Bastiat, la Loi, et le génocide

Frédéric Bastiat

Toujours au nom des grands principes, nous assistons à la montée du contrôle de la pensée et des délits d’opinion

Les hommes politiques français se comportent facilement comme des donneurs de leçons sur les Droits de l’homme. Toujours au nom des grands principes, nous assistons à la montée du contrôle de la pensée et des délits d’opinion.

Par Patrick de Casanove
Article publié en collaboration avec l’Institut Coppet

L’actualité récente a mis en exergue le génocide. Ce fut à propos d’une de ces lois historiques que les hommes de l’État votent régulièrement, pour nous faire oublier leur responsabilité dans les difficultés que nous traversons, leur incapacité à nous en sortir, leur inaptitude à assurer la Justice et la Sécurité.

Ces lois confirment que l’État à une tendance naturelle à s’étendre sans fin et à se mêler de tout. Les politiciens ont montré qu’ils étaient absolument incapables d’assumer correctement les fonctions régaliennes du pays dont ils ont la charge. La justice n’est pas rendue, la sécurité n’est pas assurée, la défense du pays flotte au gré des caprices des bien pensants. Les fonctions régaliennes ont peu de moyens, et le peu qu’elles ont est en grande partie gaspillé. Cette faillite des politiciens les incite à multiplier, dans tous les domaines, les actions inutiles et dangereuses, simplement pour montrer qu’ils existent.

Le totalitarisme s’étend peu à peu, mais inexorablement et en douceur, pour que les gens ne se rebellent pas. Toujours au nom des grands principes, nous assistons à la montée du contrôle de la pensée et des délits d’opinion. Les hommes politiques français se comportent facilement comme des donneurs de leçons sur les Droits de l’homme. Ils considèrent que leur modèle est le meilleur et indépassable. Pourtant ces lois sont contraires à l’article 18, qui garantit la liberté de pensée, et à l’article 19, qui garantit la liberté d’opinion et d’expression, de la « Déclaration universelle des droits de l’homme » de 1948 adoptée par l’ONU.

Les politiciens pervertissent la Loi, là est la source de tous les totalitarismes. Le socialisme est totalitaire par essence. C’est une construction artificielle. Il doit contraindre les gens à s’y soumettre, tout contrôler, et sanctionner les déviants rendus responsables de son échec. Si ce n’est pas « par principe d’humanité » comme l’écrivait Carrier, c’est « au nom de l’intérêt général » que nos Droits individuels sont écrasés. Les seuls génocides sont des génocides d’État. Le but est la création d’un homme nouveau, d’une race pure, d’un territoire purifié. Même si pour cela il faut éradiquer complètement l’homme ancien. Le pouvoir d’État est un pouvoir absolu sur les êtres et les choses, incluant un pouvoir arbitraire de vie et de mort. Comme disait Trotski celui qui veut manger doit obéir. Ce qui veut dire « qui veut vivre doit se soumettre, quitte à détruire les autres pour ne pas être broyé ». Le totalitarisme dévore ses propres enfants. Le génocide n’est pas un accident, mais son aboutissement logique.

Il ne peut y avoir de génocide dans un pays où les individus sont libres. Ni contre son propre peuple, ni contre un peuple étranger. Il n’y a ni guerres, ni massacres, quand on peut échanger librement des biens et des services, quand la prospérité des uns entraîne celle des autres. Il n’y a ni guerres, ni massacres, quand la Loi n’est pas pervertie et qu’elle défend les Droits naturels de chaque homme : la Liberté, la Propriété, la Personne et la Vie. Il n’y a ni guerres, ni massacres, quand il n’y a pas de pouvoir absolu. Quand le pouvoir, y compris celui de l’État est strictement borné par les Droits individuels. Quand il n’y a pas de clientélisme, et qu’il n’y a aucun privilège à attendre d’un quelconque pouvoir. Quand personne, fut-il élu à la majorité, ne peut porter atteinte à autrui. Quand il n’y a pas de « spoliation légale ».

Chacun de nous tient certainement de la nature, de Dieu, le droit de défendre sa Personne, sa Liberté, sa Propriété, puisque ce sont les trois éléments constitutifs ou conservateurs de la Vie. (…) Le Droit collectif a donc son principe, sa raison d’être, sa légitimité dans le Droit individuel ; et la Force commune ne peut avoir rationnellement d’autre but, d’autre mission que les forces isolées auxquelles elle se substitue. (…) Ainsi, comme la Force d’un individu ne peut légitimement attenter à la Personne, à la Liberté, à la Propriété d’un autre individu, par la même raison la Force commune ne peut être légitimement appliquée à détruire la Personne, la Liberté, la Propriété des individus ou des classes. (…) Qui osera dire que la Force nous a été donnée non pour défendre nos Droits, mais pour anéantir les Droits égaux de nos frères ?

— Frédéric Bastiat, « La Loi. »

Veillons à préserver nos Droits individuels !

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