Programme de Hollande : le flou artistique et socialiste

Comme tout programme socialiste, celui de François Hollande comprend des dépenses publiques nouvelles

Comme tout programme socialiste, celui de François Hollande comprend des dépenses publiques nouvelles. Si François Hollande est élu, la France ne pourra plus emprunter. Elle devra se soumettre à un programme voisin de celui dicté à la Grèce par le FMI, la Banque centrale européenne et la Commission européenne.

Par Alain Mathieu
Article publié en collaboration avec Le Cri du Contribuable.

Comme tout programme socialiste, celui de François Hollande comprend des dépenses publiques nouvelles : 60.000 emplois de plus dans l’enseignement, 5.000 dans la police, la gendarmerie et la justice, 150.000 emplois publics pour les jeunes, une allocation d’études pour les étudiants,  une augmentation de 25% de l’allocation de rentrée scolaire, une augmentation de l’allocation dépendance,  un accroissement des logements dits « sociaux »,  « une aide accrue aux pays en développement » , des subventions pour les technologies vertes, pour  le fret ferroviaire et autres « filières stratégiques » (celles jugées comme telles par les politiciens et fonctionnaires),  un retour à la retraite à 60 ans pour les carrières longues, un « contrat de génération » sans charges sociales, une relance de  la francophonie,  une « ambition élevée » pour la défense et même des souscriptions accrues au capital de PME, etc.

Toutes ces dépenses ne sont pas chiffrées. Le programme se contente d’annoncer qu’elles coûteront 20 milliards d’euros, financés par autant d’économies, dont aucune n’est précisée ni évidemment chiffrée.

Pour le nombre de fonctionnaires de l’État par exemple il est annoncé une stabilité entre le début et la fin du quinquennat, sans tenir compte des 150.000 emplois jeunes ni des réductions  d‘effectifs – non chiffrées – qui devraient être dues à une relance de la décentralisation transférant des compétences – non précisées – aux collectivités locales.

Des réductions d’effectifs de certains ministères non prioritaires sont mentionnées mais ni précisées ni chiffrées. La seule augmentation des salaires moyens des fonctionnaires de l’État, calculée en gardant le  rythme d’augmentation antérieur de 3,7% par an, coûterait à l’État 22 milliards par an, plus que la hausse totale prévue par François Hollande.

Cette incohérence du chiffrage n’est pas expliquée. Sans doute pour rendre le programme cohérent faudrait-il baisser les salaires des fonctionnaires d’au moins 15%, comme l’ont fait les socialistes espagnols. Mais François Hollande se garde bien de l’annoncer.

Comme tout programme socialiste, celui de François Hollande comprend des augmentations d’impôts et de charges sociales : suppression de niches fiscales (non précisées mais chiffrées  globalement à 29 milliards d’euros), augmentation de la CSG devenant progressive par sa fusion « à terme » (terme non précisé) avec l’impôt sur le revenu, tranche supérieure de l’impôt sur le revenu passée à 45% (pour 0,5% des contribuables), réduction du quotient familial, augmentation de l’ISF, impôts nouveaux sur les banques et les entreprises ayant trop d’emplois précaires, annulation de la baisse de la TVA sur la restauration (mais pas de celle sur les travaux de rénovation dans le bâtiment, secteur tout autant protégé de la concurrence internationale – il est vrai que cette baisse-là fut décidée par Lionel Jospin), suppression des exonérations d’impôts et charges sur les heures supplémentaires, augmentation de 0,2% des cotisations retraites, « réforme », c’est-à-dire augmentation, de la fiscalité locale, etc.

François Hollande annonce une baisse à 15% de l’impôt sur les bénéfices des très petites entreprises. Apparemment il ne sait pas que celle-ci existe déjà.

Et pourtant il en attend une hausse spectaculaire de la croissance économique, qui passerait à 2,5% par an. Cette croissance accrue serait due aussi à la fusion entre Oséo [« entreprise publique qui finance la croissance des PME », ndlr], la Caisse des Dépôts et sa filiale le Fonds Stratégique d’Investissement.

François Hollande croit à juste titre que les PME peuvent créer des emplois. Mais en quoi la fusion de banques publiques permettrait-elle une augmentation de la croissance, alors que le matraquage d’impôts et charges nouvelles découragera les patrons de PME ?

François Hollande ne cherche pas à rétablir la compétitivité des entreprises françaises par la baisse des règlementations et des  impôts et charges. Il prétend même, contre toute vraisemblance, que les impôts et charges sont sans effet sur la compétitivité. Celle-ci reviendrait grâce au génie des fonctionnaires qui auraient choisi les bonnes « filières stratégiques ».

François Hollande est même convaincu que les fonctionnaires sauront « rapprocher les grandes entreprises des petites » pour rendre celles-ci plus efficaces ! Pour lui des dépenses publiques sur l’innovation sont une autre clé de la croissance.  Il ne dit pas dans quel pays il a trouvé un tel modèle de développement économique généré par l’administration.

Les fonctionnaires interviendront aussi pour lutter contre les loyers qu’ils jugeront « excessifs » et les dépassements d’honoraires médicaux. Les entreprises cotées en Bourse qui fournissent l’eau, le gaz et l’électricité devront revoir leurs tarifs pour qu’ils deviennent « progressifs » avec la consommation (les familles nombreuses apprécieront !).

Des décisions dont ils ne veulent pas seront imposées aux autres pays européens : « renégociation » d’un traité qui viendra tout juste d’être signé, « contribution écologique » aux frontières de l’Europe, « réorienter » la banque centrale européenne, emprunts européens, nouvelle taxe sur les transactions financières « avec ceux qui le voudront », agence publique européenne de notation, une directive européenne pour la « protection des services publics ».

Les Chinois devront même, à la demande de la France, rendre leur monnaie convertible. Une organisation mondiale de l’environnement devrait être créée.

On n’est plus dans le flou. On est dans l’invraisemblable.

Il est vrai qu’un programme électoral n’a pas besoin d’être crédible. Il est fait pour  galvaniser les troupes  de militants.  Ceux-ci adorent les déclarations emphatiques :« L’âme de la France, c’est l’égalité » ; « Mon adversaire, c’est le monde de la finance » ; « Je n’aime pas les riches ». Ces  déclarations, en dehors de la haine sociale qu’elles attisent, n’ont guère de conséquences pratiques.

Pour ajouter au flou du programme, « dès l’été 2012 je réunirai une grande conférence économique et sociale qui sera saisie des priorités du quinquennat » et définira notamment  les salaires, les retraites et même la « nomination des emplois supérieurs de la fonction publique ». Les Français devront donc attendre cette conférence pour connaître des décisions importantes les concernant.

François Hollande prétend que le déficit public sera limité à 3 % du PIB en 2013, soit une amélioration  de plus de 50 milliards d’euros par rapport à 2011, alors qu’il augmente massivement les dépenses publiques et pénalise les entrepreneurs.

« On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment » disait le cardinal de Retz. François Hollande n’a pas l’intention d’en sortir.

Les créanciers de la France le savent parfaitement. Si François Hollande est élu, la France ne pourra plus emprunter. Elle devra se soumettre aux conditions de la troïka (FMI, banque centrale européenne et commission européenne) dont le programme, voisin de celui subi par la Grèce, sera appliqué, à la place de celui de François Hollande.

La France sortira alors de l’ambigüité. À son détriment.

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Alain Mathieu est l’auteur de «Ces mythes qui ruinent la France», 192 pages, 14€90, franco de port.