Curieuse campagne électorale

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Comment expliquer alors un tel décalage entre ce que souhaitent les Français et les intentions de vote ? Peut-être dans le fait que les sondages se trompent.

Comment expliquer un tel décalage entre ce que souhaitent les Français et les intentions de vote ? Peut-être dans le fait que les sondages se trompent.

Par Jean-Baptiste Noé.

Curieuse campagne, déroutant déroulement de cette présidentielle.

L’analyse des faits passés et l’étude des tendances lourdes aboutissent à la conclusion que François Hollande perdra l’élection. Le candidat qui gagne est celui qui suscite une adhésion autour de lui, comme Giscard en 1974, Mitterrand en 1981 et Chirac en 1995. Le candidat qui gagne est celui qui impose ses thèmes de campagne, celui qui donne le rythme aux événements. Le candidat qui gagne est celui qui se trouve en phase avec les Français. Or aucun de ces points ne correspondent à François Hollande.

Peu de Français souhaitent l’avoir comme président de la République, il ne suscite ni enthousiasme ni adhésion ; à l’inverse de Royal en 2007. Il n’a pas d’idée et ne propose rien de novateur. Pire encore, ce qu’il représente est rejeté en masse par les Français. Jamais les idées socialistes n’ont été autant rejetées en France. Les mesures phares de Hollande : droit de vote des immigrés, augmentation du nombre de fonctionnaire dans l’Éducation Nationale, augmentation des impôts, sont contraires à la volonté du peuple. Tout est donc réuni pour qu’il perde cette élection. Et pourtant les sondages le donnent vainqueur. Là réside le mystère de cette campagne.

Les électeurs seraient-ils prêts à voter pour des idées qu’ils réprouvent ? Seraient-ils prêts à signer un chèque en blanc au politiquement correct alors même qu’ils ne cessent de le rejeter ? Qu’il y ait un fond de socialistes convaincus en France est indubitable, mais qu’une majorité d’électeurs soient prêts à voter pour des idées, des mesures et des tendances qu’ils réprouvent est quelque chose de mystérieux. L’antisarkosysme ne suffit pas à expliquer cela, car cette phobie du Président est surtout le fait de journalistes et de médias de gauche qui n’apprécient pas que leur famille politique perde le monopole intellectuel qu’elle détenait depuis 1968. Cette phobie est présente à Paris, mais pas parmi le peuple.

Comment expliquer alors un tel décalage entre ce que souhaitent les Français et les intentions de vote ? Peut-être dans le fait que les sondages se trompent. Eux qui n’avaient pas vu la victoire du non en 2005, qui voyaient déjà Jospin vainqueur en 2002 ne sont-ils peut-être pas capables d’appréhender la réalité électorale de cette élection.

Dans les souhaits de victoire Sarkozy arrive devant Hollande. Dans l’étude du choix public, étude éminemment pertinente et qui a montré sa fiabilité dans le passé, Sarkozy est aussi donné vainqueur. Pourquoi d’ailleurs cette fois aveugle dans les sondages ? Pourquoi cette croyance dans leur infaillibilité ? Sarkozy fait de meilleurs audimats en 2012 qu’en 2007. Ses meetings sont plus remplis durant cette campagne que dans la précédente. Voilà des signes tangibles, des faits que l’on peut toucher et quantifier. Des faits qui sont d’ailleurs plus en phase avec l’étude de la sociologie politique que les sondages.

De même, je suis surpris que les affaires ne pèsent pas plus en défaveur de François Hollande, car elles sont tout de même fort graves. Jean-Noël Guérini, président socialiste du Conseil Général des Bouches du Rhône, mis en examen pour des cas de népotisme, de clientélisme et de détournement de fonds. De même pour le président du Conseil Général du Nord. Ces deux hommes ont créé un véritable système mafieux en leur faveur, et en celle de leurs amis. En échange d’attribution de subventions ou de marchés publics ils se sont assurés que l’on vote pour eux. Que le PS ait pu soutenir pendant si longtemps la candidature de Strauss-Khan, alors même que ses affaires de mœurs étaient connues de tous les dirigeants, et en premier lieu du Premier secrétaire François Hollande, est assez affligeant. Sur tous ces points il y a une réprobation très nette des Français. Et pourtant ils s’apprêtent, selon les sondages, à voter pour un homme qui a couvert ces affaires. Curieuse campagne oui.

Curieuse campagne donc, qui accorde plus d’importance à des extrapolations statistiques qu’à des réalités humaines. Ce soir, 22 avril, nous saurons qui, de l’analyse rationnelle ou de l’hystérie collective, aura triomphé des urnes.

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