Meeting de François Hollande, le PS à la fête Porte de Vincennes

Reportage photo & ambiance sur le meeting PS du dimanche 15 avril, à Vincennes

Une petite équipe de Contrepoints s’est rendue dimanche dernier au meeting du PS, porte de Vincennes, pour nous en rapporter l’ambiance et quelques photographies de circonstances.

Par J. Vergès pour Contrepoints ; photos de Maciej Eszett.

Malgré un dimanche froid avec du vent soufflant en bourrasques, tout fut soigneusement organisé comme du papier à musique pour que le meeting du Château de Vincennes rejoue l’ambiance chaleureuse de Mai 81. La Mairie de Paris se montra bienveillante, en assurant la « gratuité » du métro pour faciliter les transports des troupes mobilisées par les puissantes fédérations départementales, aiguillées par des contrôleurs et agents du service public exceptionnellement aimables. Il faut reconnaître au PS le sens de l’organisation et l’habitude d’encadrer des foules bigarrées.

Une militante au chapeau hollandesque
Une militante au chapeau hollandesque

Pour s’extirper de la nasse, il fallut passer l’impressionnant dispositif de sécurité, puis se frayer un chemin au milieu d’une colonne de supportrices marseillaises très en forme pour l’événement, visiblement pas démoralisées par la défaite de l’équipe phocéenne la veille au Stade de France. Comme quoi, le supporter de meeting politique ne diffère pas fondamentalement du supporter de football. Il est vrai que si l’O.M a perdu toute chance d’être champion cette année, le match électoral a pris en revanche la tournure de chronique d’une victoire annoncée pour le champion socialiste.

La démonstration qui se voulait « festive et confiante » n’en fut pas moins mise en scène comme un spectacle à grands frais en vue de galvaniser les troupes à l’approche du premier tour, fort de sondages stratosphériques au second pour le candidat à la rose entre les dents. En tout cas, la plupart des militants interrogés y croient avec d’autant de ferveur que les média annoncent l’élection comme pliée d’avance.

Au final la sociologie du public, plutôt moyenne, mêle militants encartés, fonctionnaires intéressés, étudiants concernés et bobos endimanchés. Au milieu des badauds, les flux sont méthodiquement orientés par les chefs de sections en blouson rouge.

Hopium du peuple
L'Hopium du peuple

Les slogans officiels, répétés à l’envi comme une ritournelle, se conjuguent au présent : « Le blocage des loyers c’est maintenant », « l’égalité c’est maintenant », « le mariage homo c’est maintenant »! Les clins d’œil à Obama abondent jusque dans les codes graphiques des affiches et t-shirts. Les bataillons des associations LGBT, venus en nombre, agitent leurs drapeaux multicolores pendant que le groupe Kassav’ un peu refroidi tente de chauffer le public aux rythmes exotiques du zouk.

Bannières, autocollants et ballons généreusement distribués campent déjà les mots d’ordre de ce qui doit être le point d’orgue de la campagne, la grande kermesse providentielle : « Vivement Mai » et « François président »! Il faut donner à ce rassemblement populaire (on a entendu environ 100 000 selon les organisateurs, estimation impossible à vérifier) un air de manifestation assez massive pour créer « la vague » espérée, prouver que cette fois le PS est au rendez-vous de l’histoire, les divisions du passé enterrées, le vent du changement dans les voiles et la boîte à promesses à nouveau ouverte.

Des saucisses grillées se sont glissées dans cette image.
Des saucisses grillées se sont glissées dans cette image.

Pour bien se démarquer du show cathodique à l’américaine en vogue dans la Sarkozie croulante, le meeting de Vincennes afficha une ambiance jeuniste de concert engagé et de saucisses grillées, avec son quota d’artistes et de chanteurs officiant dans le sillage du PS. Même si son nom fut rarement prononcé, l’ombre de Sarkozy a plané comme une menace maléfique et omniprésente. Des militants vendent des t-shirts « recase-toi » pour mieux conjurer le spectre du président, comme des accessoires folkloriques utilisés autrefois pour éloigner les vampires.

Quelques vieux militants du Front de Gauche, un peu égarés depuis la Bastille, nous expliquent qu’ils soutiennent Mélenchon mais participent quand-même pour défier Sarkozy, lui dire « qu’il ne passera pas ». Pendant que les deux chauffeuses de charme, Najat Belkacem et Aurélie Filippetti, font huer par la foule le meeting du candidat de l’UMP qui se tenait à quelques kilomètres de là, Place de la Concorde. Et de faire ensuite applaudir un à un le nom des différentes fédérations qui ont fait le déplacement. Donnant de la voix, la prestation de ces égéries féministes stridentes a semblé toutefois un peu forcée dans l’exercice de ce qui s’apparente à un théâtre de Guignol.

La nostalgie-camarade

L’ordre des discours et des références obligées fut chorégraphié par la patte des communicants selon un story-telling bien rôdé, avec un script simple : la grande famille socialiste enfin réunie, au complet et dans la bonne humeur. Qu’on se le dise, le socialisme français est d’abord un collectif. En ce moment charnière, finies les bisbilles, les rivalités d’appareil au moins provisoirement oubliées. Tous les éléphants qui comptent étaient là pour célébrer le retour en force d’une gauche plurielle (à défaut de diverse) aux allures de Mitterrandie ressuscitée et soudée après les épreuves : Ségolène, Martine, Lionel, Laurent, Arnaud & les autres. A l’exception, notable, de DSK et du regretté Jack Lang, introducteur du chic festif en politique.

Militants qui militent
Militants qui militent

Le verbe « rassembler » servit de principal élément de langage, distillé à la presse et répété lors des discours tribuniciens projetés sur écrans géants. Bertrand Delanoë ouvre le Bal, salué comme un visionnaire ayant enfin transformé Paris en phare culturel rayonnant dans l’humanité. Il prononce un hommage à Raymond Aubrac, puis tient un discours assez convenu bien que martelé, sur le nécessaire changement pour revitaliser la démocratie , en appelle au retour de la gauche pour mettre un terme aux injustices et enfin réaliser le mariage « entre personnes qui s’aiment ».

Hollande, c'est un candidat, au fond.
Hollande, c'est un candidat, au fond.

Puis vient le tour de François Hollande, acclamé tel une idole, usant d’un ton calme, rassurant, pour ponctuer des phrases simples et répétitives qui vantent le changement. Passage obligé de cette messe, l’invocation des grandes figures mythiques, tutélaires, symboliques: Blum et 1936, re Aubrac et la Résistance, Mendès-France et 1954, Mitterrand et 1981.

Hollande veut faire passer le message de la continuité, son mandat s’inscrira dans une suite presque naturelle. Le passage politique confine ici au rite, en combinant les archétypes inconscients qui marquent la psychologie des foules, l’héritage de la tradition républicaine avec l’appel à la mobilisation dans un élan de solennité.

Mais par prudence l’ancien secrétaire du Parti rappelle que rien n’est joué, signal électif subliminal du souvenir traumatique de 2002, injonction pratique au vote utile.

Le barbecue c'est maintenant
Le barbecue c'est maintenant


Photos sous licence CC. Auteur : Maciej Eszett/Contrepoints.org