Réformes : la Suède montre la voie

Le gouvernement suédois a mis en place trois séries de réformes qui ont ouvert la voie à une croissance économique soutenue dès la fin des années 1990

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Réformes : la Suède montre la voie

Publié le 9 janvier 2012
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Suite aux crises bancaire et financière qu’a connu le pays dans les années 1990, le gouvernement suédois a mis en place trois séries de réformes structurelles qui ont ouvert la voie à une croissance économique soutenue dès la fin des années 1990 et dans les années 2000.

Par Alex Korbel 

Suite aux crises bancaire et financière qu’a connu le pays dans les années 1990, le gouvernement suédois a mis en place trois séries de réformes structurelles qui ont ouvert la voie à une croissance économique soutenue dès la fin des années 1990 et dans les années 2000.

La première étape a consisté à établir des règles crédibles de politique macroéconomique :

  • Les dépenses de l’État par rapport au PIB ont diminué de près de 16 points de pourcentage entre 1993 et 2000, le solde budgétaire est devenu excédentaire en 1998 à partir d’un déficit à deux chiffres en 1993 et le ratio de la dette publique par rapport au PIB est passé de 72,5 % en 1994 à 53 % en 2000.
  • La mise en place d’un plafonnement des dépenses nominales de l’État central et l’obligation d’équilibre budgétaire des collectivités locales ont aidé l’État à dégager un excédent budgétaire chaque année entre 1998 et 2008 (sauf en 2002 et 2003).
  • L’établissement d’une cible d’inflation en 1993 a entraîné une baisse de l’inflation (de 7,5 % en moyenne entre 1980 et 1990 à 1,5 % en moyenne entre 1993 et 2000).
  • Une réforme globale des retraites a été mise en place en 1999 : si l’économie du pays ne croît pas, le niveau des retraites stagne.
  • La stabilisation des finances publiques a permis une réduction des impôts.

La deuxième étape a consisté à mettre en place une série de réformes du marché du travail :

  • En 1991, une réforme fiscale globale a été mise en œuvre pour atténuer les effets négatifs sur l’offre de travail de l’État-providence : le gouvernement a abaissé le taux marginal de l’impôt sur le revenu, élargi l’assiette fiscale, éliminé les niches fiscales et a instauré une fiscalité plus uniforme sur les capitaux. On estime que cette réforme fiscale a conduit à une baisse du chômage de 2 %.
  • En 1997, suite à l’augmentation sans précédent du taux de chômage de 1,7 % en 1990 à 9,4 % en 1994, un nouvel accord a été conclu par les syndicats de l’industrie visant à limiter les augmentations de salaires. Ce consensus a établi des règles claires concernant la conduite des négociations et la résolution des différends et érigé en référence l’évolution salariale des secteurs exposés à la concurrence internationale.
  • Des réformes complémentaires ont touché d’autres secteurs : réorientation des politiques de l’emploi vers des programmes de formation et d’insertion, allongement de la durée de l’emploi pour être éligible aux allocations chômage, vastes réformes de l’instruction nationale, du primaire au tertiaire, dont la mise en vigueur des coupons scolaires rendant aux parents le choix de l’école de leur enfant.

La troisième et dernière étape a consisté à réformer le marché des biens et des services :

  • Les déréglementations ayant été mises en œuvre à la fin des années 1980 ont amené une restructuration rapide et des gains de productivité importants dans les secteurs tournés vers l’exportation. Outre la dérèglementation des services postaux et des transports, celle des télécommunications (la Suède a été le premier pays d’Europe à libérer ce secteur) a contribué à y stimuler la concurrence.
  • Après l’adhésion du pays à l’Union européenne  en 1995, la Suède a rapidement exécuté toutes les grandes directives du marché intérieur. Ces réformes ont conduit à des gains de productivité et à moderniser son tissu industriel.

La stabilité retrouvée des finances de l’État et les réformes structurelles mises en place au cours des années 1990 ont permis au pays de sortir de la crise économique, de rétablir la confiance des investisseurs internationaux et a facilité l’émergence de secteurs à forte croissance.

Le taux de croissance économique du pays atteignait en moyenne près de 3,5 % entre 1994 et 2007 ; la croissance de la productivité est passée de 3 % dans les années 1980 à 6 % dans les années 1990-2000 ; sur la même période, le taux de croissance des exportations suédoises a doublé.

La Suède a un taux d’imposition des entreprises modérément élevé (28 %), peu de jours de travail sont perdus en grèves, il n’y a pas de salaire minimum légal, les heures d’ouverture des magasins ne sont pas réglementées, l’impôt sur l’héritage et les donations a été aboli en 2005, et une taxe sur les transaction financières similaire à la taxe Tobin a été abolie dans les années 1990.

Aujourd’hui, bien que beaucoup moins libre que celles de la Nouvelle-Zélande ou de l’Australie, l’économie suédoise est plus libre que la française et la belge (Economic Freedom of the World : 2011 Annual Report, Fraser Institute).

Paradoxalement, ce sont les restes du fameux « modèle suédois » (impôt sur le revenu de 60,3 % en moyenne, TVA à 25 % et marché du travail encore trop réglementé) qui empêchent le pays d’être le fer de lance européen au niveau économique et social.

Une remarque sur la forme : ces réformes ont été faites sans débordements rhétoriques par le gouvernement de centre-gauche du premier ministre Göran Persson.

—-
Texte originellement publié le 13 octobre 2011 sur 24hGold

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  • Belle revue de l’attitude suédoise envers leur crise financière des années 90 et ses conséquences.
    Une des différences énormes entre les politiciens suédois et français, c’est que la politique suédoise est transparente et; essentiellement; ça revient à dire que l’infrastructure politique met les politiciens dans une position de rapporteurs envers leurs citoyens en matière financière: où va leur argent, dans quelle proportion, sans collusion état-entreprise, sans réseau parallèle (ou ce qui est dit en public et ce qui se passe réellement sont deux choses bien différente) et cela à tout les niveaux. Il n’y a pas de sauvetage entre /copains de banque qui ne fonctionne pas, ou de compagnie (avec les syndicats/copains) décidés quelque part dans un gentleman-club quelque part à Stockholm. L’état est avant tout une administration au service des citoyens et la politique ne revêt aucun caractère sacré (puisqu’une administration n’a rien d’affolant à part quand ça ne rempli pas sa fonction). Cela explique le niveau de rhétorique où les politiciens suédois ne prennent pas les citoyens pour des courges puisque les citoyens eux-mêmes sont très bien informés des circuits financiers. Par contre, les citoyens sont peu perméable à la rhétorique et naturellement suspicieux des gens qui se posent « au dessus » du citoyen lambda, de l’évitement systématique des responsabilités et des envolées rhétoriques qui ne se traduisent pas rien de concret dans la vie quotidienne.

  • Cela montre les pistes à suivre pour réformer la France, et dire que Mitterrand prenait la Suède pour exemple en son temps ! Mais c’était un autre temps…et là, qui va pendre à nouveau la suède pour exemple ?

    • Mitterrand est un politicien français, c’est-à-dire menteur, ignorant et roublard. Il n’a jamais été socialiste mais toujours pétainiste. Et l’état pour Pétain c’est un état contrôleur et à la mentalité arriérée au nationalisme étroit. Il se trouve que ce soit la génération 68 qui l’ait amené au pouvoir avec ses idéaux (compréhensibles) que Mitterrand a toujours dévoyé puisqu’il ne partait pas du même principe que ceux qui ont voté pour lui. Maintenant allez expliquer aux anciens gauchistes ignorants de l’histoire, l’économie, la politique française qu’ils se sont fait berné comme des tartes et qu’ils faut évincer tout les mythes dans lesquels ils se sont vautrés pour recadrer à la réalité. Ça leur fait mal, bien qu’en cercle privé ils nous disent bien qu’ils doutent. Et heureusement encore.

  • La Suède a nationalisé aussi une grande partie de ses banques. Pourquoi oublier ce détail ?

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