Un autobus sans freins

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Un autobus sans freins

Publié le 11 novembre 2011
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Les chauffeurs-politiciens essaient d’appliquer les freins. Trop tard.

Par David Descoteaux, de Montréal, Québec.

Après cette chronique, j’arrête de vous ennuyer avec l’endettement de nos gouvernements. Ça commence à ruiner ma santé. La nuit dernière, j’ai même déliré sur le sujet.

J’étais dans les années ’60. Debout, dans un autobus plein à craquer. L’autobus, confiant, dévorait la route, la pédale au plancher. Il chaussait toutefois des mauvais pneus, qui s’usaient beaucoup trop vite…

Les années passaient comme de secondes. Je voyais, à l’avant, les chauffeurs-politiciens se succéder. L’un d’eux sortait sa tête par la fenêtre et regardait les pneus. Quand il trouvait que ceux-ci étaient usés « à la fesse », il s’éjectait de l’autobus, parachute dans le dos. Les chauffeurs savaient qu’on roulait trop vite. Mais dans le bus, ça criait : « plus vite! plus vite! ». Toujours.

Fast-forward en 2011

L’autobus roule encore. Lourd, il craque de partout — la dette du Québec, de 0 $ dans les années 1960, défoncera 300 milliards $ dans six ans. L’autobus a quitté la route depuis longtemps, et file vers le ravin.

Les chauffeurs-politiciens essaient d’appliquer les freins. Trop tard. Des vents puissants soufflent l’autobus. Nous devrons dépenser plus de 45 milliards $ d’ici 2015 pour retaper les infrastructures, en incluant l’année en cours. Ajoutez au moins 2 milliards $ pour le Plan Nord. En plus des autres milliards qui s’ajoutent habituellement, et des déficits annuels (bah! Nos enfants payeront). C’est Martin Michaud, de www.votreargent.ca, qui m’a alerté au chiffre magique de 300 milliards.

Rappelez-vous ce que disait le Conference Board il y a quelques mois. Notre population vieillit. La santé gobe 43 cents de chaque dollar d’impôts. En 2030, ce sera 60. Si on ne fait rien, d’ici 20 ans nous devrons payer 20 % de TVQ sur nos achats. Ou faire des déficits annuels de 45 milliards $ (15 fois pires qu’aujourd’hui).

Il manque, au net, 40 milliards $ à l’État pour payer les promesses de retraites garanties aux fonctionnaires. Les villes, qui ont aussi fait ces promesses intenables, quémandent aujourd’hui Québec. Elles grimpent et veulent s’accrocher à l’autobus.

Au loin, un blizzard se forme. L’Europe explose, les États-Unis végètent, et la planète s’apprête à replonger en récession.

Tout va bien

Bah! Le fédéral va nous remorquer au besoin, non? Non. Le Canada fait pire. Selon leurs propres projections, les conservateurs auront pelleté 181 milliards $ sur la dette du pays, du début de leur mandat jusqu’en 2015, selon la fédération canadienne des contribuables. C’est le tiers de TOUTE la dette qu’a accumulée le Canada depuis ses débuts… en moins de 9 ans! Nous payons déjà 31 milliards $ chaque année en intérêts sur cette dette. Trente et un milliards qu’on pourrait investir ailleurs.

À 38 000 $ par tête, selon The Economist, la dette publique totale au Canada dépasse de 4500 $ celle des États-Unis. Et de 3300 $ celle de la Grèce. Oui, nous produisons plus de richesse par habitant que ces derniers. Mais quand même…

Et une pseudo-enquête sur la construction va régler nos problèmes?

On aperçoit le ravin. Notre chauffeur est relax derrière ses lunettes roses. Il enlève une de ses mains du volant, et monte le son de la radio. Il siffle l’air d’une chanson. Son copilote, Monsieur Bonheur, le joint en chantant : « Ce qui compte, c’est d’être heureux comme passager, la-la-la… »

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