La République et la race

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Pour le candidat socialiste à la présidentielle, la République devrait nier l’existence même des races humaines. C’est le principe de l’idéologie des droits de l’homme, hérité des philosophes des Lumières

Pour le candidat socialiste à la présidentielle, la République devrait nier l’existence même des races humaines. C’est le principe de l’idéologie des droits de l’homme, hérité des philosophes des Lumières, qui en vient aussi à nier la réalité des ethnies ou des peuples, et donc à mener une politique qui fait abstraction des réalités.

Par Jean-Baptiste Noé.

À force de réduire l’histoire dans l’enseignement scolaire aux portions misérables, on en vient à dire de grosses bêtises. Ainsi pour François Hollande, « il n’y a pas de place dans la République pour la race ». Il disait cela à propos de l’article premier de la constitution qui stipule que « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. »

C’est ce terme de race qui a donc choqué le candidat socialiste. Non pas que la République devrait établir une distinction selon la race, mais plutôt que la République devrait nier l’existence même des races humaines. C’est le principe de l’idéologie des droits de l’homme, hérité des philosophes des Lumières, selon lequel il y aurait l’Homme, sans distinction de culture, d’histoire ou de charisme. Mais reconnaître l’existence des races humaines ne s’oppose pas au fait que l’on reconnaisse l’existence d’une seule espèce humaine. Car avec de tels principes on en vient aussi à nier la réalité des ethnies ou des peuples, et donc à mener une politique qui fait abstraction des réalités. C’est comme cela que sont menées des opérations militaires qui sont vouées à l’échec avant même de débuter, parce qu’elles sont conduites sous le sceau de l’idéologie et non pas sous l’action du réalisme. La guerre d’Afghanistan, de Libye, de Côte d’Ivoire, les affrontements en Syrie, tous ces événements récents témoignent de la prééminence de la culture, du mouvement des peuples, des disparités ethniques et raciales qui sont en cours dans le monde. Nier ces réalités, c’est se heurter à un mur solide.

Lisons à ce propos la définition que donne Littré au sujet du mot race. Et rappelons par ailleurs qu’Émile Littré est un fervent républicain, puisqu’il a combattu Charles X en 1830 et qu’il fut élu député républicain en 1871, avec l’aide de Léon Gambetta. Dans son dictionnaire fameux, il donne la définition suivante du terme race : « Tous ceux qui viennent d’une même famille ». C’est la première définition donnée. Il faut attendre la sixième occurrence pour trouver une définition raciale de ce terme : « Terme de zoologie. Réunion d’individus appartenant à la même espèce, ayant une origine commune et des caractères semblables, transmissibles par voie de génération, ou, en d’autres termes, variété constante dans l’espèce. En ce sens, il se dit des hommes. »

Définition on ne peut plus sobre, qui ne permet pas de levée de bouclier particulière, ni de polémique bien sentie. Si la race désigne « tous ceux qui viennent d’une même famille », en voulant abolir ce terme, c’est bien la famille française que le candidat socialiste cherche à abolir. C’est donc une nouvelle conception de la nation et de la patrie qu’il cherche à imposer, par ce simple fait de modification constitutionnelle. C’est ici la victoire du cosmopolitisme et du mondialisme le plus acharné, qui du reste se conjugue avec l’abolition des frontières et le dumping économique. Preuve, encore une fois, que le socialisme se marie très bien avec le libéralisme débridé.

Mais revenons à cette première assertion : « il n’y a pas de place dans la République pour la race ». Nous nous permettrons ici de citer trois républicains fameux, auxquels M. Hollande fait souvent référence dans ses discours, et qu’il adule probablement. Tout d’abord Victor Hugo, qui eut droit à des funérailles nationales de la part de la IIIe République, et qui est enterré au Panthéon. Voici quelques extraits de son discours du 18 mai 1879 à l’Assemblée Nationale :

Que serait l’Afrique sans les blancs ? Rien ; un bloc de sable ; la nuit ; la paralysie ; des paysages lunaires. L’Afrique n’existe que parce que l’homme blanc l’a touchée. Est-ce que vous voyez le barrage ? Il est là, devant vous, ce bloc de sable et de cendre, ce morceau inerte et passif qui, depuis six mille ans, fait obstacle à la marche universelle, ce monstrueux Cham qui arrête Sem par son énormité, -l’Afrique. (…) Au dix-neuvième siècle, le blanc a fait du noir un homme ; au vingtième siècle, l’Europe fera de l’Afrique un monde. (Applaudissements) Refaire une Afrique nouvelle, rendre la vieille Afrique maniable à la civilisation, tel est le problème. L’Europe le résoudra. Allez, Peuples ! Emparez-vous de cette terre. Prenez là. À qui ? À personne. Prenez cette terre à Dieu. Dieu donne la terre aux hommes, Dieu offre l’Afrique à l’Europe. Prenez-la. Où les rois apporteraient la guerre, apportez la concorde.

Un autre grand républicain, Jules Ferry, ne s’exprimait pas autrement au sujet de la colonisation, lors d’un discours prononcé le 28 juillet 1885 :

Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit sur les races inférieures. (…) Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. (…) Le parti républicain a montré qu’il comprenait bien qu’on ne pouvait pas proposer à la France un idéal politique conforme à celui des nations comme la libre Belgique et comme la Suisse républicaine ; qu’il faut autre chose à la France : qu’elle ne peut pas être seulement un pays libre ; qu’elle doit aussi être un grand pays, exerçant sur les destinées de l’Europe toute l’influence qui lui appartient, qu’elle doit répandre cette influence sur le monde, et porter partout où elle le peut sa langue, ses mœurs, son drapeau, ses armes, son génie.

Terminons enfin par un farouche républicain, socialiste de surcroit, Léon Blum, le dirigeant emblématique du Front populaire et de la SFIO qui reprenait à son compte cette idéologie républicaine :

Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d’attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture et de les appeler aux progrès réalisés grâce aux efforts de la science et de l’industrie… Nous avons trop d’amour pour notre pays pour désavouer l’expansion de la pensée, de la civilisation française.

Ces mots furent prononcés en 1925. La République s’est donc très bien accommodée des races. Rien d’étonnant à cela, car cette pensée est dans la droite ligne de la philosophie des Lumières. L’éloge du devoir de diversité a pu succéder à l’éloge du devoir des races supérieures sur les races inférieures, mais l’idée est la même, bien qu’apparemment opposée. C’est l’idée qu’il n’y a pas de distinction entre les peuples et entre les cultures. C’est l’idée qu’il y a un homme idéal et idéel qui doit être bâti, un homme nouveau qui est promu. Autrefois, cet homme nouveau, c’était l’homme républicain, aujourd’hui, c’est l’homme métis et issu de la diversité. La république de 2012 peut se parer dans d’autres couleurs que celle de 1880 ou de 1930, elle n’en demeure pas moins une négation de la réalité humaine.

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