Internet: il faut craindre une bulle 2.0

Dur de ne pas voir dans les valorisations actuelles les signes d’une bulle technologique 2.0.

Si vous ne voyez pas dans les valorisations actuelles les signes d’une bulle technologique 2.0, je me dis que je ne suis pas seul, finalement, à perdre la mesure des chiffres qu’on nous balance jour après jour.

Par David Descôteaux, de Montréal, Québec.

C’est beaucoup, un milliard ? Honnêtement, je ne sais plus. Depuis 2-3 ans, on nous bombarde de chiffres qui ne rentreraient même pas sur une ligne de mon « cahier Canada » au primaire.

Huit cent milliards pour des plans de relance, dette publique de dizaines de billions, des trillions de dollars de produits dérivés qui menacent le système financier, des billions par-ci, des trillions par-là, des gonzillions…

Alors un milliard de dollars, c’est beaucoup ? Pour une application informatique gratuite, qui ne génère aucun revenu, il me semble que oui. C’est pourtant le prix qu’a payé Mark Zuckerberg, le grand sorcier de Facebook. Pour acheter Instagram, une application pour iPhone ou iPad (et tout récemment, pour Androïd aussi) qui permet de partager vos photos prises avec votre téléphone intelligent. Et de les enjoliver un peu au passage.

Un start-up fondé il y a à peine deux ans par un étudiant de Stanford, Kevin Systrom. Il a 27 ans. Et lui, ne s’en fait pas trop pour son régime de retraite.

Je n’avais jamais entendu parler d’Instagram avant cette nouvelle. Jamais utilisé. Mais l’application compte tout de même 30 millions de membres, selon Bloomberg. C’est surtout un bond spectaculaire par rapport aux quatre millions d’il y a un an.

Alors un milliard, ça paraît gros. Mais quand Facebook lui-même prévoit valoir 100 fois plus lorsqu’il sera en bourse, on se dit que finalement, un milliard c’est peu. Dans le monde un peu fou de Silicon Valley.

Désespéré ou brillant ?

Zuckerberg, à quelques semaines du lancement de son bébé Facebook en bourse, a-t-il payé trop cher pour Instagram ? Les milliards de dollars brûlent-ils les doigts du jeune PDG, qui fêtera ses 28 ans dans un mois? Sur son mur Facebook, Zuckerberg affirme qu’il ne prévoit pas faire d’autres acquisitions de cette envergure. Il explique qu’Instagram va s’intégrer à Facebook, mais l’application va aussi poursuivre son développement de façon indépendante. Les usagers, par exemple, pourront toujours partager leurs photos sur d’autres réseaux sociaux.

Ou, comme on pouvait lire sur Twitter : « Facebook achète Instagram pour réunir parfaitement la photo de votre souper, et vos amis qui ne veulent pas la voir »…

Certains parlent d’une excellente acquisition. Qui va corriger ce que plusieurs perçoivent comme une faiblesse de Facebook, soit l’expérience de partage de photos prises à partir d’un appareil mobile. Selon l’analyste Mary Meeker, en 2013 la majorité des gens naviguant sur Internet le feront partir de leur appareil, et non avec leur ordinateur à la maison, écrit Nicholas Carlson, de Business Insider.

Un geste désespéré ? Brillant ? Les experts technos sont mieux placés que moi pour en juger.

Mais le parallèle est inévitable avec bulle techno qui a éclaté en 2000, et qui a gâché la vie de tellement de petits épargnants. LinkedIn (4,5 milliards $), Tweetdeck (40 millions $),  Skype (4,5 milliards), Facebook qui s’apprête à entrer en bourse et vaudrait 100 milliards $, le titre d’Apple qui bat des records chaque jour…

Si vous n’y voyez pas les signes d’une bulle technologique 2.0, je me dis que je ne suis pas seul, finalement, à perdre la mesure des chiffres qu’on nous balance jour après jour.

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