Merkel, la grande eurosceptique

Angela Merkel à Davos (crédits : World Economic Forum, licence Creative Commons)

C’est ça, le jeu qui se joue en ce moment : l’Allemagne veut « sortir », et le reste de l’Europe essaye de la retenir.

Angela Merkel fait-elle tout pour faire sortir de la zone Euro la Grèce, le Portugal et l’Irlande ? Une théorie qui semble coller aux faits.

Par Richard North, depuis Bradford (Royaume-Uni).

Angela Merkel à Davos (crédits : World Economic Forum, licence Creative Commons)Mary Ellen Synon pense que Merkel est délibérément en train d’essayer de forcer la Grèce à sortir de la zone euro, avec le Portugal et l’Irlande à suivre.

À mon avis, c’est sensé. De plus, cela reflète non la force mais bien la faiblesse d’une chancelière en mauvaise position électorale, essayant désespérément de s’accrocher au pouvoir dans son pays. Mais c’est encore beaucoup plus profond que ça. À mon avis, elle essaye de réconcilier l’attitude euro-centrique, désormais traditionnelle, de sa nation, avec le stress phénoménal causé en Allemagne par l’appartenance à l’Union Européenne et par tout ce qui va avec.

Avec tout ça, son peuple exprime désormais des objections envers le gâchis que représente sa richesse jetée par la fenêtre en direction d’un pays à l’économie sans espoir ; et cependant, dans le paradigme de l’après guerre, l’Allemagne n’est autorisée à exercer son pouvoir que dans le contexte des Communautés Européennes. Sa puissance économique et militaire est restreinte (principalement) par la France et les autres États membres, à l’intérieur de la matrice de l’Union Européenne. C’est là le but principal de l’UE.

Portant toujours le fardeau de la « culpabilité de la guerre », Merkel ne peut pas sortir ouvertement de cette situation. Elle doit être perçue comme une « bonne Européenne », comme soutenant l’Euro et, plus généralement, l’Union Européenne. Mais l’Union est devenue une prison. Dit autrement, l’Allemagne doit rompre avec son embrassade destructrice. Et c’est à cela que nous assistons, ce qui est d’ailleurs obtenu en créant les conditions de la démolition de la monnaie unique, ou un réalignement majeur, mais sans que Merkel ne laisse d’empreintes digitales sur les lieux du forfait.

Un tel « plan de jeu » contraste fortement avec ce qu’on admet sagement de la part de Merkel. Dans le scénario normal, les pays quittent par leur propre volonté, ou y sont forcés par « les marchés » ou d’autres pressions externes. Au bout du compte, ça laisse une Allemagne indépendante (ou un groupe Grande Allemagne), libre de suivre les politiques nationales qu’elle préfère, sans avoir à être vue comme responsable de l’éclatement de la construction européenne.

Merkel, de ce fait, est la grande eurosceptique. Ce n’est pas la Grande-Bretagne de Cameron qui va faire s’effondrer l’Union Européenne, mais bien l’Allemagne, échappant à ses liens, et redéfinissant l’arrangement d’après-guerre.

C’est ça, le jeu qui se joue en ce moment : l’Allemagne veut « sortir », et le reste de l’Europe essaye de la retenir.

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