Le capitalisme, le système le plus vertueux jamais inventé

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Le capitalisme exploite la cupidité à des fins socialement productives

Le capitalisme exploite la cupidité à des fins socialement productives. La manière de devenir riche dans une économie libre est de pourvoir à ce que les autres veulent, et non de lécher les bottes à ceux qui détiennent le pouvoir.

Par Daniel Hannan, depuis Oxford, Royaume Uni

La cupidité n’est peut-être pas une grande vertu, mais exploitée correctement, elle peut se transformer en une bonne cause.

Il n’y a rien d’égoïste dans le capitalisme. Comme tout modèle économique, c’est une matrice dans laquelle les acteurs individuels peuvent se comporter de façon morale ou immorale. Mais voici l’argument clef : personne n’a encore trouvé de système qui récompense mieux les comportements honnêtes.

Dans un marché ouvert fondé sur les droits de propriété et les contrats libres, vous devenez riches en offrant à d’autres un service honnête. Je tape ces mots sur une machine développée par le regretté Steve Jobs. Il a tiré des profits de l’échange (fraction qui s’est rajoutée à sa richesse nette) et moi de même (cette machine répond à mes besoins quotidiens). Les diverses formes de corporatisme expérimentées par les régimes fascistes et socialistes ont en revanche permis à quelqu’un – généralement un fonctionnaire d’État – de s’arroger le pouvoir d’affecter les richesses, en garantissant le favoritisme et la corruption.

Cela ne veut pas dire, bien sûr, que les malversations sont inconnues du capitalisme. L’homme est un être corruptible et, sous n’importe quel système, certains vont céder à la tentation. La différence, c’est que dans une économie étatique, la corruption est systémique et semi-légale. En effet, les formes les plus flagrantes d’actes répréhensibles dans notre économie occidentale actuelle ont tendance à être perpétrées par les gouvernements : le lobbying en échange de faveurs inappropriées, l’obtention de plans de sauvetage aux frais du contribuable, etc.

La cupidité – qui est le désir de biens matériels – n’est pas un produit des marchés, mais un produit du génome humain qui a évolué dans un environnement concurrentiel. Le capitalisme exploite la cupidité à des fins socialement productives. La manière de devenir riche dans une économie libre est de pourvoir à ce que les autres veulent, et non de lécher les bottes à ceux qui détiennent le pouvoir.

Il est réconfortant d’entendre [le premier ministre Britannique] David Cameron défendre moralement le cas du libre marché. Trop de gens pensent vaguement que le spectre politique gauche-droite correspond en gros aux qualités qui vont de la décence à la performance : les socialistes seraient ineptes, mais bien intentionnés tandis que les conservateurs seraient capables, mais cruels.

En fait, il est difficile d’imaginer une relation plus éthique que celle créée par la liberté contractuelle. Chaque partie va contribuer au bien-être des autres en faisant exactement ce qu’on attend d’elle. Il se passe rarement la même chose entre les individus dans d’autres situations, quelle que soit l’importance de leurs intentions, même bénigne. Les amis proches – les maris et leurs épouses – vont se révéler parfois en-deçà de leurs attentes mutuelles. Si jamais vous vous lancez dans une relation d’affaire avec quelqu’un que vous appréciez, je vous conseille de préserver votre amitié en signant un contrat : cela afin d’éviter tous malentendus.

À ce stade, vous pourriez m’opposer que ce que j’écris est plutôt moyen et banal. Vous pourriez me dire qu’il n’y a effectivement rien de mauvais dans les contrats (payer le personnel en temps voulu, livrer les marchandises que les clients veulent, toutes ces choses parfaitement bonnes…) mais que ça rivalise difficilement avec l’adoption de comportements qui n’attendent aucune récompense matérielle (travailler à la soupe populaire, rendre visite à des prisonniers, envoyer de l’argent aux territoires frappés par la famine ) ou tout simplement avec le fait d’être de bons parents, de bons voisins ou de bons amis.

Et bien sûr, vous avez absolument raison. Mais ce n’est pas l’alternative qui se présente à nous. Il ne s’agit pas de savoir si la générosité et la charité sont louables. Il s’agit en revanche de savoir si les instances gouvernementales encouragent ces qualités. Et c’est là où je veux en venir.

Il y a quelques années, Jonah Goldberg a publié un certain nombre d’études qui suggéraient que les personnes qui se reconnaissent comme de droite ont tendance à donner une plus grande proportion de leurs revenus et de leur temps aux œuvres de charité que ceux qui se voient comme de gauche. Maintenant je ne veux pas faire dire à ces enquêtes plus que ce qu’elles disent. Je connais beaucoup de gauchistes qui consacrent de longues heures dédiées aux personnes défavorisées.

De même, j’ai remarqué une tendance qui semble beaucoup plus fréquente à gauche qu’à droite : la tendance à élever le moralisme (être le détenteur d’opinions moralement irréprochables) au-dessus de la morale (faire ce qu’il convient de faire). Passez quelques minutes sur un forum de discussion sur Internet ou sur Twitter et vous verrez. Portez attention à ce que les gauchistes veulent dire quand ils utilisent des mots comme « haineux », « mauvais » ou « dégueulasse ». C’est rarement pour désigner quelqu’un qui aurait profité d’un enfant, menti à ses amis ou encore tripatouillé ses impôts. Plus souvent, ils veulent dire qu’il a exprimé l’opinion qu’il ne fallait pas sur l’immigration. Comme je l’ai fait remarquer précédemment, la chose la plus frappante dans cette attitude, c’est son narcissisme. Ayant perdu le sens qu’il avait dans les religions monothéistes, le mal désigne plutôt « celui qui est en désaccord avec moi ».

Une fois que vous avez mis en place les termes de votre décence fondamentale en signalant votre désapprobation des bonnes choses, pourquoi aller plus loin ? Une fois que vous avez appelé à l’augmentation des impôts, pourquoi faire preuve de charité ?

N’est-ce pas quelque chose de plutôt déshonorant que d’être généreux avec l’argent des autres ? J’ai déjà raconté l’histoire de la façon dont les députés européens ont réagi au Tsunami qui a eu lieu dans l’océan Indien. Tous les orateurs, les uns après les autres, se sont illustrés en proposant des tonnes de millions d’aides. Mais quand un vieil homme, un catholique italien d’un naturel charmant, s’est levé pour suggérer de faire un geste personnel en donnant l’allocation d’une seule journée de présence, la chaleur altruiste s’est évanouie de la salle. Ceux qui promettaient de vastes sommes au nom de leurs électeurs se sont tournés d’un air maussade vers le pauvre bougre. Sa proposition a été froidement rejetée et la réunion a continué.

Il est vrai que ce double-standard ne s’applique pas qu’aux gouvernements. C’est également le cas en ce qui concerne la « responsabilité sociale des entreprises ». Quand il s’agit de savoir ce dont il retourne, cette responsabilité signifie « être généreux avec l’argent d’autrui ». Les hommes d’affaires s’achètent de bons sentiments pour leur propre compte, en faisant porter les coûts sur leurs actionnaires, leurs clients et leurs fournisseurs. Ne serait-il pas mieux qu’ils maximisent leurs profits ouvertement, puis ensuite choisissent, en tant qu’individus, d’en donner une bonne partie ?

On ne le répétera jamais assez : quand vous donnez à de bonnes causes, vous faites un choix moral. Lorsque l’État vous prélève une somme équivalente au titre de l’impôt et qu’il la dépense en votre nom, ça ne l’est plus. Cela ne veut pas dire que toute imposition est mauvaise : nous avons besoin de payer pour certaines choses collectivement. Mais la raison du prélèvement de l’État est d’ordre pratique, et non d’ordre éthique.

Quelles sont donc les failles du système capitaliste dont parle le premier ministre ? Eh bien, il est vrai que le capitalisme est souvent avili par le lobbying, le copinage et les subventions. Comme je l’ai déjà dit, il existe des façons de l’améliorer – par exemple, en réformant la gouvernance d’entreprise afin que les actionnaires se considèrent comme propriétaires plutôt qu’investisseurs.

Il est agréable de constater que le Premier ministre lit encore mon blog, mais il y a certaines conséquences qui découlent de ce qu’il dit. La distorsion la plus scandaleuse du système capitaliste – et, de ce fait, contraire à l’éthique – fut la décision, prise ces dernières années, de renflouer les banques. Au-delà d’une récompense de l’échec (l’exact opposé de l’argent gagné en échange d’un service), elle a conduit au transfert des richesses des pauvres vers les riches.

Alors pourquoi diable répétons-nous cette mauvaise solution ? Car, ne vous méprenez pas, c’est ce que le FMI propose quand il parle d’augmenter les contributions. On nous dit de façon absurde que l’argent ne sera pas utilisé pour renflouer la zone euro. Ah oui ? Pour qui est-ce alors ? La Norvège ? Le Koweït ?

Quand nous parlons de renflouer la zone euro, nous voulons dire en fait qu’ils veulent une fois de plus sauver les banquiers et les créanciers obligataires des conséquences de leurs erreurs. Monsieur le Premier ministre, ce n’est ni moral, ni juste.

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Sur le web
Traduction : JATW & Raphaël pour Contrepoints.