Investissement: tenter d’être rationnel dans un asile de fou

Conseil (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

Étant donné le désastre économique qui attend l’Europe, comment l’investisseur doit-il construire son portefeuille?

Étant donné le désastre économique qui attend l’Europe, comment l’investisseur doit-il construire son portefeuille?

Par Charles Gave

Comme je n’ai cessé de le clamer depuis trop longtemps, l’Euro est en train d’amener l’Europe dans un désastre d’autant plus inimaginable qu’il n’était pas nécessaire. Du coup, beaucoup de lecteurs, impressionnés par ma capacité à prévoir ce coup-là, Madame Irma, me demandent : «  Mais qu’est qui va se passer maintenant ?»

La réponse est simple : je n’en ai pas la moindre idée. Les génies qui ont créé l’Euro ont bâti un système qui ne peut pas marcher et dont on ne peut pas sortir. Prévoir ce qui va se passer, c’est essayer d’être rationnel dans un asile de fou, tâche impossible s’il en est. En revanche, si je n’ai aucune idée de ce qui va se passer dans les semaines ou les quelques mois qui viennent, je sais très bien où nous en serons d’ici deux ou trois ans. Et donc, la solution pour l’investisseur doit être de construire son portefeuille en prenant en compte ce que nous avons déjà avec une grande certitude. Mais « qu’est-ce que c’est, mais qu’est ce que c’est », me demande alors le lecteur prudent.

Ce que je sais :

1. Tout ou partie de l’Europe a vécu au-dessus de ses moyens, parfois depuis des lustres, en empruntant pour « stimuler la consommation » et donc  financer des déficits budgétaires qui à la longue sont insoutenables. Cela veut donc dire que la consommation européenne a été  déterminée par la somme « argent gagné+ argent emprunté ». D’ici très peu de temps la consommation va devoir s’aligner sur une nouvelle loi d’airain puisque nous ne pourrons plus emprunter qui sera consommation=argent gagné – remboursement de la dette passée. Nous allons donc tout droit vers un effondrement de la consommation en Europe. La  première conclusion financière est donc toute simple : n’avoir aucune valeur de consommation dans son portefeuille.

2. Cet écroulement inéluctable de la consommation veut dire que la consommation de matières premières et de pétrole va beaucoup baisser en Europe et que donc le prix du pétrole et des autres matières premières  va baisser fortement.  Quand l’Asie a sauté dans des circonstances similaires en 1998, le prix du pétrole est passé en quelques semaines de $22 dollars par baril à $10 dollar par baril. Il faut donc vendre toutes les valeurs de matières premières.

3. Cette baisse des matières premières est équivalente à une forte baisse des impôts pour les États-Unis et l’Asie. On peut donc y acheter des valeurs de consommation locales ainsi que de l’immobilier et des financières, surtout en Asie.

4. Cette baisse de la consommation va se traduire par une forte récession en Europe. Comme une grande partie des recettes fiscales sont indexées sur la TVA, laquelle repose sur la consommation, les recettes vont s’effondrer et donc les déficits budgétaires vont exploser. Comme les taux d’intérêts sont très supérieurs aux taux de croissance, le financement de la dette étatique va devenir impossible et il nous faudra réformer les dépenses étatiques dans la douleur, un peu comme la Grèce et l’Espagne sont en train d’en faire l’expérience. Il ne faut donc pas avoir une action d’une société qui aurait l’État comme client, ou que l’État contrôlerait.

5. La dette étatique qui a été créée à tout va depuis si longtemps n’a financé aucun actif productif mais juste des transferts sociaux pour gagner des voix à la prochaine élection. Cette dette constitue le principal actif de tout le secteur financier et elle ne vaut en aucun cas sa valeur à l’achat. Le secteur financier est donc en faillite virtuelle. Comme je le dis depuis des mois et des mois, il ne faut avoir aucune valeur financière.

Résumons nous en revenant aux grands économistes du passé.

  • Il faut vendre tout ce qui a prospéré en s’appuyant sur des analyses keynésiennes ou marxistes et qui bénéficiât de la croissance ininterrompue d’un État obèse.
  • Il faut vendre tout ce qui touche de prés où de loin à Malthus (trop de Chinois, pas assez de pétrole) puisque nous rentrons dans une période où il va y avoir trop de pétrole et pas assez d’Européens qui pourront l’acheter.
  • Il faut acheter Schumpeter, c’est-à-dire toutes les sociétés à forte valeur ajoutées intellectuelles, l’endroit où elles sont cotées important peu.
  • Il faut acheter Ricardo, c’est-à-dire les valeurs qui participeront aux investissements d’infrastructure au Brésil, en Chine, en Inde, etc., là encore l’endroit ou elles sont cotées n’ayant aucun intérêt encore une fois. Il faut avoir son cash en dollars et ses obligations en monnaies asiatiques pour les raisons que j’ai souvent mentionnées dans le passé. Il faut construire ce portefeuille dans les semaines qui viennent tant le dénouement de cette crise se rapproche. À ce stade, Pythie ou Cassandre, je laisse le lecteur choisir.

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