Le printemps arabe sonnera-t-il l’hiver de l’islamisme terroriste?

Les révoltes arabes ont-elles permis l’ouverture du champ politique à un islamisme modéré?

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Le printemps arabe sonnera-t-il l’hiver de l’islamisme terroriste?

Publié le 7 décembre 2011
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L’échec des idéologies nationalistes et socialistes reniant aux citoyens arabes la liberté politique mais aussi la liberté économique avait fini par faire le lit de l’islamisme violent. Le printemps arabes a-t-il cette fois-ci sonné le glas de l’islamisme terroriste et ouvert le champ politique à un islamisme modéré ?

Par Hicham El Moussaoui
Article publié en collaboration avec UnMondeLibre

Du succès d’Ennahda en Tunisie à celui attendu de la Liberté et Justice (LJ) en Égypte en passant par celui du Parti pour la Justice et le Développement (PJD) au Maroc, le triomphe des partis islamistes conservateurs avec une teinte modérée en Afrique du Nord s’impose comme une réalité incontournable. Le printemps arabe, en ouvrant le champ politique aux islamistes, sonnera-t-il la fin de l’islamisme-terroriste ?

L’échec des idéologies nationalistes et socialisantes ont fait le lit de l’islamisme

Dans l’euphorie des indépendances, les pays arabes se sont lancés dans des politiques nationalistes qui se sont traduites par de grosses erreurs en matière de politique économiques comme le protectionnisme et la substitution aux importations qui n’ont fait qu’aggraver la dépendance des pays arabes. Un comble pour des pays cherchant à consolider leur souveraineté. Ensuite, c’était autour des politiques socialisantes qui ont fait de l’État providence le pivot de toute stratégie de développement. Cela a donné lieu à l’émergence d’économies rentières puisque l’omniprésence de l’État a été détournée par des groupes de pressions pour s’approprier les ressources nationales et monopoliser l’essentiel des marchés et des activités. Résultat : un verrouillage du système politique et économique, ce qui n’a fait qu’exacerber les tensions sociales et radicaliser les revendications.

La crise des sociétés arabes a atteint son paroxysme dans les années 80 quand la majorité des économies arabes s’est retrouvée avec un tel endettement qu’elles étaient contraintes au rééchelonnement et à l’application de politiques d’austérité. S’ensuit un désengagement brutal et mal préparé de l’État sans que le privé puisse prendre le relai du fait d’un climat des affaires hostile, ce qui s’est traduit par un grand déficit économique et social (chômage, délabrement des infrastructures dans l’enseignement, la santé et le logement…) précipitant de larges couches sociales dans la pauvreté. En l’absence d’ascenseur social, les citoyens ont fini par comprendre que leur situation n’était pas seulement le fruit d’une conjoncture défavorable, mais bien des mauvais choix et de la corruption de leurs dirigeants. L’échec des idéologies nationalistes et socialistes reniant aux citoyens arabes la liberté politique mais aussi la liberté économique a fini par faire le lit de l’islamisme violent.

Les révoltes arabes ont-elles sonné le glas de l’islamisme terroriste ?

Les citoyens dans les pays arabes ont subi une double humiliation : d’abord celle de la colonisation, ensuite celle de la dictature. Les mouvements islamistes terroristes sont nés de la volonté de renverser ces régimes, jugés complices d’un certain néo-colonialisme. Mais, comme ils étaient exclus de la participation au système politique verrouillé à double tour avec la complicité des puissances occidentales, ils ont joué la carte du terrorisme et de la violence pour faire pression sur les dictateurs, notamment en touchant des secteurs stratégiques comme le tourisme.

L’avènement du printemps arabe a brisé le mur de la peur et a fait prendre conscience aux peuples arabes qu’ils peuvent se réapproprier leur souveraineté et leur dignité souillées par tant d’années de répression et d’humiliation. Dans toutes les manifestations on ne voyait pas de slogans religieux comme « l’Islam est la solution » que l’on brandissait à volonté dans les années 80 par exemple. Les manifestants revendiquaient la dignité, la liberté et l’emploi. Le projet des extrémistes, de ré-islamiser et de radicaliser les sociétés arabes afin de l’amener à une confrontation directe avec l’occident, avec en lame de fond la nostalgie de réhabiliter la grandeur de la civilisation arabo-musulmane, est en train de battre de l’aile. Une chose est sûre est qu’à part les coups d’éclats médiatiques, Ben Laden, le promoteur de l’islamisme-terroriste a échoué à séduire les sociétés arabes particulièrement les jeunes. Ironie de l’histoire, ceux-là même, grâce à leur courage et aux « armes » facebookéenne » et « twittérienne », ont été à l’origine du renversement des régimes despotiques anti-islamistes.

Aussi les extrémistes occidentaux, les opportunistes politiques et populistes qui surfaient sur cette vague d’islamisme radical se sont fait prendre de court quand ils voyaient l’abnégation des manifestants dans leurs revendications des valeurs de paix, de liberté et de démocratie. Les héros du printemps arabe ont renvoyé dos à dos les extrémistes des deux bords. En renversant pacifiquement les dictatures, les jeunes arabes ont de manière non intentionnelle ouvert le champ politique aux islamistes se revendiquant comme modérés délégitimant de ce fait tout retour à l’islamisme terroriste et à la violence comme moyen de contestation politique. Ils leur donnent l’opportunité historique de bâtir un vrai islamisme modéré et réconcilier l’Islam avec la démocratie.

Une telle réconciliation et donc la consolidation d’un vrai islamisme modéré ne peuvent avoir lieu sans la réalisation de deux conditions.

Primo, pour ne pas remplacer une autocratie par une autre, il est indispensable que les partis promis au pouvoir dans les pays arabes fassent leur mue. Ils doivent mener une réflexion sérieuse et profonde sur l’État séculier et sa compatibilité avec l’héritage islamiste de manière à sortir avec des solutions novatrices capables de répondre aux aspirations de liberté et de démocratie exprimées par les révoltes arabes.

Secundo, si tous les islamistes ne jurent aujourd’hui que par le modèle turc de l’AKP, il est indispensable de rappeler ici que si les islamistes turcs n’ont pas remis en cause l’héritage Kémaliste, ce n’est pas uniquement par tradition modérée, mais aussi grâce à la vigilance de l’institution militaire et d’une société civile active (patronat, classe moyenne et élites intellectuelles). D’où l’importance cruciale de la vigilance des peuples arabes lors de la prochaine rédaction des nouvelles constitutions qui devraient institutionnaliser ces contrepoids pour une meilleure séparation et équilibre des pouvoirs. Cela permettra de prévenir toute tentative de revenir sur les acquis en matière de liberté et de démocratie. De même, des organisations indépendantes et fortes, qui viendront faire contrepoids aux organisations islamistes, sont essentielles pour résister aux forces anti-démocratiques, faute de quoi les démocraties arabes naissantes risquent de rechuter dans l’autoritarisme et dans l’islamisme violent.

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  • Entièrement d’accord avec le commentaire ci-dessus .
    Mme Bougrab qui a osé souligner que l’islamisme modéré était une invention a été accusée de « haute trahison » par le directeur de cabinet d’un ministre du gouvernement ( pas le moindre ) !
    Ce qui prouve le niveau jusqu’où s’est infiltré cette volonté de camoufler l’avancée islamiste au pôle sud de ce qui devait être l’Union méditerranéenne .

    Il faut se rendre à l’évidence : le travail de formatage qu’effectue cette religion depuis l’enfance + notre propre abandon des valeurs morales du christianisme ( qui aurait pu séduire une partie des musulmans ) a abouti à ce résultat .
    C’est à dire l’islamisme pour seul recours ( refus de notre société moderne ) , et tout ce qu’il signifie , pas seulement dans son imaginaire et diplomatique forme « light » .

    Tout ceci se finira comme prédit il y a bien longtemps en Israël ( pays reconstitué en 1948 )

  • …”faute de quoi les démocraties arabes naissantes risquent de rechuter dans l’autoritarisme et dans l’islamisme violent.” Mais c’est bien ce qui est en train de se passer sous nos yeux, non?

    Je ne comprend pas cet article qui me semble être avant tout un déni de réalité. L’hypothèse du risque dont il est question dans la phrase mise en exergue, se transforme ces jours en réalité: il suffit d’observer les derniers résultats électoraux du Maroc jusqu’en Egypte pour se rendre compte de l’étendue du désastre que représente la montée, non pas de l’islamisme, terme à usage d’occidentaux naïfs, mais de l’Islam tout simplement. Le montage sémantique qu’est le “printemps arabe” n’est qu’un très médiocre paravent: je ne vois pas de démocratie naissante sur toute la côte Sud de la Méditterrannée.

    Tout au contraire. En effet, est emblématique une des premières déclarations de Mustapha Abdeljalil, nouveau maître à Tripoli, aux premières heures de la mise en place du gouvernement de transition: “Nous sommes un pays islamique. L’islam sera au coeur de notre nouveau gouvernement”. Largement suffisante pour permettre à l’observateur de comprendre la direction que prennent ces pays mentionnés ci-dessus et devrait faire frémir quiconque est attaché à la liberté.

  • D’abord, quand je dis que les islamistes turcs n’ont pas remis l’héritage kémalise, je ne nie pas l’existence de tentatives de leur part. D’ailleurs, dans la phrae qui suit, j’explique que c’est grace au contre-poids de la société civile et des militaires. Mainenant, il ne faut pas voir les choses par le prisme des standards des occidentaux. Ainsi, lorsque certains relèvent la montée du port de voile, on en dèduit hativement une islamisation de la société. La question est de savoir si ces femmes le portent par conviction ou par contrainte. Le problème viendra de l’existence de coercition ou d epressions, pas d’un choix délibéré et convaincu. Ce qui devrait retenir notre attention est le respect de la liberté de choix. Concernant la liberté d’expression, il y a pas mal de journalistes qui sont emprisonnés, certains le sont c’est vrai de manière arbitraire et d’autres de manière jusitifiée. Ici c’est l’indépendance de la justice qui est en jeu. Quelles preuves e possédez-vous sur l’aservissement de la justice en Turquie? Certains militaires dont vous parlez préparaient un coup d’Etat.
    L’silamisme est un courant politique qu’il faudrait distinguer de l’Islam car dans le premier on aprle d’homme à la recherche de pouvoir et que pour atteindre leurs buts, ils peuvent sacrifier beaucoup de droits et de libertés. Ceci est valable pour n’importe quel politique. Ce qui fait la différence, est-ce que l’on dispose de contre-pouvoirs pour prévenir les abus. En Turquie il y en a, dans les autres pays arabes pas suffisamment.

  • La religion n’est pas une entité autonome pour faire du formatage. C’est un outil aprmi d’autres qui peut, s’il est bien utilisé, contribuer à faire avancer une société, mais s’il est mal utilisé, il la ménera vers sa perte. L’Islam n’est pas une excpetion parmi les autres religions. Elle a été et sera encore instrumentalisée pour des fins politiques par des ambitieux à la recherche du pouvoir. Il est plausible que les islamistes aujourd’hui avancent masqués, comme n’importe quel politique d’ailleur qui vous promet des monts et merveilles, et par la suite vous déchanterez. Pour les citoyens arabes, l’enjeu n’est pas d’ergoter sur la sémantique modèrè ou salafiste ou je ne sais quoi, mais de réfléchir aux mécanismes susceptibles de limiter l’abus de pouvoir par n’importe quel politique élu.

  • Vous cherhez peut-etre une démocratie à la carte ? car je ne comprends pas que l’on rabache les orielles des arabes des décennies durant sur le manque de démocratie et quand ils vont voter (meme si je réduis pas la démocratie au vote), on leur dit quelle betise avez-vous faite en votant pour les barbus. C’est aussi bien hypocrite que risible. Si les islmaistes montent aujourd’hui c’est parce que des puissances occidentales ont soutenu des dictateurs et ont opprimé ces électeurs à qui vous leur niez la liberté de choisir.
    Dans mon article je ne renie pas la réalité, mais je suis lucide et je précise clairement qu’il y a des risques. Mais contrairement à certains je ne fais pas de procès d’intention car je n’aime pas le dirigisme intellectuel.
    Assimilier la montée de l’Islamisme à l’Islam, mais de quel Islam parle-t-on ? Il ne faut pas tomber dans des raccourcis très glissants car les muslmans aspirent plus que vous à batire un islam éclairé. et si le prix à payer pour y arriver, devrait passer par porter au pouvoir des islamistes qui ne sont pas èclairés, c’est le seul moyen pour pouvoir construire quelque chose de nouveau par la suite. Mais tant que l’on marginalise ces gens-là ils fondront leur réputation sur la victimisation. Autant voir ce qu’ils ont dans le ventre, tout en se protégeant institutionnellement, et laissons le jeu de la démocratie faire le reste. Quand les gens s’appercevront peut-etre de leur inacapacitè à répondre à leurs attentes, ils les déposeront tout simplement. Car aujourd’hui, le speuples arabes ont brisé le mur de la peur. Et surtout laissons-leur du temps…avant de se lancer dans des conclusions hatives.

  • « Si les islamistes montent aujourd’hui c’est parce que des puissances occidentales ont soutenu des dictateurs et ont opprimé ces électeurs à qui vous leur niez la liberté de choisir. »
    (El Moussaoui)
    Trop facile de nous imputer tous les échecs des pays musulmans. Les dictatures, la gabegie, l’incompétence et la corruption s’auto-alimentent sans qu’il y ait besoin de bouc émissaire extérieur. L’Occident a été le débouché pour leur pétrole et les marchés ont besoin de stabilité. De là à les accuser de tous les maux…

    « Quand les gens s’apercevront peut-être de leur incapacité à répondre à leurs attentes, ils les déposeront tout simplement. »
    (El Moussaoui)
    Sauf que les théocraties verrouillent le système par l’incarcération et le meurtre des dissidents, et en figeant la société dans la terreur. Cf l’Iran.
    Ce n’est pas à la Turquie qu’il faut comparer ce qui se passe après les « printemps arabes », mais à l’hitlérisme qui achetait le bulletin de vote avec des aides sociales et la promesse de rendre leur dignité au peuple. Nationalisme et socialisme. Je crains que ce soit cela qui se passe avec la mise en place de la charia qui n’est rien d’autre qu’un totalitarisme, puisque Coran est la loi qui règle tous les aspects de la vie de l’individu : des théocraties, des dictatures à l’iranienne. Les opposants ne déposeront personne, car ils seront définitivement muselés.

    « L’échec des idéologies nationalistes et socialistes » ? (dans votre titre)
    Au contraire, leur triomphe définitif ?

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