Grosse fatigue libérale

Le libéralisme n’a que peu de choses à voir avec l’économie, c’est une philosophie. Et peu importe qu’on se réclame de l’école autrichienne, du libertarianisme ou du monétarisme.

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Grosse fatigue libérale

Publié le 13 avril 2012
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Le libéralisme n’a que peu de choses à voir avec l’économie, c’est une philosophie. Et peu importe qu’on se réclame de l’école autrichienne, du libertarianisme ou du monétarisme.

Par Charles Gave.
Article publié en collaboration avec l’Institut des Libertés.

Dés que l’on pénètre dans le monde libéral en France, les questions fusent :

« Êtes-vous un « Autrichien » ? Ou un libertarien ? Ou pire encore un monétariste ? On nous a rapporté que vous offriez des sacrifices propitiatoires sur des autels dédiés à Milton Friedman. Est-ce vrai ? Que pensez-vous de Murray Rothbard, ou  de Gary Becker. Quid de Ron Paul ? »

La réponse est toujours la même : J’ai lu, parfois admiré tous ces auteurs dont certains m’ont beaucoup appris et cela n’a rien changé à ce que je suis au fond de moi-même, c’est-à-dire un Libéral, ni ultra ni infra, ni éclairé, ni éteint, juste un libéral.

Mais qu’est-ce que cela veut dire être un libéral ? C’est tout simple. Cela veut dire que le bien ultime est la Liberté et que la liberté ne peut s’exercer qu’au niveau de l’Individu. Il n’y a pas de liberté collective. Le libéralisme et l’individualisme (qui n’a rien à voir avec l’égoïsme) ne font donc qu’un.

Qu’est-ce que cherche à faire le libéralisme ? Encore une fois, la réponse est toute simple : à domestiquer ces monstres sans cervelle que sont le capitalisme et l’État. Le capitalisme n’est ni bon ni mauvais, c’est un outil, comme un marteau ou une scie. Mais la bête a une force prodigieuse et il faut qu’elle ait un dompteur, et ce dompteur c’est le DROIT. Quant à l’État, c’est un animal très dangereux puisqu’il a le monopole de la violence légale.

La quasi-totalité des grands penseurs du libéralisme (Montesquieu, Turgot, Constant, Tocqueville, Bastiat,  et plus récemment Raymond Aron,  Bertrand de Jouvenel ou J.-F. Revel) étaient avant tout des philosophes du Droit. Les questions à laquelle ils ont tous essayé de répondre étaient toujours les mêmes et les voici :

  • Comment empêcher l’alliance entre les possédants et l’État, les possédants voulant transformer leurs profits en rente ?
  • Comment empêcher ceux qui ont le contrôle de l’État de prélever les plus values engendrées pour assurer leur fortune ou leur réélection et/ou mettre le reste de la population en esclavage ?
  • comment permettre à ceux qui n’avaient rien au départ de participer au jeu et d’en profiter au même titre que ceux qui avaient beaucoup ?

La réponse a toujours été la même : le Droit, toujours le Droit.

Le libéralisme n’a donc que peu de choses à voir avec l’économie. Il se borne à dire que le Droit de Propriété garanti par une justice indépendante est absolument nécessaire à la croissance économique (voir Hernando de Soto)  et que les droits de l’Individu sont antérieurs et supérieurs à la Loi ou à l’État.

Le libéralisme est de fait une philosophie qui s’applique à trouver les meilleures règles pour que chaque individu atteigne la plénitude de son développement potentiel. Il se trouve que l’application de ces règles juridiques à l’économie permet la croissance et la hausse du niveau de vie de tout le monde, et que si elles ne sont pas appliquées, la misère et l’injustice sévissent comme toute étude historique le montre. Mais ce résultat heureux n’est que la  conséquence de la prééminence du DROIT .

Le libéralisme, c’est donc la primauté de l’Individu encadrée par des règles de Droit qui s’appliquent également à tout le monde.

Et c’est pour ça que je suis libéral.

C’est le seul système philosophique mettant la personne humaine, l’individu, en son centre, exactement comme le christianisme (voir un Libéral nomme Jésus). Tous les autres systèmes – théocratie, aristocratie, ploutocratie, communautarisme, socialisme, communisme, étatisme – en ne mettant pas la liberté individuelle au cœur arrivent toujours à des abominations.

C’est ce que nous allons redécouvrir en France très bientôt.


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  • Il n’est possible de philosopher valablement que le ventre plein, libre et vivant. Philosophie, économie et droit sont indissociables.

    • vivant, oui … mais même pas besoin de la bonne santé.
      Les exemples sont légions de philosophes esclaves le ventre vide et malades

  • C’est sur des sites comme Rue89 ou Agoravox qu’ils faut poster ce genre d’article (en enlevant la référence au christianisme).
    Ici il ne fait que prêcher des convaincus.

  • Un salaire ne dépendant que de l’offre et de la demande est utilitariste : il correspond à l’utilité sociale du travail fournit. Aujourd’hui, l’individu est donc un moyen et la société la fin.
    Si l’individu doit être plus qu’une ressource, il mérite ni plus ni moins ce qu’il fait gagner à l’entreprise.

    Un libéral.

    • Le salarié « mérite ni plus ni moins ce qu’il fait gagner à l’entreprise » : c’est tout à fait vrai, après déduction de la légitime rémunération des autres acteurs : actionnaires, gérants, fournisseurs, banques, Etat.

      • oui et bien aujourd’hui après ces déductions, il ne reste plus grand chose pour celui que donne encore de l’énergie vitale.

  • CG a raison : Le libéralisme va mal. Qu’il ait fait la preuve de sa supériorité en matières économiques n’est pas l’essentiel : Cette démonstration existe parce que certains peuples ont été précurseurs, qui étaient libéraux par choix. Or les idées libérales reculent depuis un siècle, au point que de précurseurs il n’y aura bientôt plus.

    Pourquoi ? Le problème est si fondamental qu’il faut placer notre réflexion au niveau conceptuel primordial, ni celui de l’économie ni même celui des institutions, mais celui de la religion. Ce qu’une société humaine peut produire dépend de l’anthropologie qui la fonde, bien avant qu’elle se dote d’institutions. Et une anthropologie, c’est une religion. Y compris l’athéisme, qui conduit au relativisme, puis au nihilisme, donc au néant.

    Ainsi, pour 100 grands-parents grecs, il y a 42 petits-enfants. Allemands et Russes sont aussi en voie d’extinction. Le cas de la France se prête à plusieurs hypothèses, grâce à l’interdiction de réunir les informations pertinentes. Mais il est difficile de douter qu’un changement majeur, prévu par Khomeiny, Christopher Caldwell et Bernard Lewis, aura lieu dans le courant du siècle.

    Citons aussi Malraux, en conclusion de ses célèbres prophéties de 1956 sur la poussée de l’islam : « La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion. Notre civilisation est incapable de construire un temple ou un tombeau… Elle sera contrainte de trouver sa valeur fondamentale, ou elle se décomposera. »

    De nos jours une partie des Étatsuniens semblent encore rester attachés au libéralisme qui a présidé à la fondation de leur pays. Là aussi cet attachement au libéralisme semble aller de pair avec le christianisme (les États-Unis ne sont, paraît-il, pas un pays chrétien : C’est aussi surréaliste que le dessin de Matisse représentant une pomme surmontant la légende « ceci n’est pas une pomme »)

    Il est assez facile empiriquement de constater que christianisme et libéralisme, premièrement, vont de pair, deuxièmement, et corollairement, ont les mêmes ennemis.

    Sur ce dernier point : Pour les antilibéraux, toute autorité appartient à l’État. Rien ne revient à Dieu, il faut rendre à César ce qui revient à Dieu. Pratiquement, cela signifie que la sphère d’autorité de l’Église doit être nationalisée (et accessoirement ses biens) : Ce qui fut fait en 1905. On referma ainsi une parenthèse occidentale de mille ans durant laquelle deux autorités avaient coexisté: À l’État le domaine régalien, le temporel, le relatif; à l’Église le domaine de l’absolu : La morale, donc l’instruction, la charité, la santé.

    Pour justifier cette nationalisation on affirma que rien n’est absolu et tout relatif. Que la morale au sens chrétien est donc un carcan. C’est dans ce dogmatisme que nos enfants et nos journalistes sont endoctrinés. Il leur interdit notamment de constater que christianisme et islam n’ont rien de commun – et s’ils le constatent quand même, de le dire.

    Pour couper court aux constats empiriques, rappelons enfin que les totalitarismes du 20e siècle furent prévus et dénoncés, entre autres, par l’Église catholique (Rerum Novarum contre la propriété collective, Mit Brennender Sorge contre le nazisme…); que l’expression « Solution finale » désigna d’abord l’extermination, presque totale, du clergé russe par les bolcheviques.

    Sur les raisons de la relation : Bastiat avait recours au christianisme pour contenir les idées d’ingénierie anthropologique. La morale chrétienne insiste sur la liberté et la responsabilité individuelles (pléonasme), comme étant les deux faces de la même médaille. C’est pourquoi islamisme ou fascisme, qui veulent imposer un mode de vie, et gauchisme, qui veut soulager les gens de leurs responsabilités, aboutissent invariablement aux mêmes résultats, malgré des approches qui paraissent opposées au premier abord (l’une intolérante, l’autre charitable).

    Et ce résultat est mauvais. C’est une autre particularité du christianisme d’affirmer la capacité du peuple à en juger. Les idéologies totalitaires réservent ce type d’appréciation aux personnes autorisées, et cooptées, de par leur « savoir » en matière d’islam, ou de marxisme, ou autre. Selon le christianisme, c’est à leurs fruits qu’on reconnaît les fausses prophéties, et non à leur discours. Et c’est donc l’affaire de tous.

    Sur la propriété : Il est absurde de soutenir que le christianisme la conteste. Inciter à donner, c’est affirmer la propriété. Le socialisme, lui, n’appelle pas à donner, mais emploie la force pour redistribuer, ce qui est la négation de la propriété. Jésus s’est refusé à contraindre qui que ce fût à quoi que ce fût, jusqu’au bout de l’humiliation et de la souffrance; il s’est même obstinément refusé à toute considération de nature à permettre à d’autres de le faire en son nom.

    Pour toutes ces raison et bien d’autres, il me semble que l’avenir du libéralisme est lié à celui du christianisme. Les amis du libéralisme, s’ils me rejoignent dans cette analyse, devraient donc s’opposer à son dénigrement systématique et au x nombreuses calomnies dont on l’accable. Ce faisant, ils trouveront face à eux les mêmes contradicteurs que ceux qui rejettent le libéralisme …

    • « une anthropologie, c’est une religion.  » Non!
      « l’avenir du libéralisme est lié à celui du christianisme. » Non!

      Ce que vous dites (implicitement) à propos du libre-arbitre implicite de la religion chrétienne est effectivement recevable, mais il n’y a aucune raison dans ce que vous énoncez, à commencer par les actes (relatés mais on vérifiés et invérifiables) d’un homme nommé Jésus. Vous posez vos affirmations sur la base d’une croyance, non de la raison et là vous divergez grandement de la philosophie libérale classique.

      Je vous concède que plusieurs éléments du christianisme parlent en faveur du libéralisme, l’étayent même, mais affirmer que l’un est indissociable de l’autre, non!

    • A l’heure actuelle, vous êtes surtout les idiots utiles du capitalisme de copinage.

      Continuer à niez le problème des paradis fiscaux, des ultra riches, continuez à dénoncer les infâmes cotisations sociales, les logements sociaux, et le totalitarisme de la protection de l’environnement. Vous avez raison, tout ça c’est la faute de l’état et uniquement de l’état, et de personne d’autre.

      Continuez à exercer votre liberté de rester la tête dans le guidon, c’est parfait. Ne changez rien.

  • Vous êtes libéral parce que vous êtes en position dominante par rapport à la majorité des gens. Si vous appliquez votre « philosophie » il y aura bien plus de perdant que de gagnant dans l’affaire et vous serez donc minoritaire… Vous serez toujours minoritaires tant que les ressources disponibles seront autant limitées.

    • Cher lecteur
      C’est là qu’est l’erreur fondamentale. La Suède a des dépenses sociales qui ont cru beaucoup plus vite que celles de la France en chiffres absolus depuis 1992 alors meme que le poids de l’Etat baissait dans l’économie. La meme chose s’est passée pendant les années Thatcher entre la GB et la France
      Pourquoi?
      Parce que le recul de l’Etat a permis une croissance économique plus forte
      Il vaut mieux avoir 40 % de quelque chose qui est monte que 100 % de rien du tout
      Amicalement
      cg

      • Bonjour M. Gave,
        j’ai été interloqué sur les questions (toujours d’actualité) auquel certains pères spirituels du libéralisme on essayé de répondre.

        • Comment empêcher l’alliance entre les possédants et l’État, les possédants voulant transformer leurs profits en rente ?
        • Comment empêcher ceux qui ont le contrôle de l’État de prélever les plus values engendrées pour assurer leur fortune ou leur réélection et/ou mettre le reste de la population en esclavage ?

        Pensez vous que le démocratie telle qu’elle existe dans nos pays n’est elle pas à dépoussiérer. Que pensez vous d’un système électif au au tirage au sort (stochocratie), elle permettrai d’en finir avec je pense une ploutocratie masquer en démocratie d’apparat. Mon côté libéral ne fais ni confiance au élite ni au peuple. Le peuple évidemment c’est mieux mais c’est une jeune fille tellement manipulable (voir pour nos lecteurs « psychologie des foules » de Gustave Le Bon). Bref Je serais curieux d’avoir votre avis.

        et enfin sur le derniers points

        • comment permettre à ceux qui n’avaient rien au départ de participer au jeu et d’en profiter au même titre que ceux qui avaient beaucoup ?

        Comment crée de d’équitable condition de complétion dans une société où la majorité du capitale circule via l’héritage. Je veux dire où est le sport ? Rejoignez-vous Warren Buffet sur ce point, qui n’est pas, je pense le plus anti-libérale. Je le site, il absurde faire courir cette au 100 m les fils des champions des années 80. Les dés ne sont-ils pas truqués d’avance ? où est la vrai liberté ? Respectueusement Antoine.

  • Bonjour,

    Comment pouvez-vous expliquer au regard des inégalités mesurés par le coef de Gini (publiés par l’OCDE), que les pays qui ont adopté le plus le Liberalisme sont ceux qui ont creusé le plus les Inégalités ??

    Ne croyez-vous pas, comme moi que le Liberalisme – Social, est la seule voie applicable de l’utopie’ Liberale que vous defendez ?

    ==> Le monde est plus Complexe que les utopies, non ?

    D’avance Merci pour votre réponse

    Cdt

    Albert Caire

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