L’inflation, un mauvais remède contre la dépression

L’inflation non seulement n’est pas nécessaire pour atteindre la récupération, mais au contraire elle peut être très contreproductive

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L’inflation, un mauvais remède contre la dépression

Publié le 8 février 2012
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L’inflation non seulement n’est pas nécessaire pour atteindre la récupération, mais au contraire elle peut être très contreproductive : elle envoie des signaux déformés aux agents économiques, punit les entrepreneurs et les épargnants qui ont visé juste, retarde les réajustements de la structure productive et aggrave la rareté relative des ressources.

Par Juan Ramón Rallo, depuis Madrid, Espagne

La pensée inflationniste possède depuis des siècles un profond enracinement en Occident ; on a attribué toutes sortes d’avantages aux augmentions généralisées de prix et de la quantité d’argent sur le développement économique, qui ont servi de justification aux gouvernants pour avilir la monnaie et obtenir un financement bon marché. La monétisation de la dette publique constitue un des derniers raffinement de ce processus : l’État obtient un financement artificiellement bon marché avec le risque de générer de l’inflation, mais, d’après ce qu’on nous dit, cette inflation est justement ce dont nous avons besoin pour assainir et relancer une économie en récession. Mais est-ce vraiment le cas ? Quels avantages a l’inflation sur l’activité productive ?

Le plus intuitif est que l’inflation augmente les prix de vente des différents biens et services, et prix plus élevés, bénéfices plus élevés, et bénéfices plus élevés, production plus grande et emploi. Cependant, ce qui fait évoluer les bénéfices des entreprises, ce n’est pas les prix finaux de vente, mais bien les marges entre les prix et les coûts. Si l’inflation augmente les deux variables, les gains n’augmenteront pas, pas plus que la production et l’emploi.

On pourrait penser que, dans ce cas, ce qui reste à faire pour garantir le succès d’une politique inflationniste est d’établir un contrôle généralisé sur les coûts de production, empêchant qu’ils montent ou, à tout le moins, qu’ils ne montent pas trop. Mais un tel contrôle des coûts est problématique pour deux raisons. Premièrement, parce qu’une grande partie des coûts d’une entreprise ne sont rien d’autres que les prix de vente d’autres entrepreneurs (par exemple, le prix de vente de l’essence est le coût des transporteurs) : comment promouvoir une augmentation généralisée des prix sans que celle-ci n’augmentent à son tour une partie significative des coûts ? Et deuxièmement, parce que contrôler les coûts en général empêche que les prix réalisent leur fonction fondamentale : révéler les raretés relatives des différents biens et facteurs productifs (Quels produits nous devons économiser et lesquels nous devons employer de manière plus intensive ?)

En fin de compte, si ce dont il s’agit c’est que les prix de vente augmentent en relation avec les coûts de production (pour augmenter la marge de bénéfice), est-ce que l’on ne pourrait pas atteindre le même résultat en abaissant les coûts de production par rapport aux prix de vente ? C’est-à-dire, ne pourrait-on pas obtenir avec une baisse des coûts la même chose qu’avec une inflation des prix ? Évidemment que si, mais avec un important avantage par rapport à l’inflation : les diminutions de coûts se concentrent là où certains facteurs déterminés ont cessé de créer de la valeur, indiquant qu’une partie de ces facteurs doivent être transférés dans d’autres endroits de l’économie ; en revanche, les augmentations de prix dérivées d’une politique inflationniste se produisent en premier lieu là où le gouvernement décide d’augmenter arbitrairement ses contreproductives dépenses publiques (et qui, ensuite, s’étendent peu à peu à toute l’économie), soutenant les facteurs en lignes productives qui devraient être abandonnés.

Imaginons, par exemple, que les salaires – et d’autres coûts – dans le secteur de la construction doivent être réduits de manière très significative par rapport à leurs prix de ventes. Est-ce que cela aurait du sens que, pour éviter cet ajustement, le gouvernement monétise de la dette à la banque centrale et utilise de l’argent neuf pour acheter des logements à prix gonflés, de sorte que, plus tard, les prix du reste de l’économie croisse en relation avec l’argent juste reçu du gouvernement que dépenseraient les promoteurs ? Tout ce que nous obtiendrons ainsi serait une redistribution arbitraire des revenus : les promoteurs immobiliers récolteraient des bénéfices extraordinaires non justifiés par la valeur de leur production et les facteurs productifs liés ne perdraient pas autant de pouvoir d’achat à cause de l’inflation qu’ils en auraient perdu suite à la baisse nominale de leurs rémunérations (et il n’y aurait pas non plus de raison pour les replacer dans d’autres affaires). En d’autres mots, le reste des facteurs productifs non liés à la construction perdraient plus de pouvoir d’achat comme conséquence de l’inflation qu’ils n’en auraient perdu en son absence (puisque dans leur cas il n’était pas nécessaire d’ajuster les rémunérations) pour que ceux qui ont cessé d’en créer dans la construction ne perdent pas tant et ne doivent pas être redirigés.

Mais en pratique, les problèmes ne sont pas circonscrits à d’arbitraires redistributions de revenus : si la nécessité d’ajustement de prix relatifs est très large – comme cela se passe, par exemple, pendant les crises économiques –, il est impossible que quelqu’un (y compris le gouvernement) puisse connaître tous les réajustements entre prix et coûts que nécessite une économie (entre autres choses, parce que la nécessité de beaucoup de changements est découverte quand sont modifiés certains prix). Alors, de quoi parle-t-on en fait ? Du fait que le gouvernement monétise massivement de la dette publique pour gaspiller les ressources dans des bêtises, provoquant ainsi une hausse générale mais inégale et presque aléatoire entre les différents prix et coûts qui n’a pas de raison spéciale pour assurer une hausse soutenue de la production et de l’emploi (soutenant et même développant des modèles de négoces inefficients). Mais en plus, dans la mesure où il existe des ressources particulièrement rares – par exemple, des matières premières –, la politique inflationniste contribuera seulement à provoquer des hausses disproportionnées de leurs prix, étranglant de cette manière même les projets d’entreprises qui étaient rentables avant qu’elle n’intervienne.

Malgré cela, les réductions ont d’habitude mauvaise presse. Et pourquoi ? Parce que, d’un côté, il est coutume de dire que la déflation mine la confiance des entrepreneurs et, d’un autre côté, qu’elle asphyxie également la situation financière des débiteurs.

En ce qui concerne le premier point, si les prix (et les coûts) chutent, on pense que se répandra l’idée qu’ils continueront de le faire dans le futur, de sorte que les consommateurs et les entrepreneurs reporteront leurs décisions de consommer et d’investir. Mais ce qui en réalité provoque cette idée, ce n’est pas que les prix et les coûts chutent, mais bien qu’ils n’ont pas chuté suffisamment. Si les consommateurs et les entrepreneurs savent que l’ajustement n’est pas achevé, ils reporteront leurs décisions d’achat et d’investissement jusqu’à ce qu’il le fasse. Le problème, évidemment, c’est que la dimension de cet ajustement peut s’aggraver avec le temps : si les prix et les coûts diminuent de manière parcimonieuse et étroite, l’activité continuera de s’effriter (plus de chômage, de faillites d’entreprises, de crédits impayés…) au lieu de redémarrer, de sorte que chaque fois sera plus nécessaire une plus grande réduction des prix et des coûts. Mais cela signifie seulement que les critiques ne devraient pas être dirigées contre la déflation en générale, mais contre la déflation insuffisante (c’est-à-dire, contre tous les obstacles gouvernementaux à ce que les prix et les structures productives s’ajustent le plus rapidement possible).

En ce qui concerne le second point, il est vrai que les réductions de prix (et de revenus) aggravent la situation de beaucoup de débiteurs qui peuvent se voir forcés au non paiement de leurs obligations ; et il est également vrai que les augmentations de prix (et de revenus) améliorent les situations des débiteurs. Mais n’oublions pas que, pour les mêmes raisons, l’inflation détériore également la position patrimoniale des créanciers d’une manière similaire à un non paiement des dettes : si quelqu’un a le droit de percevoir 1.000 unités monétaires, ça lui est égal de percevoir seulement 500 unités monétaires plutôt que 1.000 dont le pouvoir d’achat aurait été déprécié de moitié. Par contre, il existe également une importante différence : le créancier qui souffre d’un impayé paie pour s’être trompé et n’avoir pas prêté son argent de manière prudente, le créancier qui voit s’éroder son pouvoir d’achat à cause de l’inflation subit cela bien que son débiteur soit parfaitement solvable et, par conséquent, bien que son comportement ait été prudent.

Pourquoi est-il alors préférable de privilégier le débiteur plutôt que le créancier ? On pourrait penser que, comme nous sommes presque tous débiteurs, l’inflation est préférable. Mais, en réalité, ce qu’il y a c’est que nous sommes tous créanciers du système bancaire (les comptes courants sont des crédits des citoyens envers les banques). De fait, la seule raison pour préférer l’inflation à la déflation en matière de dette est pour éviter une faillite généralisée du système bancaire – avec celle du gouvernement, le plus grand débiteur d’une société –, qui, par la contraction des moyens de paiement, provoquerait un cercle de déflation et endettement. Mais un tel objectif peut également être atteint en convertissant une partie des passifs de la banque en fonds propres.

En définitive, l’inflation non seulement n’est pas nécessaire pour atteindre la récupération, mais au contraire elle peut être très contreproductive : elle envoie des signaux déformés aux agents économiques, punit les entrepreneurs et les épargnants qui ont visé juste, retarde les réajustements de la structure productive et aggrave la rareté relative des ressources. Si quelques-uns continuent d’associer erronément l’inflation à la prospérité c’est seulement parce les économies peuvent continuer de croître de manière artificielle et insoutenable (boom économique sous forme de bulle) quand le crédit de la banque au secteur privé augmente avec force, et quand cela se produit les prix également tendent à augmenter. Mais la monétisation de la dette publique, qui provoque également de l’inflation, ne stimule même pas l’économie de manière appréciable. Difficile, donc, de trouver de justification.

—-
Traduit de l’espagnol.

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  • Il est simplement impossible de considérer comme intellectuellement honnête un texte qui parle de l’inflation au singulier.

    Il suffira de penser à la Grèce pour constater qu’il est stupide de considérer que les quelque 20 % de baisse de revenus exigées des salariés vont se traduire par une déflation des prix du même ordre.

    C’est pourtant le postulat qu’il faut admettre pour lire honnêtement ce texte.

    Comme toujours quand on se trouve devant un texte défendant le totalitarisme néolibéral, il faut choisir entre partager sa stupidité ou le refuser au titre de la raison

  • Essayons quand même de lire l’article:

    «  »La pensée inflationniste possède depuis des siècles un profond enracinement en Occident ; (on ???) a attribué toutes sortes d’avantages aux augmentions (généralisées ???, donc aussi des salaires ?) de prix et de la quantité d’argent sur le développement économique, qui ont servi de justification aux gouvernants pour avilir la monnaie et obtenir un financement bon marché. La monétisation de la dette publique constitue un des derniers raffinement de ce processus ».

    Pauvres étudiants madrilènes, ils feraient mieux d’aller à Santiago Barnabeu qu’aux cours de celui qui réécrit l’histoire.

    Si on cherche à donner une idée claire de la pensée qui prétend se cacher sous ce galimatias, on trouve clairement l’accusation classique du coupable qui impute son forfait (l’inflation monétaire) à sa victime (l’état, et les investisseurs institutionnels).

    Elle laisserait supposer si le « on » est bien l’Etat, cible de la diatribe, qu’il n’a pas arrêté de prôner l’augmentation généralisée des prix (et des salaires!) pour pouvoir « avilir » la monnaie par de l’émission.

    Il s’agit là, pour qui connaît un peu l’histoire politique de nos démocraties d’une pure réécriture « à l’envers » de l’histoire où les politiques ont toujours tendu à « encadrer » les prix et limiter les salaires.

    Car, de fait, qui tient le plus à l’augmentation de la quantité d’argent que les « investisseurs privés, les actionnaires, qui ont mené de tout temps un lobbying politique pour exiger que tout emprunt d’investissement passe obligatoirement par des banques privées exigeant un intérêt financier créateur de dette pour l’emprunteur (et l’ont obtenu depuis 1973 en France, où l’état, le peuple donc, qui pouvait jusque là emprunter auprès de sa banque nationale sans intérêt, se retrouve devoir la plus grande partie de sa dette souveraine.)
    Qui a inventé des disponibilités artificielles de monnaie par des effets artificiels de levier, ou de vente à découvert…?

    Et qui trouve hors de propos le discours politique, certes incomplet, sur l’indécence des revenus des dirigeants et actionnaires?

    Alors que quelques-uns ont commencé à comprendre qu’une reprise de la progression des salaires par l’émission monétaire souveraine(dévaluation compétitive, qui équilibrait jusqu’en 73 le racket de l’intérêt financier), associée à une fiscalité plus juste, pourrait permettre un rééquilibrage des revenus, il est nécessaire de faire un tir de barrage idéologique contre cette idée, le plus abscons possible, pour que l’imposture de l’argumentation ne soit pas apparente.

    De ce point de vue, M Rallo, vous êtes un bon petit soldat!

    Pour de plus amples informations sur une solution plus complète du problème de la crise, « votre crise, Mr Rallo, celle de la raison, allez voir sur mon site l’histoire de la Dame de Condé et on pourra reparler d’économie politique (comme vous l’ignorez probablement, l’économie tout court n’existe pas.)

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