L’Europe ! L’Europe ?

Il semblerait que pour certains, l’Europe puisse être invoquée quelle que soit la nature du problème

Il semblerait que pour certains, l’Europe puisse être invoquée quelle que soit la nature du problème.

Par Domi

Imaginons qu’un pays régulièrement frappé par les inondations, se décide à accueillir Superman sur la base de cette promesse : « Superman, vous nous protégez contre les inondations! ».

Une nouvelle inondation frappe le pays en question mais Superman, loin de sauver qui que ce soit est au bord de se noyer lui-même. Finalement, il échoue inconscient au sommet d’un arbre émergeant du déluge. Les éléments sont déchainés autour de Superman et, son sort étant connu, les dirigeants du pays lancent une campagne auprès de l’opinion : « il faut sauver Superman ! ». Seulement, les éléments sont déchainés à un point tel que plusieurs équipes de secours échouent dans cette tâche, le payant de leur vie. Une question se fait alors entendre dans l’opinion : « pourquoi faudrait-il à tout prix sauver Superman ? ».

Ce à quoi les hommes politiques ont une réponse toute trouvée : « il faut sauver Superman parce que Superman va nous sauver ! Sans Superman, ce serait le déluge, l’apocalypse ! » Une partie de l’opinion, ayant peu d’égard pour la clairvoyance naturelle de ses dirigeants se permet alors d’insinuer stupidement qu’on leur avait déjà promis que Superman devait les sauver et que rien de tout cela ne s’est passé, que d’ailleurs c’est Superman qui dort tranquillement au sommet de son arbre qui a nécessité un sauvetage et bref… que tout cela n’augure rien de bon quant aux capacités de Superman à sauver qui que ce soit à l’avenir.

Remplacez le pays imaginaire par nos pays européens, ses dirigeants par nos dirigeants (je vise particulièrement la partie de la classe politique française qui a appelé à voter oui aux différents traités européens), Superman par l’euro, les inondations par les crises (financières, crises de la dette, etc) et vous aurez à peu près la situation que nous vivons.

À cet impératif de sauver l’euro, notre classe politique ajoute le renforcement de l’intégration européenne pour résoudre la crise, en soutenant la mise en place d’un fonds de secours européen ou la possibilité pour les banques centrales d’acheter directement la dette des États (ce que les statuts de la BCE ne permettent pas).

Le problème est que la méthode qu’ils préconisent aujourd’hui, ils la rejetaient vigoureusement hier. Les traités européens avaient gravé dans le marbre le principe interdisant le sauvetage d’un pays qui ferait défaut. Le seul point commun est la conclusion : il faut plus d’Europe.

On vous dit au départ que vous pouvez mettre un seul pied dans la construction européenne, que les pays conserveront leur souveraineté mais aussi la contrepartie de celle-ci leur responsabilité. Chaque pays paiera les conséquences de ses erreurs. Ce système intermédiaire est censé garantir la prospérité de tous.

Le système mis en place ne présentant aucun des avantages proclamés, il vous est instamment demandé de consentir au passage à la phase supérieure, qui hier encore était rejetée (promis juré) la main sur le cœur. Le produit vendu ne présentait pas les caractéristiques promises par la publicité ? Passez au modèle supérieur plus coûteux ! Quelle crédibilité accorder à des gens qui renversent totalement leurs arguments pour parvenir toujours à la même conclusion ? Surtout comment ne pas avoir l’impression, si l’on est un tant soit peu réticent à l’égard de la construction européenne, d’être pris pour un imbécile par ceux qui la promeuvent ?

Il semblerait que pour certains, l’Europe puisse être invoquée quelle que soit la nature du problème. La dette ? L’Europe va l’absorber ! Le chômage ? L’Europe va résoudre le problème ! Le racisme, la pauvreté ? L’Europe ! L’eczéma, les cors aux pieds, les hémorroïdes ? L’Europe vous dit-on !

Pour qui ne veut pas se contenter de slogan, l’Europe (le projet d’intégration européenne) est à juger à l’aune de son efficacité, efficacité qui doit être attestée par des preuves, des faits, des raisonnements, des arguments, bref rien qui ressemble aux incantations qui nous sont actuellement servies.

On peut alors poser la question suivante : « quels problèmes une communauté politique de 600 ou 700 millions de personnes résoudrait mieux qu’une communauté de 10 ou 50 millions ? » A priori, aucun mis à part peut-être le financement de plans nécessitant des investissements considérables (conquête spatiale, etc).

En l’occurrence, nous payons l’habitude prise par nos démocraties à avoir recours à l’endettement.

En quoi une collectivité plus importante serait-elle prémunie de ce vice ? En rien. Les mêmes défauts seraient présents… Seuls les gogos peuvent croire que l’Europe pourra absorber toutes les dettes, parce que l’Europe, c’est gros. Si les ressources augmentent avec la taille, les besoins et les dépenses aussi. Les mêmes attitudes conduiront immanquablement aux mêmes résultats.

Un défenseur habile de l’intégration européenne pourrait dire que ce n’est pas en ces termes que le problème se pose. Il poursuivrait en soulignant que la question n’est pas celle de la taille d’une communauté politique, mais l’opposition entre unité et division, la première seule permettant la coordination politique des intérêts. Poussé au bout, cet argument conduit à affirmer la nécessité d’un État mondial.

En fait, deux principes coexistent dans la conduite des affaires humaines : le principe d’autonomie et le principe de coordination. Parfois, une communauté politique peut vouloir appliquer un principe, parfois l’autre.

Prenons deux exemples où tour à tour l’un des deux principes semble le plus approprié.

Lorsqu’il s’agit de déterminer où les gens doivent partir en vacances, à la mer ou à la montagne, par exemple, le principe d’autonomie semble le plus approprié : chacun doit pouvoir choisir où il veut aller.

Dans le cas de la défense du pays, ce principe serait probablement moins efficace : chacun aurait intérêt à attendre que les autres assurent cette défense alors que, pour tout le monde, l’engagement de chacun dans ce projet est préférable à son abandon par tous.

Ces problématiques, présentes au sein d’une collectivité politique existent également dans les relations entre nations : parfois elles ont intérêt à choisir indépendamment ce qui est conforme à leurs intérêts, parfois à définir un projet commun.

En l’occurrence, le but de la coordination politique de niveau européen et de s’extraire des crises de la dette. Pourtant tout laisse à penser que le principe de coordination sera impuissant à résoudre les problèmes d’endettement, tout simplement parce que c’est lui qui en est à l’origine.

L’État est censé remplir les tâches que des individus laissés à eux-mêmes ne seraient pas capables d’accomplir. Il le fait au moyen de la dépense publique. De même, il promet à chacun d’échapper aux rigueurs de la responsabilité individuelle en développant l’assistanat. Au final, son incompétence de gestionnaire, son incapacité à équilibrer ses comptes sont à l’origine d’une situation pire qu’avant son intervention.

Le passage au niveau supérieur consiste à prolonger cette attitude de refus de prise en compte de la responsabilité individuelle. Dès lors, l’absorption des déficits des États par une plus grosse structure, sans limitation des pouvoirs décisionnels des États, sans autorité de contrôle, sans possibilité de les sanctionner conduirait à leur aggravation.

Assortie de contraintes effectives, elle poserait un problème démocratique : que resterait-il aux peuples à décider, comment pourraient-ils se différencier, affirmer leur identité, surtout si l’on y ajoute l’idée d’harmonie fiscale ? En quoi une technostructure internationale aurait la moindre légitimité pour sanctionner des politiques approuvées par une majorité populaire ?

Dernière solution : reporter les institutions démocratiques des États européens vers un super État européen. Cette solution ne présente ni avantage ni inconvénients par rapport à la tendance à faire des cadeaux à l’électorat au moyen de déficits.

Au final, plus ou moins d’Europe est une question extérieure au problème actuel.