L’UE renforce involontairement l’autoritarisme hongrois

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Les eurocrates sont en train d’accomplir un exploit extraordinaire : ils rendent le gouvernement hongrois plus populaire

Les eurocrates sont en train d’accomplir un exploit extraordinaire : ils rendent le gouvernement hongrois plus populaire.

Par Daniel Hannan

Les eurocrates sont en train d’accomplir un exploit extraordinaire : ils rendent le gouvernement hongrois plus populaire. J’ai déjà blogué sur les penchants autoritaires du régime de Fidesz. Viktor Orban, un réformiste pro-libre marché durant son mandat de Premier Ministre entre 1998 et 2002, est récemment devenu presque Poujadiste dans sa rhétorique. Mais le ton frénétique avec lequel il fait la cible d’attaques a pour effet de l’élever au-dessus de ses détracteurs. En le voyant maintenant au Parlement européen, courtois et conciliant face à la provocation pompeuse, ma sympathie s’est retournée vers lui.

Pour commencer, l’UE a choisi le mauvais champ de bataille. Il n’est pas nécessaire d’être de gauche pour être alarmé par certaines réformes d’Orbàn. Ses lois sur les médias, par exemple, n’ont pas leur place dans une démocratie libérale, et ses changements dans le système électoral sont plus que d’ordinaire flagrants dans leur partisanerie.

Toutefois les eurocrates n’ont pas de réelle activité dans ces domaines, puisqu’ils dépendent entièrement de la législation nationale. Alors à la place, voulant tacler Orbàn pour quelque chose, ils se sont concentrés sur la façon dont sont menées les nominations publiques, notamment celles pour le conseil de la Banque Centrale. Et là, ils se battent sur le terrain le plus glissant qui soit.

Le « contrôle du gouvernement » d’un homme est la « responsabilité démocratique » d’un autre. Pourquoi la Hongrie, ou tout autre pays, devrait-elle être conduite par une nomenklatura non élue ? J’ai fait campagne pendant des années pour la surveillance parlementaire sur les nominations au niveau étatique au Royaume-Uni.

Quant à la Banque Centrale, la Hongrie, ne l’oublions pas, est le pays d’où a commencé la crise sur la dette européenne. Bien avant le plan de sauvetage grec, le précédent Premier Ministre Ferenc Gyurcsàny avait eu à se rendre à Bruxelles pour quémander honteusement. Le pays est censé rembourser 5,9 milliards d’euros à l’UE et au FMI cette année, mais n’est pas en position de le faire. La ruine la plus totale est à l’horizon. Alors pourquoi les gens voudraient-ils conserver une image d’invulnérabilité aux yeux de l’opinion publique pour la Banque Centrale, qui a joué un si grand rôle dans la création de ce bazar ? Comment les gouvernants pourraient-ils être pires que ceux actuels ?

Non pas que je veuille taper sur les hongrois. La Banque d’Angleterre, la Fed et la BCE ont toutes un bilan catastrophique sur la dernière décennie. Pour avoir de manière répétée appelé le Parlement à reprendre le pouvoir confié au comité pour la politique monétaire (Monetary Policy Committee) il y a 15 ans, je peux difficilement me plaindre quand la Hongrie prend le même chemin.

Les responsables à Bruxelles, bien entendu, voient les choses différemment. L’idée que des fonctionnaires non élus soient soumis à un contrôle parlementaire les remplit d’une horreur non feinte. Après tout, si le pouvoir passait des apparatchiks aux politiciens élus, le système entier de l’UE s’effondrerait.

Néanmoins, l’UE aurait plus de poids si elle appliquait une censure similaire aux gauchistes et aux parties europhiles. Le nouveau gouvernement belge, par exemple, me semble violer ouvertement sa Constitution dans le but de redessiner sa carte électorale. Mais pas une seule plainte n’a été entendue de la part de l’UE. Et ces mêmes députés et eurocrates qui hurlent à propos de la Hongrie ont défendu la suspension active de la démocratie multipartite en Italie et en Grèce (voir la vidéo ci-dessous). Là encore, bien sur, ces juntes civiles ont été mises en place pour défendre l’euro.

Le plus triste c’est que, comme je le dis, il y a réellement quelque chose à faire en Hongrie. Les 30/40% du spectre politique qui sont, dans tous les autres pays, occupés par un parti pro-libre marché de centre-droit, restent vacants. Seul le précédent ministre de l’économie Lajos Bokros, un allié d’ECR (NdT : European Conservatives and Reformists, parti politique dont M. Hannan est membre) que j’ai présenté aux lecteurs il y a un petit moment, défend le conservatisme traditionnel.

Au final, quelqu’un mettra un terme au duopole des deux grands partis et commencera le processus de reprise économique. Malheureusement, l’intimidation de l’UE ne fait que reporter ce jour.

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Traduction : eDoK pour Contrepoints

Complément vidéo :