Un persistant parfum de déroute

Quand les catastrophes s’empilent, les politiciens se chamaillent.

Un persistant parfum de déroute

Si la France était un coureur cycliste, il serait en petite forme. Les shoots massifs d’EPOkeynésianisme et de socialo-anabolisants l’ont rendu accro mais ne produisent plus l’effet escompté. Et dans cette course mondiale où les jarrets des autres pays s’excitent à qui mieux-mieux, le petit coureur France a cru bon de faire frotter le galet de sa grosse dynamo sur sa roue voilée, ce qui lui fait pédaler plus fort sans aller plus vite. Las, ses efforts ne sont pas terminés : de puissantes côtes pointent à l’horizon…

La crise prend maintenant une tournure plus rude, et on comprend, aux signes qui s’accumulent, qu’il va falloir pédaler beaucoup plus vigoureusement pour espérer simplement ne pas redescendre les côtes déjà montées. Et vu la bobine de la bicyclette, et la tête rougeoyante à la limite de l’apoplexie du pédaleur, on sent que cela va poser de sérieux problèmes.

Par exemple, on pourrait parler Taxes Foncières, vous savez, cette taxe géniale qui permet à l’Etat de prélever son loyer sur votre soi-disant propriété. Stupéfaction ! Cette ponction augmente en flèche. C’est vraiment une grosse surprise dans un pays ultra-libéral !

Tout indique que ces taxes, mamelles nourricières indispensables de collectivités locales toujours au bord de la famine, augmentent dans des proportions démesurées au fur et à mesure que les services locaux d’un état ventripotent grossissent ; eh oui : plus un animal grossit, plus ses besoins de base, nécessaires à simplement le maintenir en vie, augmentent.

Mais ce qui est amusant, c’est que ces collectivités locales vont découvrir un intéressant effet dans les prochains mois. Pour différentes raisons, il est raisonnable de penser que lorsque l’inflation va pointer vraiment le bout de son nez, la Banque Centrale Européenne va remonter ses taux directeurs.

Et là, chose amusante (enfin, pas pour tout le monde), les prêts immobiliers vont devenir subitement de plus en plus chers. On pourra toujours arguer du fait qu’avec une jolie inflation, on rembourse avec de la monnaie de singe, certes, mais ce serait oublier que les taux s’ajustent bien plus vite (surtout à la hausse) que les salaires.

Les gens n’empruntent plus, n’achètent plus, … et la bulle immobilière a alors toutes les chances de s’effondrer ou, au moins, de nettement s’essouffler. Du reste, en parallèle à cet élément, la crise continuera d’infuser dans toutes les strates de la société et il n’est pas improbable que l’appauvrissement des classes moyennes et populaires continue de plus belle.

Au bilan, cela se traduira mécaniquement dans les prochaines années par une baisse importante des revenus des communes, tant sur ces taxes que sur les droits de mutation.

Double effet kiss-cool qui va ensuite s’ajouter à cette baisse des ressources : l’augmentation quasi-explosive des dépenses, ces communes ayant, en effet et pour la plupart, eut l’ingénieuse idée de contracter des emprunts pourris à la sauce Dexia, en taux variables.

Nous avons ici la recette d’un désastre annoncé.

Parce qu’en effet, on ne va pas vraiment pouvoir compter sur un marché de l’emploi florissant. Les premiers frémissements qu’on distingue dans le froufroutage bruyant d’une presse acquise aux mamours PS/EELV ne sont pas du tout optimistes.

On apprend ainsi que BNP-Paribas et la Société Générale font des coupes claires dans leur staff. On peut imaginer que les autres banques seront, elles aussi, touchées.

Pire : si l’on prend le cas spécifique des transports (dont, faut-il le rappeler, l’Etat est un des plus gros acteurs sur le marché en France), on sent que là encore, l’avenir n’est décidément pas rose. Je n’évoquerai pas (parce que je suis un petit libéral gentil, parfois) le cas du TGV qu’on n’arrive toujours pas à exporter où que ce soit. Et je passerai rapidement sur le cas symptomatique de Seafrance qui va probablement agoniser encore quelques années avant de péricliter dans un bain de sang social assez peu ragoûtant ; je ne le souhaite bien sûr pas aux repreneurs, mais malheureusement, c’est bien ce qui risque de se produire.

On se demande d’ailleurs quelle malédiction taquine s’acharne sur les transports français en règle générale, tant les casseroles s’accumulent en ce domaine. Dernière en date, la belle place d’Aéroport Le Plus Pourrÿ Du Monde décernée sans difficulté à Roissy Charles-De-Gaulle, qui, soit dit en passant, le mérite largement.

Mais cela va plus loin que ces petits classements mesquins qui ne comprennent pas comment marchent certains services français qui consentent, dans un geste de bonté, à accueillir malgré tout des touristes et des hommes et femmes d’affaires dont on sait déjà qu’ils sont incultes, barbants et surtout … pas français.

En effet, la Malédiction Des Transports Demaerd s’est aussi abattue sur le rail français. Longtemps vanté de par le monde pour ses qualités techniques et ses prestations larges et abordables, le transport ferroviaire n’est plus que l’ombre rachitique et souffreteuse de lui-même. C’est tout de même enquiquinant, ne trouvez-vous pas, cette dégringolade de la qualité de service alors que, jusqu’à plus ample informé, l’ensemble du rail français est pour le moment détenu et géré par l’Etat d’une façon ou d’une autre.

S’y prendrait-il comme un manche de pioche tordu pour gérer son patrimoine ? Oh. Je ne peux pas le croire.

Epic Fail

Ce n’est pas le cas de Jean-Paul Huchon (un de ces repris de justice, condamné le 20 février 2007, que la République semble aimer tendrement à de hautes fonctions, comme Pasqua, Juppé, Emmanuelli, Fabius et tant d’autres) : monsieur s’est tout remonté le bourrichon au sujet du service catastrophique rendu par la RATP et la SNCF pour, notamment, les lignes B et C du RER.

Cela va étonner certains, mais il semble que les usagers de ces lignes ne sont pas bien informés (choc n°1) et qu’en plus de ça, la ponctualité des trains ne serait pas exactement irréprochable (choc n°2)… Si l’on y ajoute le bruit et l’odeur … Ok, elle est facile, mais je n’ai pas pu m’en empêcher : les métros et RER de la capitale puent et trimbalent leur charge utile comme des sacs à patate en milieu hostile.

Si l’on factorise l’arrivée prochaine d’une carte de transport à tarif unique sur la région parisienne, introduite exclusivement pour des raisons politiques et absolument pas par motivations économiques, on comprend tout de suite que les Franciliens vont prendre cher pour les prochaines années.

Rien que ces éléments, ne représentant pourtant qu’une tranche fine des problèmes récurrents du pays, devraient à eux seuls inquiéter un tantinet les domestiques qui nous gouvernent. Et pourtant, d’intérêt, que nenni.

Du côté des socialistes de gauche, on se rejoue quelques pugilats consternants de médiocrité où les échanges d’amabilités sont à peine voilés par le langage forcément diplomatique d’hypocrites en mal d’électeurs. Quant aux socialistes de droite, ils se perdent en futilités pendant que leur chef se la joue Inspecteur Clouzot avec les fraudeurs sociaux.

Franchement, on n’est pas aidés : plus aucun dopant, le cerveau au bord de l’AVC, les jarrets claqués et les roues voilées, le pédaleur France va devoir poser pied à terre pour réfléchir deux minutes.

Ou tomber.
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