Allocation universelle, redistribution classique

La liberté, c’est simplement « Do not tread on me »

En contrepoint à l’article d’Alain Cohen-Dumouchel, « L’allocation universelle libérale ».

La première étape, pour le liberticide, est de corrompre le langage. La gauche est experte en ce domaine. Hier, elle appelait le socialisme soviétique « démocratie réelle » ; aujourd’hui, elle appelle l’interventionnisme étouffant « liberté réelle ».

Régulièrement, lorsqu’on évoque l’avenir de nos systèmes de « protection sociale », il est fait mention de l’allocation universelle, dont le principe est de verser, sans condition, à tous les citoyens, un revenu de base cumulable avec tout autre type de revenu. Défendue sous des appellations et pour des motifs divers par des universitaires et des militants, des hommes d’affaires et des syndicalistes, des formations politiques de droite et de gauche, des mouvements sociaux et des organisations non gouvernementales, l’allocation universelle se base sur une dangereuse argumentation qui a son meilleur défenseur en la personne de Philippe Van Parijs, co-auteur de L’allocation universelle. Pour Van Parijs, la liberté réelle exigerait que soit réparti de manière égale tout ce qui nous est donné, y compris les biens que nous obtenons, tout au long de notre existence.

La thèse sur laquelle repose l’allocation universelle est que la liberté ne se comprend pas de manière négative, comme absence de coaction, mais comme possibilité d’action. Cela conduit les défenseurs de cette proposition à confondre liberté et opportunité. Une personne qui, pour quelque raison que se soit, ne dispose pas de l’argent nécessaire pour se payer une entrée au cinéma serait-elle moins libre ? Par contre, un détenu qui est logé et nourri gratuitement, serait-il plus libre ? Tout ceci est, évidemment, absurde.

La première étape, pour le liberticide, est de corrompre le langage. La gauche est experte en ce domaine. Hier, elle appelait le socialisme soviétique « démocratie réelle » ; aujourd’hui, elle appelle l’interventionnisme étouffant « liberté réelle ». Avec la même absence de vergogne, les fondateurs de la Basic Income Earth Network déclarent que beaucoup de défenseurs du socialisme placent la supériorité de cette mesure dans l’« abolition de l’exploitation capitaliste ». Mais, l’idée est d’augmenter la coaction étatique. Malgré tous les discours ronflants sur l’allocation universelle qui assure que celle-ci serait accordée indépendamment du niveau de revenus, cette mesure augmentera la pression sur les classes les plus productives, ce qui implique bien la destruction de la liberté.

Si l’on se penche sur le coût que supposerait la mise en pratique d’une telle mesure – pour abandonner l’enfer de la nécessité et entrer directement dans le royaume de la liberté –, il apparaît que certains de ses partisans l’estiment à 40% du PIB, concrètement l’ensemble des dépenses sociales de la plupart des États occidentaux. Malgré tout, il faut reconnaître que si cette mesure éliminait toutes les dépenses sociales, il faudrait l’applaudir car elle mettrait un frein au paternalisme étatique. Chaque citoyen disposerait d’un seul subside, et il faudrait privatiser les hôpitaux, les écoles et renvoyer la plupart des fonctionnaires. Pour la majorité de la population, ce serait vraiment un monde meilleur.

Malheureusement, même si certains passages du pamphlet de Yannick Vanderborght et de Philippe Van Parijs laissent entrevoir cette possibilité au lecteur sensé, rapidement apparaissent les défense de l’État nourrice qui assurent que l’allocation universelle devrait être complétée par des formes conditionnelles d’assistance et de système de sécurité sociale. Disparue l’illusion, nous nous trouvons donc devant une proposition de création d’un nouvel impôt et d’augmentation de ceux existants, comme la TVA et d’autres qu’ils n’osent mentionner : celui des sociétés ou sur le revenu, c’est-à-dire la réduction nette des salaires.

D’un autre côté, les partisans de l’allocation universelle ignorent la décapitalisation qui suivrait l’introduction d’un « salaire à vie », déclenchant une crise en cascade. D’abord, viendrait la hausse des taux d’intérêts, des hypothèques, dans un tourbillon d’inflation des prix qui provoquerait fermetures d’entreprises et licenciements massifs. Le rêve de ces excentriques ne s’achèverait pas, comme le suggère Vanderborght et Van Parijs, en une « évidence pour tous », mais bien en un terrible délire, fruit d’une des maladies les plus dangereuses du monde, la stupidité. Derrière le masque de ce plan contre la pauvreté, le « marxisme analytique » de Vanderborght et de Van Parijs cache, sous une prose affreusement ennuyeuse et confuse, un programme létal. Sa justification est encore plus terrible que les effets que provoquerait un tel plan maximaliste, parce que la liberté n’a nul besoin d’adjectif, comme Vanderborght et de Van Parijs en usent pour la liquider. La liberté, c’est simplement ce « Do not tread on me » qu’arborèrent les Américains dans leur lutte contre les Britanniques.