Comprendre la crise européenne aujourd’hui

La cause racine de la crise européenne actuelle est plutôt à trouver dans l’écart de compétitivité croissant entre Europe du Nord et Europe du Sud dans un ensemble économique ayant instauré une monnaie unique

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Comprendre la crise européenne aujourd’hui

Publié le 2 mai 2012
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La crise européenne actuelle est fréquemment présentée comme une crise des dettes souveraines. Mais la cause racine de cette crise est plutôt à trouver dans l’écart de compétitivité croissant entre Europe du Nord et Europe du Sud dans un ensemble économique ayant instauré une monnaie unique.

Par Loïc Abadie.

La crise européenne actuelle est présentée comme une crise des dettes souveraines, celle de pays d’Europe du Sud qui gèreraient mal leur budget et s’endetteraient excessivement face à des pays d’Europe du Nord qui le géreraient beaucoup mieux.

En faisant cela, on passe à coté de l’essentiel, c’est-à-dire de la cause racine cette crise.

Observez ces quatre graphiques (http://www.tradingeconomics.com/) de la balance des paiements de trois pays d’Europe du Sud (Espagne, Italie, Grèce) et de l’Allemagne :

Nous voyons la dégradation considérable de cette balance des paiements des pays d’Europe du Sud, qui traduit l’effondrement de leur balance commerciale pendant que l’Allemagne voit au contraire la sienne s’installer de plus en plus loin dans le positif.

L’écart de compétitivité croissant entre Europe du Nord et Europe du Sud dans un ensemble économique ayant instauré une monnaie unique fait que les entreprises d’Europe du Sud ne parviennent plus à vendre leurs produits, alors que la monnaie unique rend impossible tout rétablissement de l’équilibre par une dévaluation monétaire en Europe du Sud.

Qu’ont fait les dirigeants d’Europe du Sud face à cette situation ?

Ils ont fait ce que font tous les dirigeants du monde quand ils n’ont plus de solution simple à mettre en place : la relance « fuite en avant » en compensant par le déficit public et la relance de la consommation à crédit les insuffisances de compétitivité de leur pays.

L’explosion de l’endettement des pays d’Europe du Sud aujourd’hui est la conséquence directe de l’effondrement de leur balance des paiements, qui est elle-même provoquée par un écart de compétitivité que la monnaie unique rend impossible à corriger. Le rôle fondateur de la monnaie unique dans cette crise est parfaitement clair sur les graphiques du début d’article.

Quelles sont les options disponibles pour débloquer cette situation ?

Pour corriger une crise de compétitivité liée à une monnaie unique, il n’y a que quatre options possibles :

1) Supprimer la monnaie unique, c’est-à-dire l’euro, pour redonner la marge de manoeuvre monétaire nécessaire en Europe du Sud. La dévaluation monétaire et la restructuration de la dette argentine au début des années 2000 a permis la sortie de crise pour ce pays et la suppression de la monnaie unique est pour moi indispensable au règlement de la crise en Europe du Sud.

2) Rétablir artificiellement la compétitivité par l’instauration de mesures protectionnistes (barrières douanières, quotas d’importation).

De façon générale, cela présente de gros inconvénients : forte inflation (on substitue des produits importés moins chers par des produits locaux plus chers) et limitation considérable du progrès technique (on maintient artificiellement en vie des unités de production obsolètes et non compétitives).

Cela est vrai dans un monde libéral théorique parfait, mais pas toujours dans le monde réel : une petite dose de protectionnisme bien réfléchi peut parfois être nécessaire dans certains secteurs stratégiques, ou tout simplement parce que l’ensemble des autres pays fait aussi du protectionnisme indirect en subventionnant leurs produits, rendant ainsi invendables les produits du pays qui ne ferait pas de même.

Il ne faut cependant évidemment pas croire qu’on règlera la crise en Europe du Sud par le retour à un protectionnisme généralisé, tant qu’on n’aura pas supprimé la cause-racine (l’euro).

3) Baisser les salaires jusqu’à retrouver l’équilibre de compétitivité nécessaire.

Cette solution fonctionnerait en théorie parfaitement, y compris dans un contexte de monnaie unique (que certains libéraux défendent pour cette raison). Seul problème : dans le monde réel, aucun responsable politique ou économique ne parviendra à appliquer les baisses de salaires nécessaires pour le retour à l’équilibre et cette solution ne sera jamais acceptée socialement.

4) Traiter les pays d’Europe du Sud en régions assistées : les contribuables d’Europe du Nord paieront alors (tant que l’euro restera en place) pour entretenir le niveau de vie des pays d’Europe du Sud, jusqu’à faillite des généreux donateurs (et des bénéficiaires). C’est cette option qui a été choisie pour l’instant par nos dirigeants, via divers dispositifs d’aides et de prêts (pour l’instant il ne s’agit que de fuite en avant dans la dette, mais le contribuable paiera tôt ou tard, soit directement, soit sous forme de dévaluation monétaire).

Cette solution n’est évidemment pas viable sur le long terme, comme l’explique Tim Worstall : il est impossible que des États qui dépensent déjà 50% de leur PIB (ou plus) pour leurs besoins « intérieurs » puissent durablement subventionner des pays d’Europe du Sud qui représentent en gros la moitié de la population européenne (ou plus si on considère que la France est en train de rejoindre lentement ces pays) !

Alors que va-t-il se passer ?

Nos dirigeants vont certainement s’accrocher désespérément à leurs utopies et à la solution 4, pendant encore quelques trimestres, jusqu’à ce que la réalité finisse par s’imposer : ça ne fonctionne pas.

Taux de chômage en Europe

…et l’euro disparaîtra alors (solution 1), comme toute union monétaire mal conçue.

—-
Publié initialement sur Objectif Éco.

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  • Le problème serait la balance du commerce ? Nous sommes-nous un jour inquiéter que l’Alsace exportait plus vers la Corse qu’elle n’en importait ?

    http://bastiat.org/fr/balance_du_commerce.html

    Ne passons pas à côté du véritable problème :
    – certains ont eu des politiques irresponsables,
    – certains ont eu des politiques moins irresponsables.

  • Je ne crois pas que la balance des paiements y soit pour quelque chose.
    Les pays du sud ont toujours eu des problèmes de compétitivité, c’est ça le nerf du problème. Qui dit problème de compétitivité dit recours à l’endettement pour compenser le manque de productivité du capital, à l’inflation et in fine aux dévaluations en mode reset.
    Or l’euro a été une aubaine pour les pays du sud, leur permettant d’emprunter aux mêmes taux que les allemands qui eux sont compétitifs. D’un autre côté, les pays du sud ne pouvant plus dévaluer, ce fut une aubaine pour l’exportation de produits allemands.
    D’autre part, la France était toute contente avec l’euro d’annihiler le mark au moment même où l’Allemagne se réunifiait, bien mal lui a servi cette stratégie jusqu’à présent puisque les statuts de la BCE ont été écrits par les allemands et le modulage des taux d’intérêt n’a servi qu’à relancer l’économie allemande quand elle fut au fond du goufre au début des années 2000.

    L’euro fut un jeu de dupe, et la France est dans le groupe des pays du sud.

    1 solution existe: les pays du sud se décident à se réformer pour devenir compétitifs, et on passe à la liberté monétaire et au free-banking.
    La solution de sortir de l’euro et de dévaluer n’est pas une solution envisageable, c’est une solution court-termiste, une catastrophe à long-terme.

  • « une petite dose de protectionnisme bien réfléchi peut parfois être nécessaire dans certains secteurs stratégiques, ou tout simplement parce que l’ensemble des autres pays fait aussi du protectionnisme indirect en subventionnant leurs produits, rendant ainsi invendables les produits du pays qui ne ferait pas de même. »

    Hum, c’est un sophisme, et c’est étonnant de ta part Loïc.

  • Tout ceci n’est pas vraiment étonnant car cet article apparaît cohérent avec plusieurs contributions précédentes. La litanie des poncifs collectivistes (appel au protectionnisme, obsession pour la balance extérieure, appétence pour la manipulation monétaire, invention de secteurs prétendument « stratégiques » – lesquels ?) trouve ici sa justification dans un pragmatisme illusoire, révélateur d’un conservatisme qu’on pourrait qualifier de « classique » : « dans un monde libéral théorique parfait, mais pas toujours dans le monde réel ». Phrase incroyable quand on y réfléchit, antithèse absolue du libéralisme ! Il faut relire Friedman qui avait fort bien montré la vacuité de cette position. Nul besoin d’un monde parfaitement libéral pour que le libéralisme soit indubitablement supérieur au collectivisme.

    On ne peut résoudre les problèmes sur la base d’une analyse erronée de la situation. Cette crise n’est pas et n’a jamais été une crise de la monnaie. Cette crise marque la fin du XXe siècle collectiviste dont l’Etat providentiel socialisé et surendetté est le dernier avatar. Détruire la monnaie, revenir aux monnaies monopoles administratifs en affrontement anarchique, est une fausse solution qui ne fera que repousser à plus tard l’émergence des adaptations inéluctables, tout en créant d’autres issues nocives aggravant encore plus la crise.

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