Jeannette Bougrab: dégage !

Jeanette Bougrab vient d’apporter la meilleure preuve qu’une autorité de lutte contre les discriminations est une escroquerie bureaucratique

Jeanette Bougrab vient d’apporter la meilleure preuve qu’une autorité de lutte contre les discriminations est une escroquerie bureaucratique.

Par Aurélien Véron

Pour notre secrétaire d’État, la Tunisie, l’Iran, l’Arabie Saoudite ou l’Égypte, c’est Kif-kif bourricot. Ce jugement à l’emporte-pièces d’une apparatchik qui a oublié ce qu’est le monde hors des dorures de la république, est pathétique. Bougrab se révèle meilleure dans la tonte des contribuables, si on se rappelle sa présidence de la HALDE à 6.900 euros par mois (elle avait tenté de se passer en douce à 14.000 euros par mois avant d’être démasquée) avec en plus une secrétaire, une assistante personnelle et une voiture avec chauffeur sans parler de « l’indemnité de résidence ». Et tout ça pour quoi, je vous le demande ? Pour finir en nous annonçant doctement que les Arabes votent mal, et que les musulmans pratiquants sont des monstres en puissance, c’est assez fort.

Tuez et torturez-les tous, dieu reconnaitra les siens.

Son argument a longtemps été celui qui a justifié le maintien au pouvoir de Ben Ali, de Moubarak, d’El Assad ou, encore aujourd’hui, de Bouteflika. Tuez et torturez-les tous, dieu reconnaitra les siens. Ça vaut toujours mieux que de risquer d’avoir des islamistes au pouvoir. Jamais elle ne s’est demandée si des porcs comme Ben Ali ne nourrissaient pas la montée d’un conservatisme prétendument éthique et respectueux des ailleurs de la société civile, voire d’un islamisme plus virulent en Égypte ? Alors elle nous parle d’islamistes, mais des islamistes comment ? Comme l’AKP d’Erdogan en Turquie ? Ou comme les wahhabites saoudiens financés et protégés par les États-Unis… et un peu l’Europe ? Personne, et surtout pas elle, ne s’est vraiment penché sur les expériences, les attentes, les clivages récents des différents mouvements qui ont une chance d’accéder au pouvoir au Maroc, en Tunisie ou en Égypte. Ce dernier se prépare peut-être à des jours bien sombres avec l’arrivée conjointe des salafistes et des frères musulmans, quoique. L’observation fine de ces derniers révèle son lot de surprises. Mais après, le Maroc et la Tunisie ne sont pas comparables.

Un sentiment de déclassement collectif vis-à-vis de l’Occident railleur.

Aujourd’hui, j’ai rencontré plusieurs responsables d’Ennahda à Tunis, ainsi que le fils de l’un des deux fondateurs du mouvement il y a 30 ans. Surprise, la première remarque que j’entends du responsable présent, c’est la sincère reconnaissance envers la France de l’avoir accueilli pendant 10 ans comme réfugié politique. La leçon qu’il a retenue de son combat et de ces nombreuses années passées en France, c’est que la liberté est une valeur qu’il juge essentielle, tout bon « islamiste modéré » qu’il soit. Pour lui, il n’est pas question de la restreindre en Tunisie. Le succès du parti ? La quête identitaire d’un pays qui a progressivement perdu tous ses repères sous la main de fer de l’ancien régime, et qui vit un sentiment de déclassement collectif vis-à-vis de l’Occident railleur. Occident qui regarde encore la Tunisie de haut en se déclarant « vigilant » (dixit Juppé) comme un vigile de grande surface face à la caillera. Sympathique.

Évidemment, il ne faut pas être naïf. La plupart des responsables de ce parti ont été torturés et ont passé de nombreuses années dans les geôles tunisiennes, souvent sans livres et sans journaux pour être coupés du monde et des idées. C’est une vieille garde usée et éloignée des préoccupations plus prosaïques des Tunisiens. Ils n’aiment pas le salafisme importé mais doivent composer avec les marginaux qui le défendent avec virulence, au risque de perdre leur crédibilité en jouant avec le feu. Ils n’ont pas de réponse construite pour lutter contre le chômage et pour la prospérité. Quoi qu’on en ait dit, la liberté économique à reculé sous les années Ben Ali. Aujourd’hui, les attentes des Tunisiens sont essentiellement tournées vers l’emploi, et la croissance. Ils doutent d’eux-mêmes face aux difficultés à surmonter. Les partis dont j’ai pu rencontrer les représentants n’ont pas de problème à travailler avec Ennahda, ou à le traiter comme une opposition légitime. Ils savent que l’enjeu est essentiellement économique dorénavant. Et ceux qui se sont le plus opposés au retour des valeurs identitaires (la gauche dure en général), ont fait des scores dérisoires.

Sans le savoir, Jeanette Bougrab vient d’apporter la meilleure preuve qu’une autorité de lutte contre les discriminations est une escroquerie bureaucratique qui n’aime ni la liberté chez les autres, ni les pratiques qui sortent de la charia républicaine.

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