de déterminer si, à l’échelle de la nation, la mesure provoque un gain ou une perte de richesse.

Afin de réaliser soigneusement cette analyse, décomposons les débouchés des entreprises exportatrices.

Les ventes sur le marché national

Nous avons déjà conclu que pour la part de la production qui reste acquise au marché national, les entreprises factureront un prix plus élevé. Cette hausse de prix ne change pas la richesse du pays, elle provoque juste un transfert des consommateurs vers les entreprises dont on peut juger l’équité.

Les ventes à l’exportation

On peut diviser les ventes à l’exportation en trois parties.

1. D’abord les quantités qui auraient été exportées sans soutien de l’État. Sur ces ventes, les entreprises nationales ont abaissé leur prix, baisse plus que compensée par les aides publiques. Souvenons-nous cependant que ces aides sortent des bourses des contribuables, et ne constituent donc à nouveau qu’un transfert dont on peut juger l’équité. L’effet net pour la nation, prise dans son ensemble, se résume donc à la baisse du prix des produits exportés. Un manuel parlerait d’une dégradation des termes de l’échange. Il s’agit clairement d’une perte nette : les entreprises nationales concèdent une partie de l’aide publique française au pouvoir d’achat des consommateurs étrangers !

Il nous faut ensuite analyser les nouvelles exportations. Elles ont deux origines : la hausse de la production, mais aussi le détournement d’une partie des unités jadis consacrées au marché intérieur.

2. La hausse de la production correspond à des ventes à pertes, c’est-à-dire une destruction de richesse. En effet, si ces unités n’étaient pas produites, c’est que leur coût de revient était supérieur au prix de vente. Le prix international ayant baissé, la production est a fortiori toujours à perte ! Si les entreprises les produisent désormais, c’est que l’aide publique couvre miraculeusement une partie des coûts de production. Hélas le coût réapparaît aussitôt qu’on réintroduit les contribuables dans l’équation. Leur argent a cette fois trois destinées : une partie reste dans la poche des entreprises nationales, une autre finit dans celle des consommateurs étrangers, et le reste s’évapore dans la destruction de valeur que constitue la vente à perte.

3. Seconde origine de la hausse des exportations, les unités jadis vendues localement. On peut leur appliquer le raisonnement que j’ai déjà décrit pour montrer que sur ces quantités, l’aide publique est en partie captée par les entreprises nationales, mais aussi pour partie par les consommateurs étrangers. Il y a une perte nette pour le pays. Mais à cette perte, doit s’ajouter celle des consommateurs nationaux. S’ils achetaient ces biens auparavant, c’est qu’ils en tiraient un bien-être. Ils sont donc aussi négativement affectés.

Finalement, les aides aux exportations, si elles bénéficient à l’évidence à nos entreprises exportatrices, sont négatives une fois l’ensemble de la communauté nationale considérée. Ce résultat dérive de la captation d’une partie de ces aides par les consommateurs étrangers (via la baisse de prix qui leur est accordée), d’une stimulation artificielle des entreprises les conduisant à produire à perte, et enfin d’un déplacement de l’offre de biens vers les marchés internationaux au détriment des consommateurs nationaux.

Effets dynamiques

J’entends déjà arguer que pour telle ou telle raison, la mesure aura des effets entrainant la rendant finalement positive. Examinons donc les effets qu’on peut attendre en termes de compétitivité.

D’abord le soutien à l’exportation renchérit le prix des produits pour les consommateurs nationaux. Il se traduira donc par une baisse du pouvoir d’achat et donc des revendications salariales. Or la hausse des salaires nominaux n’est pas une recette connue de la compétitivité. Premier effet négatif sur la compétitivité globale du pays. Ensuite, l’effort fiscal devra être financé, et viendra donc à son tour impacter la compétitivité des entreprises nationales via l’imposition de leur activité et de leurs salariés.

Quant à l’étranger, il recevra comme je l’ai expliqué une partie du cadeau fiscal français. Par exemple, les entreprises étrangères achetant des biens intermédiaires français en retrouveront les effets bénéfiques dans leurs structures de coûts. Elles seront donc plus compétitives.

Si seulement les contribuables d’Arabie Saoudite avaient la bonne idée de subventionner les exportations pétrolières vers l’hexagone, nous offusquerions-nous vraiment de cette manœuvre visant à améliorer la compétitivité saoudienne au détriment de la France ?

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Sur le web.

  1. Voir par exemple Paul Krugman et Maurice Obstfeld, Économie Internationale, Pearson, Chap. 8, §3.1.