Twitter apprend la tolérance

La tolérance s’acquiert, Twitter est une magnifique thérapie pour y arriver

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Twitter apprend la tolérance

Publié le 23 novembre 2011
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La tolérance s’acquiert, Twitter est une magnifique thérapie pour y arriver.

Par Yoani Sánchez, depuis La Havane, Cuba

Il y a quelques années j’avais un tic de langage qui s’intercalait entre deux phrases. Une répétition de la question « tu me comprends ? » capable de déranger mes amis les plus compréhensifs. Je le disais au moment le moins opportun et un jour quelqu’un me fit la leçon : « pourquoi penses-tu que je ne te comprends pas ? Et si c’était toi qui ne savais pas expliquer ? » Le langage a ainsi en lui la capacité de nous déshabiller et de nous laisser à l’air libre ; les paroles révèlent ce que nous cachons sous le vernis de la bonne éducation. Les réseaux sociaux en particulier se sont constitués comme une passerelle que nous traversons en petite tenue, face au regard scrutateur des lecteurs, des amis et de l’immense légion de critiques. Chaque monosyllabe que nous écrivons pour ces conglomérats d’opinion nous trahit et nous déshabille.

Je me souviens qu’à mes débuts sur Twitter ma voix était plus maladroite, moins au fait de la pluralité que peut héberger un espace de cette nature. Depuis août 2008, où j’ai ouvert mon compte sur ce service de micro-blog chaque bloc de 140 caractères publié a fait de moi une personne plus tolérante et plus respectueuse. D’où ma surprise à la réplique de Mariela Castro [1] à la question que je lui avais posée dans un tweet : Quand, nous Cubains, pourrons-nous sortir des autres placards ?

L’attaque personnelle dans sa réponse m’a laissée sans voix. Je n’espérais pas une main tendue pour le dialogue, c’est certain, mais je ne m’attendais pas non plus à une telle arrogance. Il est sûr que j’ai besoin d’étudier comme elle me l’a suggéré, je le ferai et je continuerai à le faire jusqu’à ce que mes yeux ne puissent plus distinguer les lignes sur les livres et que mes doigts rhumatisants ne puissent plus taper sur un clavier. Cependant j’ai déjà appris qu’écarter une question au motif que celle qui la pose n’a pas fait suffisamment d’études tient de l’arrogance. Face à une telle réaction de quelle attaque sera l’objet un paysan qui vient de terminer l’école primaire s’il s’adresse à la directrice du Centre National d’Éducation Sexuelle ?

Je crois pourtant que de la même manière que ce tic idiot dont j’ai souffert à une époque, l’attaque verbale est une habitude dont on peut guérir. La voix s’entraîne, la tolérance s’acquiert, l’oreille s’ouvre pour écouter l’autre. Twitter est une magnifique thérapie pour y arriver. Je suppose qu’au fil des jours, et tout en continuant à publier, Mariela Castro comprendra mieux les règles du dialogue démocratique, sans hiérarchie, dans lequel personne ne prétend donner des leçons à personne. Le moment venu, je l’attends pour converser, prendre un café, « étudier » ensemble – pourquoi pas ? – le long et dur chemin qui nous reste à parcourir.

—-
Sur le web
Traduction: Jean-Claude Marouby

Note :
[1] Mariela Castro Espín est la directrice du Centre national d’éducation sexuelle de Cuba situé dans la capitale cubaine et une activiste pour les droits des homosexuels dans ce pays suivant les traces de sa défunte mère, Vilma Espín. Elle est la fille du président de la république cubaine, Raúl Castro et donc la nièce de Fidel Castro (source : wikipedia).

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  • Article intéressant.

    Il pourrait sûrement être mis en parallèle avec la tradition de disputatio sur laquelle s’est construite notre liberté.

    On pourrait alors compléter la tolérance ( pour l’autre certainement, de ces idées beaucoup moins) avec l’intérêt commun, partagé, de l’étude, de la recherche ; Recherche de quoi d’ailleurs ? D’un lieu commun pour vivre ensemble, d’éléments divers ou, mieux, d’une vérité acceptée préalablement comme unique malgré nos approches différentes ?

  • J’ai les deux en contact Twitter, je confirme: Mariela Castro est à vomir.

    Tout mon soutien à Yoani Sanchez

  • Les commentaires sont fermés.

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