Le libéralisme, une « utopie » en plein boom

L’Histoire nous montre que qualifier une idée d’utopique n’est pas une raison pour qu’elle le soit

L’Histoire nous montre que qualifier une idée d’utopique n’est pas une raison pour qu’elle le soit, encore moins qu’elle ne finisse par s’imposer au vieil establishment.

Par Jorge Valín, Espagne

Il ne faut pas rater l’article de Jeffry Sachs : « Libertarian Illusions ». Devant le boom de l’idée libertarienne que personnalise Ron Paul, Sachs se livre à une critique de l’idéal libertarien avec une des stratégies les plus populistes et ratées de l’Histoire : le libéralisme est une utopie et, par conséquent, ne peut fonctionner.

Pourtant, l’appel de Ron Paul va au-delà de ces positions spécifiques. Son libéralisme lui-même est séduisant. Comme beaucoup d’idéologies extrêmes, le libéralisme donne une réponse unique à un monde compliqué.

Il est plaisant de voir un personnage du mainstream accuser les libertariens de simplisme. Dans sa vision, s’il y a une crise : monte les impôts. Si un pays te fait de l’ombre : envahis-le. Si une banque ou une compagnie d’assurance fait faillite : sauve-la. Si une idéologie te fait peur : crée le Patriot Act et tout le monde à Guantánamo.

Je lis dernièrement ce type d’attaque contre le libéralisme et, sincèrement, c’est génial. Quand une idéologie ne triomphe pas, personne n’en tient compte. Elle disparaît avant de naître. Quand elle pointe le museau, ses détracteurs ont coutume de se moquer d’elle. Et quand l’idéologie s’étend, commencent les attaques. Une des plus pittoresques et ratées est de la qualifier d’utopique. C’est ce qui arriva au laissez faire du 19e siècle; au socialisme, au pacifisme (de Gandhi), et même à l’écologisme. Tous finirent par s’imposer à leur époque.

L’Histoire nous montre que qualifier une idée d’utopique n’est pas une raison pour qu’elle le soit, encore moins qu’elle ne finisse par s’imposer au vieil establishment. Sachs, et d’autres hallucinés pragmatiques croient que le modèle actuel est éternel. Mais attention, seulement l’actuel. Le socialisme corporatiste et belliciste actuel durera plus de mille ans selon eux. Jusqu’à la fin de l’Humanité et celui qui dit le contraire est un utopiste ! Ça, c’est garder la tête froide et l’esprit ouvert et avec une culture historique.

Aucun système n’est éternel. Tous finissent par mourir parce que les gens cessent de les appuyer et cherchent de nouvelles formules pour régler les problèmes de l’époque. Et la liberté règle toujours tout. Si le monde était mû par des modèles logiques et d’éthique, il y a plus de 3.000 ans que nous vivrions dans un système anarcho-capitaliste et sans État. Les politiciens étant considérés comme les plus grands criminels de la société.

Et de quoi a peur Sachs et le reste des conservateurs-socialistes ? Qu’il parle :

Le libéralisme est la défense obstinée de liberté. Beaucoup de jeunes affluent vers le libéralisme pour le frisson que procure la défense d’une cause aussi vaillante. Ils aiment aussi la liberté morale que le libéralisme semble offrir : il est bon de suivre ce qu’on l’on désire, y compris l’égoïsme ou l’intérêt propre, aussi longtemps que l’on ne porte pas directement préjudice à autrui.

Pourtant, l’erreur du libéralisme ne réside pas dans la défense de la liberté, mais dans la défense de la liberté, à l’exclusion de toutes autres valeurs. Les libéraux soutiennent que la liberté individuelle ne doit jamais être sacrifiée à la poursuite d’autres valeurs ou les causes. La compassion, la justice, la responsabilité civique, l’honnêteté, la décence, l’humilité, le respect, et même la survie des pauvres, faibles et vulnérables sont tous rejetés à l’arrière-plan.

La plus grande peur de l’establishment est, quelle surprise, la liberté. Grâce à l’État qui l’interdit sous toutes ses formes, nous vivons en sûreté ! Comme si dans notre triple tyrannie de l’État-nation, de la démocratie et de l’État providence, il n’y avait pas de pauvres, ni d’abus, ou se caractériserait par l’honnêteté des politiciens, l’humilité des syndicats et des lobbies, la justice d’État qui fait plus de mal que de bien, et la responsabilité individuelle qui brille par son absence à notre époque.

Monsieur Sachs, le système actuel se caractérise pour violer tous les principes humains que vous citez. La démocratie est le cancer. Et son remède s’appelle la liberté individuelle. Le non gouvernement.

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Traduit de l’espagnol.