L’Allemagne a laissé tomber la Grèce

Manœuvres de Berlin pour tenter de pousser la Grèce à la sortie de l’Union Européenne, tout en préservant l’image de l’Allemagne

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
imgscan contrepoints 723 Allemagne Grèce

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

L’Allemagne a laissé tomber la Grèce

Publié le 13 février 2012
- A +

Manœuvres de Berlin pour tenter de pousser la Grèce à la sortie de l’Union Européenne, tout en préservant l’image de l’Allemagne.

Par Pasm, Bruxelles, Belgique.

Depuis quelques jours, il apparaît de plus en plus probable que Berlin a pris la décision de cesser l’aide à la Grèce. L’échec de l’accord sur le dernier plan d’austérité n’est qu’un indice de plus à l’appui de cette idée. Les déclarations récentes sur la mise sous tutelle de la Grèce et les propos de Neelie Kroes vont dans la même direction.

1) Politiquement, le tout grand problème quand on prend la décision de laisser tomber un partenaire, c’est de ne pas passer pour le salaud de service. Après tout l’argent qui a été gaspillé, le gouvernement allemand ne peut pas annoncer benoîtement qu’il laisse la Grèce faire défaut. Non seulement, il serait politiquement affaibli, mais il n’est pas sûr que les partenaires européens ne trouveraient pas un moyen pour lui forcer la main. De plus, si les choses tournent mal (et elles tourneront mal), il passera pour le responsable du désastre aux yeux du monde entier. En négociation, il existe une solution très simple pour contourner cette difficulté, il s’agit d’affirmer son désir de continuer la relation tout en y mettant des conditions telles que le partenaire ne peut que refuser d’y souscrire. Ainsi, c’est l’autre qui fait le pas décisif et qui porte la responsabilité de la rupture. J’interprète de cette façon la demande récente faite par l’Allemagne de placer la Grèce sous tutelle et de confier la responsabilité budgétaire à un commissaire européen spécialement désigné. Il aurait été totalement impossible pour la Grèce d’accepter cette proposition. Hélas pour Mme Merkel, les partenaires européens, dont une bonne partie vont bientôt suivre le chemin de la Grèce dans la crise, se sont refusés à entériner une proposition qui allait les concerner dans le futur. Échec.

2) Le coup suivant est venu des Pays-Bas. Le 7 février, la commissaire européenne Neelie Kroes a déclaré qu’il “n’y aurait pas mort d’homme si la Grèce quittait l’Euro”. Le jour même, le premier ministre néerlandais, Mark Rutte, s’est déclaré « d’accord » avec Mme Kroes. Il s’agit évidemment d’une manœuvre en service commandé par Berlin. Les Pays-Bas sont un des derniers États triple-A d’Europe et, comme l’Allemagne, doivent payer pour tout le monde. Quelques jours avant la sortie de Mme Kroes, les pays triple-A s’étaient donnés rendez-vous à Berlin. Aucun doute que l’on s’est réparti les rôles. Encore un fois, il fallait préserver l’image de l’Allemagne et ce sont donc les Pays-Bas qui se sont chargés de tirer ce ballon d’essai et de tester la réaction des partenaires européens. On peut dire qu’elle n’a pas été franchement hostile. Bien sûr, Barroso a rappelé que la place de la Grèce était au sein de la zone Euro. Mais, là encore, il ne fait que jouer son rôle sans trop de conviction et on l’imaginait mal dire autre chose. Pour le reste, aucune réaction. Dans la population, par lassitude, le défaut grec semble être devenu une évidence et plus personne ne s’offusque de ce qui semblait inconcevable, il y a seulement 2 ans. Manifestement, l’opinion publique est mûre pour le défaut.

3) Enfin, cette nuit, les ministres européens des finances ont renvoyé les Grecs à leur copie concernant leur dernier (en date) plan d’austérité. On parle de l’obligation pour Athènes de préciser les moyens pour réduire les dépenses de 325 millions d’Euros. Dit comme ça, ça semble important, mais, en réalité, c’est une paille. Le nouveau plan d’aide en discussion porte sur 130 milliards et l’ensemble de l’aide à la Grèce représente le montant astronomique de 400 milliards d’Euros. On refuse leur plan d’austérité pour des imprécisions sur une somme équivalente à 0,1% de la facture totale ! À titre de comparaison, lors du prochain contrôle budgétaire, la Belgique doit trouver 2,5 milliards d’Euros, soit prêt de 8 fois le montant litigieux grec. Si la volonté d’aboutir était là, on ne ferait pas une telle montagne de montants aussi faibles. L’objectif est manifestement de se montrer à ce point exigeant que les Grecs finiront par refuser de se plier aux diktats allemands.

La décision est prise, la population est prête, et la récente hausse des marchés diffuse un dangereux sentiment de confiance. Tous les ingrédients sont réunis pour sauter dans l’inconnu.

Accrochez vos ceintures.

—-
Sur le web

Voir les commentaires (5)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (5)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Alors que la France et l’Allemagne avaient trouvé mi-janvier un consensus pour inscrire à la fois le gaz et le nucléaire comme énergies dites « de transition » dans la taxonomie verte européenne, Berlin vient de faire marche arrière. L’information est tombée ce mardi sur le média Contexte confirmée ensuite par Marianne : « l'énergie nucléaire n'est pas durable et ne doit donc pas faire partie de la taxonomie » a déclaré le porte-parole du ministère allemand de l'Économie et du Climat dirigé par le Vert Robert Habeck au sein de la coalition SP... Poursuivre la lecture

Par Marc Deffrennes et Samuele Furfari[1. Hauts fonctionnaires retraités de la Commission européenne (Direction générale de l’énergie) Ingénieurs, Responsables respectivement de weCARE et de la SEII].

Une politique énergétique équilibrée doit reposer sur trois piliers :

La sécurité de l’approvisionnement. Une saine économie. La protection de l’environnement.

 

Cet équilibre est au cœur des actions de weCARE et la Société Européenne des Ingénieurs et Industriels, à savoir : promouvoir un mix énergétique fiable, abor... Poursuivre la lecture

En brandissant à nouveau la menace d’un troisième conflit mondial, la Russie rappelle aux plus aguerris la sinistre crise de Cuba et ramène l’Occident à la logique de blocs qui n’a jamais cessé de hanter le locataire du Kremlin. Une sémantique forte inversement proportionnelle à l’état d’une armée qui connaît aujourd’hui une déroute peut-être passagère, mais réelle, alors que des frappes ukrainiennes ont visé des dépôts de carburant sur le territoire russe, à quelque 150 km de la frontière.

Dans ce conflit, la position allemande contin... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles