L’hommage de François Hollande à Jules Ferry et la gauche donneuse de leçons

imgscan contrepoints 131 Hollande Jules Ferry

L’hommage rendu par François Hollande à Jules Ferry, ardent défenseur du colonialisme, est passé comme une lettre à la poste au sein de la gauche bien-pensante

L’hommage rendu par François Hollande à Jules Ferry, ardent défenseur du colonialisme, est passé comme une lettre à la poste au sein de la gauche bien-pensante. Si cette dernière se croit tout permis, c’est parce qu’une bonne partie de la presse et des médias français semble tout lui permettre.

Par Fabio Rafael Fiallo.

À une époque comme la nôtre, où la gauche bien-pensante fait feu de tout bois contre ce qui peut ressembler de près ou de loin à une défense de la colonisation, on ne peut qu’être interloqué par le choix de François Hollande de rendre hommage, le premier jour de son quinquennat, à la mémoire de Jules Ferry, ancien ministre de la IIIe République.

Promoteur de l’instruction publique gratuite et obligatoire, Jules Ferry n’en fut pas moins un ardent défenseur du colonialisme, avançant pour cela des thèses résolument racistes. Pour preuve, cette phrase qu’il prononça en 1885 lors d’un discours à l’Assemblée nationale : « Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. »

La gauche et le PS en particulier n’en sont pas à leur coup d’essai en matière d’empathie pour des personnages traînant un passé contraire à ce que cette gauche et ce PS prétendent incarner. Bien des années avant l’hommage de François Hollande à Jules Ferry, le PS avait présenté aux élections, et réussi à faire élire président à deux reprises, un François Mitterrand dont le passé vichyste aurait pu ou aurait dû représenter un handicap politique insurmontable.

En fait, si la gauche en France se croit tout permis, c’est parce qu’une bonne partie de la presse et des médias français semble tout lui permettre.

Certes, suite aux critiques soulevées par sa décision d’honorer Jules Ferry, François Hollande opta pour nuancer ses louanges et condamna les prises de position racistes de celui-ci. Il n’empêche, on n’ose pas imaginer ce qui aurait été dit et crié, dans la presse et les médias hexagonaux, si une figure de l’histoire avec le boulet raciste d’un Jules Ferry avait fait l’objet d’une cérémonie semblable le jour d’investiture d’un président issu de la droite de l’échiquier politique.

Par ailleurs, cette presse et ces médias, cette gauche, quoi, ont maintes fois tiré à boulets rouges sur Sarkozy pour bien moins que cela.

Il suffit de rappeler la journée d’investiture de Sarkozy en mai 2007, et en particulier l’hommage qu’il rendit alors à la mémoire de Guy Moquet, jeune militant communiste, adolescent, fusillé en 1940 par les forces d’occupation allemandes au moment même où le Parti communiste français menait des pourparlers avec ces mêmes forces d’occupation dans le but de trouver un modus vivendi avec celles-ci et d’obtenir l’autorisation de publier et distribuer le journal L’Humanité dans Paris occupé.

Gênant donc, pour le Parti communiste, et pour la gauche française tout court, que Sarkozy eût inauguré son mandat avec une référence à Guy Moquet. La gauche s’empressa alors de dénoncer une récupération intolérable de la part de Sarkozy, comme si la gauche, qui avait voté majoritairement les pleins pouvoirs à Pétain en 1940, et le Parti communiste, qui avait maintenu cette année-là des contacts douteux et contestables avec l’occupant nazi, pouvaient s’arroger le droit de parler au nom de cette jeune victime du nazisme.

Il n’y a donc rien de surprenant à ce que, tout récemment, L’Humanité eût essayé de salir Sarkozy, comme pour se venger de son hommage à Guy Moquet, par un montage, en montrant une photo de Sarkozy à côté d’une autre du Maréchal Pétain.

Mais il y a plus. Pendant que l’hommage de François Hollande à Jules Ferry passe comme une lettre à la poste au sein de la gauche bien-pensante, il est amusant de se souvenir de tout ce qu’on a lu et entendu, venant de cette gauche, contre le discours de Dakar de Sarkozy en juillet 2007. Un discours rappelant en termes diplomatiques aux dirigeants africains qu’il était temps d’entrer dans l’Histoire, autrement dit d’être à la hauteur de l’époque en matière de respect des droits de l’homme, au lieu de s’abriter derrière un prétendu anticolonialisme ou tiers-mondisme pour soumettre et exploiter leurs propres peuples.

Le Printemps arabe et la chute de Laurent Gbagbo en Côte-d’Ivoire auront donné raison au discours de Sarkozy à Dakar. Les peuples d’Afrique ont prouvé tenir, autant que n’importe quel autre peuple de la planète, au respect des droits de l’homme, à la possibilité de choisir librement leurs gouvernants, d’entrer dans la modernité, et n’ont pas hésité à faire appel – sans complexe et à juste titre d’ailleurs – à l’Occident, à la France et à l’OTAN pour se libérer de despotes autochtones.

Mais la presse et les médias à la gauche acquis, ceux-là mêmes qui ne trouvent rien à dire sur l’hommage rendu par le nouveau président français à Jules Ferry, avaient lancé des vitupérations inouïes à l’adresse du discours en question.

La gauche peut s’adonner à tous les montages et démontages de l’Histoire qu’elle voudra ; la presse et les médias ne lui tiendront pas rigueur pour autant.

Or, plus cette gauche parviendra à verrouiller, à déformer et à usurper l’Histoire, et plus forte et brutale sera la chute de son emprise sur l’opinion le jour où l’on remettra, enfin, les pendules à l’heure de la vérité.