Bayrou : le cinquième élément

Les sondages de Bayrou ne sont décidément pas bon et présagent d’un score assez médiocre le 22 avril prochain…

Hier c’était le premier avril et les journaux n’ont pas manqué de nous offrir quelques blagues, dont certaines étaient, à n’en pas douter, un peu amusantes (car on n’est jamais à l’abri d’un malentendu). En attendant, il y en a un qui a dû trouver ce premier avril assez amer, c’est l’un de nos candidats à la présidentielle : François Bayrou.

En effet, ce n’est pas une blague, mais tout indique que le score du candidat de l’extrême-centre sera pour le moins mitigé. Ni franchement mauvais, ni franchement bon, notre centriste ultime nage pour le moment dans les eaux particulièrement calmes de l’entre-tout, loin des extrêmes et loin des gros poissons, loin des micros, des caméras, des rassemblements populaires tonitruants… C’est-à-dire qu’on ne l’entend pas, ou peu.

En effet, la campagne, bien que commencée depuis plusieurs mois, ne lui est pas favorable.

Je passe sur les batailles de chiffonniers ridicules entre un François Hollande, VRP d’un programme auquel il adhère autant qu’une limande sur une poêle neuve enduite de Téflon, et un Nicolas Sarkozy frétillant de se voir monter dans les sondages mais trimballant un tel nombre de casseroles que ses discours sont immanquablement noyés dans le tintamarre de la batterie cuisine qu’il déplace à chaque pas. Nos deux candidats des principaux partis sont partis, loin, très loin dans les champs de la rhétorique exploratoire, et n’ont pour le moment même pas commencé à aborder les questions de fond. On parle halal et sécurité, bien sûr, mais surtout pas conjoncture économique, emploi, dette, intervention de l’État tous azimuts, et création de richesse. Si le mot richesse est dit, c’est associé à « taxation ».

Côté extrêmes, Jean-Luc et Marine rivalisent d’inventivité pour piétiner les mêmes platebandes socialistes sans pour autant se marcher sur les pieds, ce qui est une gageure quand on voit le nombre de candidats qui passent régulièrement par là.

Et les sondages s’empilent, tous plus tristes les uns que les autres pour le pauvre Bayrou, perdu au milieu de ces débats qui n’en finissent pas de raser les pâquerettes par en-dessous. Il a bien du mal à se vautrer dans une telle médiocrité : quelque part, c’est à son crédit, lui qui rechigne à rentrer dans le pugilat et la bataille de petits chiffres. Mais symétriquement, plus ça va, et plus on se demande qui forme le gros des troupes d’un centre qu’on ne situe plus ni sur le plan des idées, ni médiatiquement tant il est inaudible, ni dans les sondages. À force de trottiner au centre des chemins battus, tout le monde a fini par leur passer dessus, aux centristes…

Bayrou, le 5eme élémentPetit à petit, tout prend inexorablement sa place et l’avenir qui se dessine est de plus en plus clair. Regardez, c’est évident ! Si l’on attribue l’élément « eau » à Marine Le Pen (ce qui est du reste parfaitement logique, hein), celui du feu à Jean-Luc Mélenchon qui en use et en abuse à chaque meeting comme le tribun communiste qu’il tente d’être, celui de la terre (qui ne saurait mentir) à Nicolas Sarkozy et celui de l’air, notamment l’air de rien, à François Hollande qui en brasse et en expire bruyamment en pure perte, le tableau est parfaitement limpide : François Bayrou devient le cinquième élément, celui qui, dans le film, était l’amoOour, et qui, dans ces présidentielles, ressemble de plus en plus à de l’embarras (j’ai failli dire qu’avec cet embarras, on aurait bien distribué un poutou pour consoler, mais cela aurait été un appel du pied à peine caché à un autre candidat, nanoscopique).

Eh oui : tout indique que Sarkozy et Hollande seront au second tour, que Marine Le Pen, probablement sous-estimée, sera en troisième ou en quatrième position, à quelques encablures au-dessus ou en-dessous d’un Mélenchon dans une forme exceptionnelle. Bayrou, qui fut jadis un troisième homme courtisé pendant la campagne de 2007, n’en sera plus qu’un cinquième.

D’ailleurs, les principaux prétendants au second tour ne s’y sont pas trompés qu’ils ne disent plus rien pour attirer les faveurs du centriste, maintenant trop proche des idées banales et socialoïdes des deux grands partis et trop inflexible dans toute négociation politique, bidouille inévitable de politiciens.

Non, pas de doute, cette fois-ci, Bayrou ne sera pas le troisième homme, ni même le quatrième.

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