Pourquoi la Grèce n’a-t-elle pas intérêt à trouver un accord ?

Si les dirigeants grecs ont un tant soit peu de courage, d’honneur et de fierté, ils ont tout intérêt à faire exploser la banque

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Pourquoi la Grèce n’a-t-elle pas intérêt à trouver un accord ?

Publié le 22 janvier 2012
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Si les dirigeants grecs ont un tant soit peu de courage, d’honneur et de fierté, ils ont tout intérêt à faire exploser la banque.

Par Thibault Doidy de Kerguelen

Vendredi, nous avons connu un épisode grand guignolesque de la négociation financière internationale. Les hedge funds ont menacé la Grèce de porter plainte contre elle… auprès de la cour européenne des droits de l’homme ! Comique, non ?

Ne pas rembourser ses créanciers est une atteinte au droit à la propriété. Ce droit est inscrit dans la déclaration universelle des droits de l’homme, cqfd. Nous ne nous étendrons pas sur cette interprétation du droit, ni sur les textes internationaux ou américains qui peuvent être opposés à ces investisseurs professionnels sur le principe de responsabilité. Nous aurons, si cette menace est suivie des faits, l’occasion d’y revenir, et par la même occasion d’évoquer la guérilla judiciaire que mènent ces fonds d’investissement contre certains États.

Outre cet épisode, donc, les négociations concernant la dette grecque semblent tourner en rond. Non seulement parce que les hedges funds font de la surenchère (ils affirment ne pas vouloir entendre parler de taux d’intérêt inférieur à 5%), mais aussi parce que les points qui semblent se régler sont tellement au désavantage de la Grèce, que bientôt, ce pays aura plus intérêt à tout faire sauter qu’à signer.

Où en sommes nous dans la négociation ?

Les créanciers privés (donc pas la BCE) échangeraient leurs créances actuelles contre de nouveaux titres dévalorisés de 50%.

Les nouveaux titres seraient régis par les règles britanniques et non plus grecques. La différence principale se situe sur les recours. Dans le régime britannique, en cas de défaillance, les créanciers sont en droit de saisir les avoirs de l’État défaillant.

Le montant total de la dette effacée par cet accord représente un petit peu plus de 30% du PIB grec.

Les taux d’intérêt des nouveaux titres se situeraient aux alentours de 4 à 5%

Analysons maintenant ce que donnerait un tel accord s’il était signé.

Le niveau d’endettement actuel de la Grèce se situe entre 150 et 168% du PIB. Si vous baissez ne serait ce que de 30% le niveau d’endettement, vous êtes de toute manière à plus de 100% du PIB. D’accord ? Si vous accordez à un pays endetté à 100% (et a fortiori si c’est à plus de 100%) un crédit à 4% d’intérêt par an, celui-ci sera bien obligé de faire 4% de croissance pour pouvoir payer les intérêts sans devoir à nouveau réemprunter, non ? Quelqu’un peut-il me rappeler la dernière fois que la Grèce a fait 4% de croissance ? Un bookmaker londonien serait il capable de me donner la cote pour parier sur un taux de croissance à 4% de la Grèce dans les années qui viennent ?

L’accord qui est en train de se dessiner est un acte de mise à mort. Les créanciers sont en train de se partager les actifs de l’État grec que celui-ci va bientôt se trouver obligé de leur céder parce qu’il lui sera matériellement et mathématiquement impossible de payer 4% d’intérêt !

Il est clair que si les dirigeants grecs ont un tant soit peu de courage, d’honneur et de fierté, ils ont tout intérêt à faire exploser la banque. Ils mettent fin aux négociations, refusent de payer et c’est tout le système qui explose. Les créanciers privés seront alors en droit de faire jouer leurs CDS et le joli jeu de dominos que nous avons connu en 2007-2008 reprendra, puissance dix, enclenchant un pagaille monstrueuse et une série de faillites de banques et de compagnies d’assurance qui ont accordé des CDS sans avoir, bien sûr, les fonds propres en face et en se ré-assurant auprès d’autres organismes qui, eux non plus, etc. etc… Sans compter notre chère BCE. Embourbée dans la dette grecque jusqu’à 20 fois ses fonds propres et qui se retrouveraient de facto en… cessation de paiements !

Tous comptes faits, on n’a peut-être pas fini d’entendre parler de la dette grecque. D’autant qu’un certain nombre de pays sont en train d’observer scrupuleusement l’avancement de la négociation. Si les créanciers cèdent, ils devront céder à d’autres (Espagne, Portugal, Irlande, France, Italie…) et sur des montants autrement plus importants. S’ils ne cèdent pas, c’est tout le système qui risque d’exploser et plus aucun créancier ne se sentira tenu de rembourser, ou alors, comme les russes, 70 ans après, sur des bases complètement décotées.

Prochain round, mercredi prochain. Vous suivrez le match avec nous ?

—-
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  • Bonjour,
    Une réponse à une de vos questions :
    « Si vous accordez à un pays endetté à 100% (et a fortiori si c’est à plus de 100%) un crédit à 4% d’intérêt par an, celui-ci sera bien obligé de faire 4% de croissance pour pouvoir payer les intérêts sans devoir à nouveau réemprunter, non ? »

    –> non.

    explication : Je gagne 100000 euros par an, j’ai 100000 euros de dette à 4%. Ca fait 4000 à payer tous les ans pour être à l’équilibre. Si je veux me désendetter, il faut que je paie chaque année plus de 4000.

    Maintenant si on intègre la croissance à la logique : si je fais 2% de croissance et que je paie bien mes 4000 euros cette année (pour faire simple), j’ai un ratio d’endettement qui a diminué : 100000 de capital à rembourser divisé par 102000 de PIB l’an n+1. Soit 98,03% du PIB.

    Attention donc à la décroissance des pays très endettés.

    CQFD

    • Gloups!
      « si je fais 2% de croissance et que je paie bien mes 4000 euros cette année (pour faire simple) »
      Cela ne s’appelle plus « pour faire simple », mais « pour faire fiction », car cela voudrait dire que votre budget de fonctionnement serait excédentaire de 2%…..
      Désolé, mais nous ne sommes pas dans de l’éco-fiction, nous sommes dans une triste réalité qui concerne 11,3 millions d’habitants pour l’instant et un petit peu plus de 460 millions à terme…
      De toute manière, vous ne pouvez payer que par la croissance ou l’excédent budgétaire ou l’emprunt. Tout intérêt sur la dette dès lors que celle-ci est supérieure au montant du PIB amène au gouffre. Prendre des garanties sur les avoirs de l’Etat en cherchant à lui imposer des taux d’intérêt supérieurs à ce qu’il est possible de financer, c’est de la spoliation, non?
      Bon, après se pose la question de la bonne foi d’un Etat qui a menti à deux reprises sur sa situation financière et d’un lead manager qui a caché des informations aux investisseurs…
      Si l’affaire se porte devant les tribunaux, il y a un feuilleton de quelques années qui se prépare…

  • On vois bien que l’auteur est atteint de étatism- ite aigue !!
    Sans avoir 4% de croissance, vous pouvez:
    1 – diminuer vos charges et dégager un excédent primaire.
    2 – augmenter les impôts –> excédent primaire.
    Je comprends bien que cela implique une croissance en berne pour quelque temps, mais… il fallait penser avant, lorsque vous avez fait l’emprunt !!!!!

    • Bonjour,
      Comme étatiste, me concernant, on fait mieux!
      La responsabilité de l’emprunteur, surtout lorsqu’il a falsifié ses comptes, je suis le dernier à l’occulter puisque je n’ai pas attendu ces dernières semaines pour mettre l’accent dessus mon premier article sur le sujet datant d’il y a un an (tiens, c’est curieux, « on » me disait déjà que je n’étais pas sérieux…) où je préconisais d’exclure la Grèce de l’Euro (cf aussi ma réponse à un commentaire précédent).
      Vos propositions. 1) diminuer les charges. Certes, c’est une excellente proposition. Dans le cas précis de la Grèce, vous y croyez? La Grèce n’est pas la France. Ni l’Argentine. Quels relais voyez vous?
      2) augmenter les impôts. Super, alors là, comme étatisme aigu, c’est pas mal. Outre qu’on ne tond pas un oeuf et que tout ce que vous prenez par ce biais est autant qui ne se réinvestit pas dans l’activité économique, vous condamnez le pays à la misère pour des générations… N’oubliez pas qu’à part en France, les élus d’un pays ont toujours pour souci principal de défendre les intérêts de leurs citoyens. Vous croyez sincèrement que vos préconisations vont dans le sens de l’intérêt des Grecs? C’est là que ce situe mon interrogation et le sens de mon article. Les contours de l’accord étant ce qu’ils sont, les Grecs n’ont ils pas plus intérêt à faire sauter le système qu’à en respecter les règles? Imaginez un instant que vous laissiez de côté votre esprit cartésien, que vous ne regardiez le problème de l’extérieur et que, mouvement d’empathie, vous soyez Grec. La question ne se présente pas à votre esprit? Moi si. Si j’étai élu grec aujourd’hui, c’est probablement le dilemme qui emplirait mes nuits. Imaginez un Tatcher face à cette situation! Ça « péterait » pas dans tous les sens?
      Cordialement,
      Thibault

      • Bobomède soulève un point intéressant, diminuer drastiquement le poids de l’état donc les charges sur les entreprises et les particuliers d’une part et libéraliser le marché du travail d’autre part permettrait certainement à la Grèce de voir sa croissance bondir à court moyen termes ce qui pourrait peut être lui permettre de faire face à ses dettes. Ajoutons un fl

  • « Le niveau d’endettement actuel de la Grèce se situe entre 150 et 168% du PIB. Si vous baissez ne serait ce que de 50% le niveau d’endettement, vous êtes de toute manière à plus de 100% du PIB. D’accord ? »

    Non, pas d’accord. Le moitié de 150% laisse une dette représentant 75% du PIB.

    • J’avais relevé la même erreur. On parle bien d’une baisse de 50% qui équivaut à diviser par 2 et non pas d’une baisse de 50 points qui voudrait dire que l’on passe de 150% à 100%.
      Donc dans le premier cas toute la démonstration de monsieur de Kerguelen est fausse. Attention à la rigueur journalistique.

    • Bonjour, je reconnais que la formulation prête à confusion, mais s’arrêter à cela n’est pas tout à fait honnête. La confusion vient du fait que 50% de la dette privée (celle qui est en cours de négociation et c’est bien cette négociation que j’évoque dans l’article) représente 30% du PIB, ce que j’ai pris soin de précisé, me semble-t-il dans l’article. Donc, effectivement, « 30% » (comme j’ai corrigé dans l’article d’origine paru sur mon site (http://maviemonargent.info/2012/pourquoi-la-grece-na-t-elle-pas-interet-a-trouver-un-accord/) ) eut été plus juste ou « 50% de la dette privée » (qui était l’objet de l’article), qui me semblait évident en écrivant.

      Contrepoints >> correction apportée.

  • Cet article n’est pas rigoureux, je vois pas ce qu’il fait ici.

  • « Si vous accordez à un pays endetté à 100% (et a fortiori si c’est à plus de 100%) un crédit à 4% d’intérêt par an, celui-ci sera bien obligé de faire 4% de croissance pour pouvoir payer les intérêts sans devoir à nouveau réemprunter, non ? »

    Non. Il peut aussi générer un excédent primaire de 4%, et même sans faire de croissance cela stabilise son ratio dette/PIB. Tout vient de cette histoire de « règle d’or » des finances publiques selon laquelle la croissance doit être au moins égale aux intérêts sur la dette publique. Or, cette « règle » repose sur le principe que le gouvernement ne paie jamais ni le principal ni les intérêts sur sa dette. Il capitalise les intérêts et roule indéfiniment sa dette : drôle de règle d’or !

    L’Italie a actuellement un excédent primaire.

  • Le taux d’endettement sur PIB ne veut rien dire. Mathématiquement, le PIB c’est des €/an, alors que l’endettement c’est des € purs. Le ratio des deux n’est pas un %, c’est une durée : la durée théorique de remboursement de la dette si la totalité du PIB était consacré à son remboursement, hypothèse totalement farfelue. un an pour « 100% », deux an pour « 200% », et six mois pour « 50% ». Et alors ?
    Alors rien.
    Cette notion est parfaitement inutile, elle n’apprend rien de plus qu’une évidence qu’on produire sans ce concept : que moins on est endetté (moins la durée de remboursement est grande), mieux c’est.

    Nos pays sont dirigés par des débiles qui confondent une durée avec rien, une vitesse avec un déplacement.

    En 1993, l’endettement belge était de 137 % du PIB ; la Belgique a été acceptée dans l’euro au vu de sa trajectoire favorable, et de fait 15 ans plus tard, en 2007, l’endettement n’était plus que de 84 % du PIB.
    (http://debtagency.be/fr_data_public_finances.htm). Sans cris ni larmes, juste avec un modeste excédent primaire dont la croissance n’a nullement souffert. La Grèce peut-elle en faire autant ? Je ne doute pas qu’on va nous sortir tout un tas de conneries justifiant que non, c’est pas pareil, parce que ci, parce que ça … blabla.

  • Enfin un article raisonnable.

    Il est évident que la Grèce ni ne peut ni n’a intérêt à rembourser.

    Et l’UE l’avait bien compris qui, voyant que Papadopoulos était prêt à demander au peuple s’il était d’accord pour enclencher le processus, s’est dépêchée de faire le nécessaire pour s’en débarrasser !!

    Alors pourquoi n’est-ce pas réglé et prend-on le risque indiqué par le billet; pourquoi, alors qu’un (faux) rabais de 50% a paru possible ne pas aller à 100% de (vrai) rabais en faire cadeau des intérêts?
    Après tout une mauvaise affaire est toujours possible, et le montant ne représente pas grand chose à l’échelle des moyens des créanciers.

    C’est que ce serait la fin de la prise de souveraineté économique des états par la finance internationale, et ça, c’est IMPENSABLE.

    Ne pas pouvoir se faire rembourser leur dette ce serait pour les prêteurs reconnaître qu’ils se sont POLITIQUEMENT imposés dans les transactions initiales, (par le fait que les Etats ne peuvent plus se financer sans intérêt auprès de leurs banque centrale) et qu’ils ont pris le risque inconsidéré: que les moyens de PRESSION POLITIQUE dont ils disposent seront suffisants pour recouvrer la totalité de leur créance augmentée d’intérêts exorbitants (et imposés aux grecs uniquement par la neutralisation de leur banque centrale) dans tous les cas de figure.
    L’ayant constaté, ils sont à la recherche de toute forme d’arrangement (incluant par exemple le rabais proposé sur ce racket (qui n’était de fait qu’un aménagement de calendrier), à la condition qu’il permette de sauver la fiction d’un remboursement dans lequel ils ne perdent pas la face.

    C’est à mon sens impossible!

    C’est tout l’avenir du racket de la finance cosmopolite qui se joue en Europe après son expérience sud-américaine
    .

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