Présidentielle, la seule question importante ne sera pas posée

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Une seule question devrait occuper la campagne, celle de la réduction du rôle de l’Etat par des réformes ambitieuses, en s’inspirant des exemples étrangers. Pourtant l’omerta est plus forte.

Une seule question devrait occuper la campagne, celle de la réduction du rôle de l’État par des réformes ambitieuses, en s’inspirant des exemples étrangers. Pourtant l’omerta est plus forte, sauf sur Contrepoints.

Par Charles Gave.

Certains lecteurs se souviennent peut-être pendant le procès de l’affaire Dreyfus des interventions du Président Delegorgue particulièrement attaché à ce qu’aucune question embarrassante ne soit posée aux responsables militaires. Chaque fois que l’un des témoins ou des enquêteurs se rapprochait un peu de la vérité, le Président intervenait pour indiquer que « la question ne sera pas posée ».

Nous en sommes là, à nouveau. La seule question qui devrait être posée est celle du poids et des missions de l’État dans la France d’aujourd’hui. Ce devrait être le seul et unique sujet du débat entre politiques et citoyens. Et pourtant, la classe politique dans son ensemble a décidé d’essayer d’arriver à l’élection présidentielle en parlant de tout, mais surtout pas de la SEULE chose importante, le poids du secteur non concurrentiel dans notre économie.

Bien au contraire, d’après beaucoup de bons esprits, le problème de l’économie française serait en fait qu’elle aurait souffert depuis bien longtemps d’un excès de libéralisme, qu’il est urgent de corriger toutes affaires cessantes. Dans ce diagnostic, on retrouve l’extrême gauche, l’extrême droite et une grande majorité de ce qu’il est convenu d’appeler la gauche de gouvernement. La droite classique quant à elle se garde bien de s’engager dans le débat miné du rôle et du poids de l’État dans notre économie et se borne à essayer de convaincre les électeurs qu’elle sera plus compétente que la gauche à gérer le Léviathan, tandis que quelques rares candidats se concentrent non pas sur la cause première de tous nos déboires, la taille de l’État et du secteur étatique « hors marché » dans notre économie, mais leurs conséquences, le déficit budgétaire et la taille de la dette, sujets qui fâchent beaucoup moins. Après tout, qui peut être contre le retour a l’équilibre budgétaire ?

Et pourtant… Que le lecteur veuille bien considérer le graphique suivant tiré de mon livre L’État est mort, vive l’État.

Depuis que nous sommes passés de l’ombre à la lumière en 1981, les secteurs de la santé, de l’éducation et de la sécurité sociale ont vu leur « valeur ajoutée » telle que définie par l’INSEE passer d’une base 100 a prés de 500 aujourd’hui, pendant que le poste « administration » quant à lui quadruplait.

En bas de l’échelle, on trouve l’industrie et les biens de consommation qui ont à peine doublé… et qui stagnent misérablement depuis plus de 10 ans…

Pour en revenir à un thème qui m’est cher : depuis 1981 le secteur public a connu un taux de croissance de 2% par an supérieur a celui du secteur privé, ce qui au bout de 30 ans finit par faire de notre pays la nouvelle Union Soviétique. Et comme le PNB incorpore la croissance des dépenses étatiques à leur coût et que ce coût est financé par la dette, les Français ont l’impression qu’ils s’enrichissent, ce qui était exactement l’impression qu’avait les Grecs il y a trois ans. Mais, comme les Grecs, ils confondent capacité à emprunter et création de richesses. Le réveil sera dur.

Dans ces conditions, parler d’une crise créée par les excès d’un libéralisme débridé, c’est vraiment se foutre du monde, quant on sait que les dépenses sous le contrôle direct de l’État français représentent aujourd’hui plus de 55% du PNB de notre pays…

  • La France crève du poids de son État, telle est la réalité.
  • Comment réformer un État quand plus de 50% de la population en touche des prébendes, telle est la vraie question.

Mais que le lecteur se rassure, la seule, la vraie question, comment traiter cette hypertrophie en s’appuyant par exemple sur les cas suédois ou canadiens, « ne sera pas posée ».

La classe politique y veille.


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