Des complots partout

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La dernière théorie du complot en date, celle concernant DSK, peut difficilement être prise au sérieux

La dernière théorie du complot en date – celle concernant DSK victime d’un complot de l’UMP – peut difficilement être prise au sérieux.

Par Guy Sorman

En 1797, l’abbé Augustin Barruel publia un ouvrage à succès qui expliquait la Révolution française par un complot maçonnique: la Loge Illuminés de Bavière en aurait conçu l’exécution dans les moindres détails. Cet ouvrage connut une fortune remarquable, tout au long du 19e siècle.

Dans la même veine, on sait que John Kennedy ne fut pas assassiné par Lee Oswald mais par la maffia, de concert avec Franck Sinatra et Marylin Monroe. La révolution bolchévique fut l’œuvre des Juifs, selon un programme arrêté depuis longtemps par le Protocole des Sages de Sion. L’attentat du 11 septembre fut perpétré par le Mossad ou la CIA, au choix variable selon les auteurs. Un livre de Thierry Meyssan sur ce sujet fut en France, un succès de librairie. Cette semaine, l’état-major de l’armée égyptienne déclare que les révolutionnaires de la Place Tharir obéissent à une main étrangère.

Bienvenue donc à Edward Epstein qui a commencé sa carrière de journaliste aux États-Unis en soutenant la thèse du complot contre Kennedy. Il récidive ce jour dans le New-York Review of Books, revue littéraire de gauche en déclin – les journaux sérieux où on vérifie l’information ne l’aurait pas publié – en laissant entendre que DSK fut au Sofitel de Manhattan, victime d’un complot manigancé par l’UMP. Epstein n’avance que par insinuation, invente des faits (une danse joyeuse du personnel après le retour de Mme Diallo!), laisse entendre que si DSK avait perdu son téléphone, c’est que, nécessairement, on lui avait volé pour le piéger. Madame Diallo était donc un agent de l’Élysée qui avait deviné par avance que DSK était ce matin-là, en état de manque.

Ce qui fascine dans les théories du complot, ce ne sont pas les auteurs de ces fictions – tout plumitif sait trousser une histoire à dormir debout – ce sont les croyants. Par quel mécanisme mental en vient-on à nier l’évidence, à réfuter toute démonstration logique, pour se rabattre sur des histoires de cape et d’épée?

On est tenté de rapprocher les théories du complot avec les idéologies politiques: les unes et les autres tiennent lieu d’intelligence du monde, remplacent l’intelligence et la connaissance. Inutile d’apprendre pour comprendre: une clé ouvre toutes les portes, les Francs-Maçons, les Juifs, les services secrets, la maffia, les capitalistes, au choix. Plus c’est simple, plus l’explication sera séduisante et difficile à contrer. L’abbé Barruel aujourd’hui encore, compte de nombreux adeptes.

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