Inégalités et crises financières

inégalité entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres en France

Un article universitaire confirme l’une des causes principales de la crise financière de 2008, soit l’interventionnisme du gouvernement sur le marché immobilier et démontre que les inégalités sont augmentées par les boums de crédit inflationniste.

Un article universitaire confirme l’une des causes principales de la crise financière de 2008, soit l’interventionnisme du gouvernement sur le marché immobilier et démontre que les inégalités sont augmentées par les boums de crédit inflationniste.

Par Le Minarchiste, de Montréal, Québec.

inégalité entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres en France

Je suis récemment tombé sur l’un des meilleurs papiers économiques que j’ai pu lire depuis fort longtemps, au sujet des inégalités et des crises financières. L’article de Bordo et Meissner (B&M) se veut une réponse à Raghuram Rajan et son livre « Fault Lines » publié en 2010, lequel affirmait que la crise financière de 2008 aurait été causée par une hausse des inégalités aux États-Unis depuis les années 1970.

Selon Rajan, face à la hausse des inégalités, les politiciens ont subventionné l’accès à la propriété comme mesure de redistribution, ce qui a causé une bulle immobilière. Pour Rajan, la hausse des inégalités a été causée par l’incapacité du système d’éducation à former des travailleurs spécialisés demandés par les industries contemporaines. J’ajouterais que celles-ci sont davantage causées par une hausse relative de la valeur du travail de haute compétence comparativement au travail non-spécialisé suite à la mondialisation et à la plus grand compétitivité des économies industrialisées.

Rajan affirme que le système politique actuel – fortement polarisé – n’a pas pu user du système de taxation pour redistribuer les revenus et a plutôt usé de l’interventionnisme sur le marché immobilier, par l’entreprise de la Federal Housing Administration et des entreprises paragouvernementales telles que Freddie Mac et Fannie Mae. Ainsi, le gouvernement a tenté de favoriser l’accès à la propriété pour les familles à faible revenu à travers ces entités. J’ajouterais que le gouvernement a aussi usé de la Federal Reserve et de sa politique monétaire expansionniste pour arriver à cette fin.

La thèse de Rajan a été appuyée par un modèle de Kumhof et Rancière, dans lequel les individus des déciles inférieurs en termes de revenus empruntent pour accroître leur consommation face à des revenus stagnants. Leur modèle fonctionne aussi avec la Grande Dépression des années 1930, ce qui les pousse à le généraliser sous la forme que l’augmentation des inégalités engendre un boum de crédit qui cause les crises financières.

(Pour le reste de cet article, je réfèrerai à Rajan, Kumhof et Rancière sous l’acronyme « RKR »).

Ainsi, B&M propose une analyse plus approfondie du phénomène en incluant d’autres variables au modèle et en augmentant l’échantillon à 14 pays de 1920 à 2008 (plutôt qu’un seul pays pour deux périodes par RKR).

Dans leur revue de littérature, B&M traite d’une étude de Mendoza et Terrones (2008), analysant 49 boums de crédit dans 48 pays entre 1960 et 2006. Celle-ci démontre que les crises financières suivent généralement une accélération de la croissance du crédit.

Par ailleurs, Borio et White (2003) démontre que les crises financières peuvent être la conséquence d’une forte croissance du crédit, particulièrement lorsque les anticipations d’inflation sont faibles et que la politique monétaire demeure accommodante malgré un boum des prix des actifs. Cet article était vraiment prescient puisque c’est exactement ce qui s’est produit par la suite ! Les auteurs affirment que les mécanismes d’équilibre ne peuvent agir dans ces situations puisque c’est la banque centrale qui les contrôle artificiellement.

De leur côté, Schularick et Taylor (à publier) observent, à l’aide de données allant de 1889 à aujourd’hui, que la probabilité qu’une crise financière survienne est liée à la croissance du crédit.

Les données de B&M vont dans le même sens que les trois études mentionnées ci-haut : il y a une forte relation entre la croissance du crédit et l’avènement d’une crise financière. Par ailleurs, leurs données démontrent que les baisses de taux d’intérêt (nominaux et réels) sont aussi un déterminant significatif de la croissance du crédit, ce qui prouve le rôle de la politique monétaire dans la formation des boums de crédit.

Maintenant, la question à laquelle B&M souhaite répondre concernant les affirmations de RKR est la suivante : est-ce qu’une augmentation des inégalités favorise une accélération de la croissance du crédit, augmentant par le fait même le risque qu’une crise financière ne survienne ? Leur réponse est un non catégorique, que ce soit en isolant les 1%, les 0,01%, les 5% et les 10% plus riches.

Les inégalités augmentent souvent dans la phase d’expansion du cycle économique. Roine, Vlachos et Waldenstrom (2009) montrent que les revenus des tranches supérieures sont corrélés avec les périodes d’expansion économique. B&M suggèrent donc que la hausse des inégalités n’est pas la cause des boums de crédit (et des crises financières qui les suivent), mais plutôt une conséquence de ceux-ci. Selon eux, les plus riches sont en meilleure posture pour bénéficier du boum de crédit que les plus pauvres, ce qui expliquerait la hausse des inégalités durant les boums de crédit. B&M mentionnent par exemple qu’en Suède et en Australie, la hausse des revenus des plus riches a suivi la croissance du crédit dans les années 1980 et non l’inverse. La hausse des inégalités est donc soit coïncidente, mais plus probablement conséquente des boums de crédits, et non leur cause.

Cet article est important pour quatre raisons :

1) Il apporte plusieurs arguments empiriques très solides à la théorie autrichienne des cycles économiques, et particulièrement à son affirmation selon quoi les récessions sont causées par la croissance inflationniste du crédit engendrée par l’interventionnisme des banques centrales.

2) Il confirme l’une des causes principales de la crise financière de 2008, soit l’interventionnisme du gouvernement sur le marché immobilier.

3) Il démontre que les inégalités sont augmentées par les boums de crédit inflationniste.

4) Il démontre que les inégalités ne causent pas les crises financières.

Cet article confirme donc plusieurs de mes affirmations expliquées dans les articles suivants, que je vous invite à lire si ce n’est pas déjà fait :

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