Fermeture de Megaupload et crépuscule de l’économie de la rareté

La fermeture de Megaupload pose à nouveau, directement et indirectement, la question de la liberté d’expression et de la présomption d’innocence.

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Fermeture de Megaupload et crépuscule de l’économie de la rareté

Publié le 24 janvier 2012
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En fin de semaine dernière, le site de téléchargement de MegaUpload a été brutalement interrompu par une action musclée du FBI. Le contexte légal et politique dans lequel cette action s’inscrit apporte des éléments de réflexion intéressant sur l’antagonisme qui se met en place entre les gouvernants et les lobbyistes d’un côté, et le peuple de l’autre…

Ce jeudi 19 janvier, comme le relate Contrepoints, MegaUpload, un des principaux sites de téléchargements sur Internet ainsi que les différents services qui l’entourent ont été mis hors ligne par les autorités fédérales de Virginie.

Le FBI n’y est pas allé de main morte et a même émis des mandats d’arrêts internationaux afin de rattraper par la peau du cou plusieurs personnes hors des Etats-Unis dont le patron de la société, installé en Nouvelle-Zélande. On parle donc ici d’importants moyens mis en oeuvre pour chopper un dangereux terroriste qui permet à des gens de s’échanger des films et des musiques. On est ici, de façon absolument claire, dans la lutte plusieurs fois centenaire du bien, représenté par les autorités compétentes, contre le mal, qui permet scandaleusement à des personnes sur toute la planète d’accéder à la culture pour un prix dérisoire, ce qui est infâme quand on y réfléchit deux secondes.

Anonymous

La fermeture de ces sites a provoqué une catastrophe sans précédent puisque, comme chacun le sait, il n’existe aucune alternative à cette méthode de partage. Encore une fois, la police et la justice ont travaillé de concert pour arrêter une vraie menace contre la société, des gens qui volent, violent, torturent, pillent, massacrent et polluent l’atmosphère, et on peut être sûr que leur action met, bien heureusement, un point d’arrêt final à ce fléau.

Et pendant que les autorités américaines s’auto-congratulaient bruyamment devant cette réussite phénominable, la fermeture de MegaUpload aura permis de révéler plusieurs choses.

D’une part, elle aura immédiatement permis d’accrocher une petite étiquette « Imbécile » à toute une classe de politiciens qui ont applaudi l’événement des deux mains, sans en comprendre ni le contexte, ni les implications. Sarkozy, jamais dernier lorsqu’il s’agit d’exprimer une idée idiote, se sera fendu d’un communiqué de presse dans lequel n’importe quel citoyen doué d’un minimum de raison peut déceler la connivence tendre et douillette de l’Etat français avec les principales sociétés de distributeurs de bien culturels. Toute l’histoire pathétique et les ratés monumentaux de la HADOPI sont, pour ainsi dire, résumés dans les quelques phrases de son communiqué.

D’autre part, le timing de l’opération ne doit rien au hasard, alors qu’aux Etats-Unis doivent se voter deux lois (SOPA et PIPA, dont j’avais parlé ici-même) : tout indique que les Etats-Unis, comme la France, ont décidé de mettre leurs lois et son gouvernement au diapason des lobbys culturels. Ici encore, la collusion entre les gros producteurs hollywoodien de musique et de films est tellement patente, le ficelage des lois controversées tellement grossier qu’on doit absolument se poser la question de savoir qui, dans les parlementaires américains (et, par symétrie, dans les parlementaires français) a croqué de la galette pour que tant de droits fondamentaux soient ainsi violés en toute décontraction…

Ce timing montre de surcroît la nervosité de plus en plus grande tant des politiciens que des Majors culturels. Oui, leur business-model prend une sale tournure. À en juger par la réaction immédiate du public et l’apparition presque spontanée de sites de phishing en lien direct avec la fermeture de MegaUpload, on voit que, littéralement, ces Majors culturels passent à côté d’une manne financière énorme tant la demande en produits de streaming et de téléchargement rapide manque cruellement. Et plutôt qu’embrasser le changement et s’y adapter, les industries musicales et cinématographiques se font fort de se mettre à dos leur clientèle. À long terme, le marché gagne toujours, ce qui présage d’un sort funeste pour ces gros acteurs s’ils ne changent pas leur fusil d’épaule…

Part des profits dans la musique

Pire, on comprend que le temps joue contre eux : museler internet semble déjà compliqué, pour ne pas dire impossible. D’ailleurs, la riposte ne s’est pas faite attendre : dans la journée de vendredi, le groupe Anonymous avait déjà lancé plusieurs attaques sur différents sites (dont celui de l’Elysée). Ces attaques sur les parties visibles ne sont évidemment pas très dommageables pour les entreprises commerciales (le site est indisponible pendant quelques heures, ce qui ne représente qu’un faible manque à gagner) ; elles ont cependant été suivies d’autres attaques, comme celle sur Sony qui a abouti à mettre en ligne l’intégralité de son catalogue sur internet au travers de torrent (technique de partage en peer-to-peer impossible, par nature, à enrayer). Universal et les autres majors ont, d’ores et déjà, du souci à se faire.

Parallèlement, différents groupes d’internautes se sont organisés pour organiser une protestation mondiale contre les lois SOPA et PIPA en cours d’examen aux Etats-Unis. Protestations concrétisées par des écrans noirs sur Wikipedia par exemple, et qui ont, au moins temporairement, porté leurs fruits puisque leur vote a été reporté.

Au vu de ces réactions, il n’est pas interdit de penser que beaucoup comprennent qu’il y a plus en jeu, ici, qu’un simple accès gratuit à une poignée de films et de tubes musicaux douteux. On peut en effet comprendre que les vieilles sociétés, qui basent leurs profits sur une rente impossible à conserver dans l’ère du tout numérique, se battent bec et ongle pour conserver le status quo.

Cependant, cette lutte ne doit pas se faire à n’importe quel prix, à commencer par celui de la libre-expression et du respect de la présomption d’innocence sur lesquels sont basés les constitutions des nations occidentales modernes. Or, les méthodes du FBI et les projets de loi présentés sont tous sauf respectueux de ces piliers naturels d’une saine démocratie.

La réaction de l’Union Européenne, dans ce cas précis, montre une plus grande subtilité des dirigeants européens. Viviane Reding, la Commissaire Européenne en charge de la Justice, a ainsi déclaré que « La protection des créateurs ne doit jamais être utilisée comme un prétexte face à la liberté de l’internet »… Si, ici, je parle de subtilité, c’est bien parce que des projets comme ACTA (en cours d’analyse au Parlement Européen) sont malgré tout dans les cartons des Institutions Européennes, quoiqu’en dise Mme Reding.

Il s’agira donc maintenant de vérifier scrupuleusement que les bonnes intentions de la Commissaire seront effectivement respectées. Mon naturel optimiste me pousse à penser qu’il n’en sera rien.

La bataille continue.
—-
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  • Les imbéciles du gouvernements passent complètement à coté de la gravité de la situation. Aujourd’hui le partage de fichier, demains les sites d’opinions ou ceux qui ne plaisent pas aux US ?

    Bon, ça ne les déranges peut-être pas autant que ça, la liberté et l’opinion des individus… quand on voit la « démocratie » française. (lol)

    Mais la bataille n’est pas gagnée pour autant coté partage de fichiers, la plupart des sites de sharing mettent la clé sous la porte en ce refaisant une virginité parce qu’ils n’ont aucune envie de visiter les prisons américaine et si les moyens existe (VPN torrent etc) ils sont bien moins facile d’accès et bien moins rapide.

    Coté offre il n’existera jamais de films à quelques centimes tout simplement parce que les couts engrangé ne couvriraient qu’une fraction des couts de développement nécessaire.

    La situation promet d’être intéressante ces prochaines année, sur fond de récession dramatique en plus…

    • Avec l’arrivée de Quodding.com sur le marché, les gens vont de plus en plus se diriger vers un système fermé où ils seront sûr que personne ne surveillera ce qu’ils partagent entre eux.

      En effet Quodding permet de partager des fichiers uniquement dans un cadre privé, avec ses propres contacts. Le réseau mettre beaucoup plus de temps à se bâtir que MegaUpload c’est certain, mais il y arrivera rapidement tout de même.

      D’autant plus que la législation européenne et françaises interdisent formellement de surveiller les échanges privés entre personnes (alors que sur MegaUplaod, ils étaient public), une loi en or que cette plate-forme a su saisir exactement au meilleur moment !

      • grâce à ton commentaire, Quodding viens de gagner plusieurs dizaines de membres : Toute mon entreprise à créer un compte, (peut être suite à la fermeture de leur probable compte sur MU, allez savoir …)

  • La guerre du numérique est engagée ; il est à parier qu’elle n’est pas gagnée d’avance.

    Quant à la collusion entre les pouvoirs politiques et l’oligarchie économique, elle n’est plus à démontrer ; il est simplement malheureux qu’autant de gens (en France) placent leurs espoirs et leur confiance dans un Etat de plus en plus puissant, omnipotent et envahissant, en croyant qu’il est le garant d’une certaine redistribution des richesses.

    Ca va être dur de leur faire comprendre que c’est l’inverse…

  • il est intollérable que ces salauds d’artistes veuillent gagner de l’argent avec leur travail. Cela gêne les jeunes qui préfèrent avoir tout gratis.
    Or chacun sait que le jeune a forcément raison. Le pas jeune n’étant nécessairement qu’un pauvre con. C.Q.F.D

    • Je suis jeune, mais j’appuie ton opinion. A partir du moment où les jeunes se voient coupé de la source « inépuisable du net », les voilà désorienter. Aujourd’hui, rare sont encore les jeunes qui comptent leur sous pour aller s’acheter un jeu vidéo, ou un bon DVD en magasin. Mais comme c’est cher, ça préfère l’avoir gratis. Mais plus ils pirateront, plus les prix augmenteront, car les sociétés doivent bien compenser l’important déficit que cela engendre. Derrière un PC, je crois que la génération d’aujourd’hui confond « le partage », « l’achat » et le pur « vol ». Car voler un DVD en magasin, revient au même que de le télécharger sur internet, mais pour le faire comprendre, il va falloir du temps. Et derrière un PC, ils oublient souvent, qu’ils ne sont pas anonymes, et que les retrouver c’est facile, et qu’on est pas à l’abri d’un éventuel pistage de Gendarmerie/Police lors d’un piratage.

      Quand au sujet de cet article, je pense que trop de polémique se sont engendré là-dessus. Le directeur de M@uplad est un escroc. Ces associés de plus. Le HIC ? Il avait créé le plus grand site de partage du net où tout le monde pouvait télécharger à sa guise sans risque d’être plus ou moins repéré. Maintenant que c’est fermé, c’est sûrement plus difficile de chercher un petit film à mater en le piratant sans bruit, « anonymement ». Je pense que les gens ont oublié le vrai sens du partage du Net. Ils nous offrent l’information et le divertissement, un aide au savoir culturel comme un plaisir de communiquer dans certains domaines (Réseaux sociaux). Mais pourquoi abuser au point de croire que l’on est les rois du monde sur le PC/MAC et qu’on peut tout se permettre, et même voler en prétextant que c’est « un partage utile au peuple ». Partageons nos affaires pendant que nous y sommes, nos vêtements nos sous vêtements. Ce que je veux dire il y a des choses qui sont bien à partager mais il faut parfois en savoir la limite. Et pour moi, C’est bien que Le fondateur du site paye ces crimes. Mais certains internautes mériteraient les mêmes sanctions parfois au nombre de piratage commis. C’était mon coup de gueule, et je sais que certains ne seront pas d’accord, mais après tout, nous sommes dans un pays libre, où la liberté d’expression existe. Sur ce, Bonsoir.

      • Excellente remarque jeune ami, et je ne prétends pas que tu as tord . J’aimerais simplement moduler une de tes réflexion :
        « Mais plus ils pirateront, plus les prix augmenteront, car les sociétés doivent bien compenser l’important déficit que cela engendre »
        Important déficit, certes, il est vrai que ces pauvres sociétés sont au bord de la faillite : les nouveaux produits engendrent maintenant moins d’une dizaine de millions de bénéfices…

        Je ne nie pas que c’est du vol.

        Quand ça l’est .

        Exemple est fait de Joffré, artiste web, proposant ses musiques au téléchargement sur MU…

        A MES yeux, la fermeture complète de Megaupload n’est PAS une solution, d’autant plus que lorsque les auteurs demandaient le retrait de tel ou tel contenu, leurs demandent étaient honorés assez rapidement, en quelques jours pour les plus longs …

        Comme tu l’a dis, « je sais que certains ne seront pas d’accord, mais après tout, nous sommes dans un pays libre, où la liberté d’expression existe  »

        Sache que j’espère ne pas t’avoir froisser, ou t’avoir semblé condescendant, ce n’est absolument pas mon intention . Sache aussi que, comme je l’ai dit précédemment  » je ne prétends pas que tu as tord », et je respectes ton point de vue .

        En attendant vos propres réflexions, Bonsoir .

  • Bonjour, Il semblerait que le graphique en camembert qui illustre ce billet soit erroné, (cf débat ici : https://www.facebook.com/photo.php?fbid=10150508141413067)
    Pourriez-vous en citer la source, ou préciser les chiffres ?

  • Les commentaires sont fermés.

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