Croisade contre la Hongrie

Viktor Orban credits EPP (licence creative commons)

Il y a un mois, Contrepoints publiait un article critiquant les tentations autoritaires de M. Victor Orban. Voici un point de vue différent en contrepoint.

En contrepoint à l’article Amères leçons hongroises.

Il y a un mois, Contrepoints publiait un article critiquant les tentations autoritaires de M. Victor Orban. En contrepoint, voici la traduction d’un article publié dans la National Review, revue conservatrice américaine.

Par Marion Smith, depuis les États-Unis
Un article de National Review Online, www.nationalreview.com

Viktor Orban, premier ministre hongrois (Crédits : EPP, licence creative commons)Contrastant avec la timidité de la gauche face à des régimes autoritaires réels comme la Chine et la Russie, le traitement de la Hongrie par les médias de gauche est devenu agressif. Paul Krugman du New York Times sonna l’alarme après la victoire en Hongrie de l’alliance conservatrice Fidesz-KDNP, qui a remporté 68 pour cent des sièges au Parlement aux élections de 2010. Il prévoyait la « re-création d’un régime autoritaire » post-soviétique en Hongrie. Le journal britannique The Guardian a suivi la même ligne, décrivant le nouveau Premier ministre hongrois, Viktor Orban, comme un « leader autocratique. » The Washington Post, pour ne pas être en reste, compare la Hongrie à la Russie de Poutine et à la Biélorussie. Peu de temps après, et avec une grande auto-satisfaction, le professeur hongrois émigré Charles Gati annonça dans un éditorial dans le Times que la Hongrie « n’était plus une démocratie de style occidental. » Ayant été expulsé de l’Ouest par les éditorialistes de gauche, la Hongrie est devenu une proie facile pour la prochaine phase de la croisade de la gauche : l’intervention américaine. La calomnie s’est transformée en prescriptions politiques absurdes, dans l’intention de détruire l’un des partis de centre droit les plus efficaces d’un point de vue électoral en Europe.

Écrivant dans le Washington Post la semaine dernière, l’ancien ambassadeur des États-Unis en Hongrie Mark Palmer, Gati, et un autre professeur émigré, Miklos Haraszti, font valoir que l’état de la démocratie hongroise était désastreux et que Radio Free Europe (RFE) devait recommencer le type d’émissions qu’elle faisait en Hongrie pendant la guerre froide. L’objectif n’est cependant pas, comme à cette époque, de déstabiliser un régime pro-soviétique communiste imposé par la force, mais de saper un gouvernement démocratiquement élu. Ce malheureux éditorial propose que le gouvernement américain et les contribuables américains s’impliquent dans la lutte contre le spectre de la tyrannie dans notre prétendu allié de l’OTAN – un allié qui a choisi de rester en Afghanistan jusqu’à la fin amère, à la différence de plusieurs autres.

La coalition de centre-droit a été critiquée pour sa loi sur les médias 2010, qui, lorsqu’elle fut adoptée contenait certaines dispositions que beaucoup jugeaient trop restrictives. Toutefois, ces dispositions ont ensuite été invalidées par la Cour constitutionnelle de la Hongrie – l’institution même que de nombreux critiques considèrent comme étant dans la poche d’Orbán. Voici une preuve réelle que les institutions de la Hongrie font leur travail comme elles le devraient, même au milieu d’un changement constitutionnel (la nouvelle constitution de la Hongrie est entrée en vigueur le 1er Janvier).

Néanmoins, Palmer, Haraszti, et Gati soutiennent que la liberté d’expression et la démocratie elle-même sont en danger en Hongrie. Ils citent la suppression de CNN d’un réseau câblé offert par l’un des fournisseurs de câble de la Hongrie, et le non-renouvellement de la licence d’une station de musique et de talk-show, Klubradio, comme (seule) preuve que le Fidesz et Orbán répriment la presse libre et ouverte en Hongrie.

En réalité, ces changements sont le résultat de la concurrence du marché – et, comme la faillite de la compagnie aérienne nationale de la Hongrie le mois dernier le démontre, les télécommunications ne sont pas le seul secteur touché. Magyar Telekom a supprimé CNN de son bouquet de services le plus courant (même si elle reste disponible à partir d’autres opérateurs de câbles), parce que CNN est largement impopulaire en Hongrie. Klubradio, une station basée à Budapest et connue pour être anti-Fidesz, a perdu un appel d’offres organisé par le Conseil indépendant de la Hongrie, auprès des médias, après l’expiration au bout de douze ans de sa licence de radiodiffusion. Il y a, bien sûr, des télévisions et d’autres stations de radio de l’opposition en opération, ainsi qu’une presse écrite en ligne, sans restriction et florissante.

La liberté d’expression dans ce cas n’est qu’un chiffon rouge agité dans le but de faire tomber un gouvernement dont les politiques traditionalistes sont une cause réelle d’alarme pour la gauche. Comme le relève à juste titre Vernon Lowe, le gouvernement conservateur de la Hongrie est devenu le bouc émissaire de la pontifitocracie internationale de gauche, qui voit un tyran fasciste se cachant sous chaque table de café sur laquelle repose une Bible.

Oui, la constitution de la Hongrie a adopté la Chrétienté comme héritage du pays, a défini le mariage d’une manière traditionnelle, et a proclamé que la vie commence dès la conception. La Constitution de la Hongrie a également introduit un plafond pour l’endettement public et a réaffirmé que le forint de la Hongrie depuis plus de 700 ans était la monnaie nationale, au grand dam de Bruxelles. Ces dispositions reflètent les valeurs portées par les Hongrois et sont donc tout normalement protégées dans leur loi fondamentale. Que le fait que les Hongrois aient décidé de protéger leurs valeurs traditionnelles ulcère les sensibilités des pontifes de gauche et des bureaucrates en Europe et en Amérique n’est guère une surprise, mais ce n’est en rien une raison pour crier « dictature! »

Cela ne veut pas dire que tout va bien sur le Danube. J’ai critiqué certaines politiques du gouvernement Fidesz-KDNP, par exemple, j’avais noté, dans le Wall Street Journal, certains problèmes dans la nouvelle constitution, dont la protection juridique insuffisante de la propriété privée et de la liberté économique, ainsi que la séparation insuffisante des pouvoirs. Malgré les faux pas, cependant, la Hongrie n’est certainement pas un État « autoritaire » comme la Biélorussie ou la Russie.

Mais une critique mesurée et respectueuse ne servirait pas la mission réelle de la gauche, qui est de détruire le Fidesz et, plus généralement, d’abattre tout à fait les partis conservateurs en Europe centrale et orientale. Les détracteurs de la Hongrie se sont, par conséquent, emparés des maladresses du gouvernement Orbán, afin de justifier leur campagne internationale, dont l’objectif est la défaite électorale du Fidesz dans les élections parlementaires de 2014 . Ce résultat se traduira sans doute en des gains pour l’autre parti éligible en Hongrie, le parti ex-communiste des socialiste hongrois (MSZP), qui était au pouvoir de 2002 à 2010, avant d’être battu par la coalition de centre-droit. La popularité du MSZP tourne actuellement autour de 14 pour cent.

Les contribuables américains ne devraient pas avoir à financer des émissions de RFE qui, en effet, aideraient le parti socialiste hongrois dans des élections qu’il ne peut évidemment pas gagner par lui-même. Par ailleurs, le peuple hongrois a le droit de se gouverner. Plutôt que d’appeler les États-Unis à prendre parti sur les questions nationales très partisanes, les émigrés Gati et Haraszti, devraient prendre part aux débats sur le terrain, en Hongrie, s’ils sont vraiment intéressés par son avenir. La participation effective est l’essence de la politique, et quelque soit ce que le Fidesz a pu avoir fait d’autre, il n’a pas aboli la politique. Il a tout simplement été victorieux à ce jeu.

En outre, les États-Unis ont d’autres chats à fouetter — des espèces de Tyrannus-authenticus. Il s’agit notamment de l’Iran, de la Syrie, du Venezuela et de la Chine, pour n’en citer que quelques-uns. Ce sont des pays qui ont récemment menacé les États-Unis ou ses intérêts vitaux, et, bien sûr, leur population ne jouit pas de la liberté d’expression, et leurs gouvernements tuent des citoyens pour des raisons politiques. Si les États-Unis sont disposés à dépenser de l’argent pour la communication stratégique afin de contourner les restrictions des autres gouvernements sur Internet, la communication par satellite, les téléphones cellulaires, et ainsi de suite, alors ces pays sont les premiers candidats. En dénaturant la Hongrie si outrageusement, cependant, Palmer, Haraszti, et Gati (et n’oublions pas Krugman) ont déformé le sens des droits de l’homme et de la liberté d’expression, en banalisant l’horreur bien réelle vécue par des millions de personnes vivant sous des régimes oppressifs de par le monde, où un mot malencontreux, écrit ou parlé, peut être un arrêt de mort.

Il n’a jamais été de la responsabilité ni du droit des États-Unis d’intervenir bon gré mal gré dans les affaires intérieures des autres nations. Oui, les États-Unis ont la responsabilité de contribuer à faire avancer la cause de la liberté et de combattre la tyrannie. Pourtant, comme tout examen sérieux de la vie politique hongroise le révèle, la Hongrie n’est certainement pas une dictature autoritaire.

Intervenir ouvertement et imprudemment dans les affaires intérieures de la Hongrie pour tenter de renverser le gouvernement de coalition serait une insulte dégradante envers l’un de nos plus fermes alliés. Dans tous les cas, le dégoût de la gauche pour les valeurs traditionnelles de la Hongrie — dont certaines sont également chères à de nombreux Américains — ne justifie en rien de telles machinations interventionnistes.

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Original publié en anglais le 05.03.2012 et disponible à l’adresse suivante :
http://www.nationalreview.com/articles/292541/crusade-against-hungary-marion-smith
Publié avec l’aimable autorisation du site. Traduction : Olivier Braun pour Contrepoints.