Prothèses PIP: il y a urgence!

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Avant d’opérer l’ensemble des 30000 femmes concernées, il faudrait mesurer posément les risques, au lieu de s’affoler

Avant d’opérer l’ensemble des 30000 femmes concernées par les prothèses PIP, il faudrait mesurer posément les risques, au lieu de s’affoler.

Par DoM P.

On nous en parle depuis quelques jours dans tous les médias. Une avalanche d’informations qui, comme d’habitude, n’informe guère.

Quels sont les faits ?

  • 30000 personnes auraient des prothèses mammaires de type PIP.
  • il s’agit de silicone industriel et non médical.
  • huit personnes portant ce type de prothèses se sont vues diagnostiquer un cancer.
  • aucune relation de cause à effet n’a pour l’instant été démontrée entre la présence de ce type de prothèse et l’apparition d’un cancer.
  • le risque de cancer, s’il venait à être avéré, ne concernerait que les femmes dont une des prothèses au moins se serait percée, et aurait donc libéré dans le corps le silicone industriel supposément cancérigène.
  • un cancer met au strict minimum des mois, plus souvent des années à se développer.

Alors, pourquoi tout ce raffut ? Quelle est l’urgence ? L’éternel et dangereux principe de précaution est souvent invoqué. C’est, comme d’habitude, idiot . Quels sont donc les risques ?

Huit cas de cancer, peut-être liés à ces prothèses, sur 30000 personnes concernées. Ça fait moins de 0,03% (0,026%). À comparer avec le risque qu’une femme soit atteinte un jour d’un cancer du sein : 12%.

En revanche, on sait bien que toute opération chirurgicale présente des risques. L’anesthésie, tout d’abord. Certaines personnes ne se réveillent pas. Combien ? Il semblerait qu’il s’agisse, en France, de 0,45% d’entre elles. Sur ce seul critère, le risque à faire déjà est plus important – dans l’état actuel de [mes] connaissances – à celui de ne pas faire (moins de 0,03%). Mais ce n’est pas tout ! À chaque fois qu’on met un pied dans un hôpital, on risque une maladie nosocomiale. En France, on a 5% de chance, en moyenne, d’en contracter une à l’occasion d’une opération. Sur ces 5% de gens sains devenus malades, 0,5% décèderont. C’est-à-dire… 0,025% des personnes opérées. Diablement proches des 0,026% de cas de cancer peut-être liés à ces prothèses.

Inutile alors de parler du coût de l’opération, et de ses répercussions, externalités négatives, etc.

Qu’en conclure ?

Qu’il est urgent d’attendre. On peut opérer d’urgence une femme dont la prothèse se perce, car le risque est alors nettement plus grand. Mais avant d’opérer l’ensemble des 30000 femmes concernées, il faudrait savoir mesurer posément les risques, au lieu de s’affoler. Nous pourrions ainsi peut-être éviter les bêtises conséquentes à la crise de la vache folle, à la grippe aviaire, à l’amiante, etc.

Mais je ne me fais pas d’illusions. Nous continuerons à courir tel un poulet sans tête. À défaut de réfléchir, agir donne au moins l’impression de faire quelque chose. C’est important, pour l’ego…