Présidentielle US: ce que le Tea Party a à perdre

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Le Tea Party n’aurait-il pas tout à perdre à se ranger derrière Herman Cain, ancien dirigeant dans la Pizza, candidat à l’élection présidentielle

Ce dont le mouvement Tea Party était à l’origine — responsable fiscalement et fidèle à la constitution, sans compromis et sans pitié — pourrait bien disparaître à l’occasion de la Présidentielle américaine de 2012, surtout s’il soutient Herman Cain, l’un des leaders actuels de la primaire républicaine.

Par Jack Hunter (*), depuis les États-Unis

De tout temps, le mouvement conservateur américain n’a jamais tenu toutes ses promesses. Nombreux ont été les candidats à défendre un État limité et à promettre son rétrécissement. Nombreux à gagner les élections. Mais la réduction de l’État n’est jamais arrivée. Jamais.

C’est la frustration du peuple envers une croissance sans fin de l’État qui a donné naissance au mouvement Tea Party. Vous vous en souvenez, la naissance du Tea Party est associée à un mouvement partisan en réaction à l’élection du Président Obama. C’est la vision restreinte des militants démocrates. Les racines de la colère sont bien plus profondes, et remontent à un programme gouvernemental du Président Bush. Le TARP (Troubled Asset Relief Program) [1] a créé les premières étincelles au sein du peuple américain.

En mai 2010, le leader du Tea Party de l’Utah, David Kirkham, expliquait :

Je pense que c’est une question de responsabilité budgétaire ou financière… Le vote pour le TARP et le vote pour le renflouement ont été à notre avis irresponsables et c’est ce qui a soulevé l’ire de la plupart des gens.

À cet époque, le groupe de Kirkham travaillait à déloger le sénateur républicain Bob Bennett, qui avait voté pour le programme TARP. Lorsqu’on lui a demandé si la guerre ouverte au sénateur en raison de ce seul vote n’était pas excessive, David Kirkham a répondu:

Ce seul vote a vraiment été toxique. Ce seul vote a affecté un nombre incalculable de choses, a changé les règles du jeu. Le Président Bush disait que nous devions abandonner les principes du marché libre pour sauver le marché libre et fondamentalement, nous ne sommes pas d’accord. C’est un non sens total.

Bob Bennett a bel et bien été viré par les électeurs et remplacé par un sénateur issu du Tea Party, Mike Lee. Comme Washington allait bientôt le comprendre, les règles avaient changé. Ces républicains « conservateurs », incapables de produire des résultats, n’étaient plus acceptables. Le double discours de Washington ne serait plus toléré. Un sérieux mouvement attentif aux questions fiscales, que j’avais désiré toute ma vie, était enfin né, et la position à l’égard d’un système étatiste comme le renflouement des banques était le test décisif parfait pour n’importe quel candidat. En ma qualité d’écrivain, j’ai même assisté le sénateur Rand Paul pour son livre qui raconte l’histoire et la philosophie de ce nouveau mouvement excitant, The Tea Party goes to Washington.

Herman Cain, candidat aux primaires républicaines

Mais je suis inquiet. Je crains que le combat du Tea Party soit absorbé par les idées de Washington. Herman Cain [NdT: l’un des candidats aux primaires du parti républicain] n’est peut-être pas introduit à Washington, mais il pense comme tel. Lorsque le Tea Party s’était manifesté contre le programme TARP durant l’année 2008, l’ancien président de Pizza Godfather’s écrivait :

Des problèmes sans précédents requièrent des solutions sans précédents. [Le programme TARP est] une solution gagnant-gagnant pour le contribuable.

Plus tard, Cain a tenté de s’expliquer : il voulait dire qu’il n’était pas d’accord avec la façon dont l’argent du contribuable avait été distribué pour le renflouement. Bob Bennett disait la même chose durant la course électorale contre Mike Lee, ce qui semble-t-il n’a pas été considéré comme la bonne réponse par le Tea Party.

Et le Tea Party avait raison. Le problème avec ces personnes qui ont soutenu le TARP n’est pas que les sauvetages des banques étaient à l’évidence une erreur et inefficaces, mais que ceux-ci n’auraient jamais dû exister. Le problème avec ces personnes est qu’elles étaient assez arrogantes pour penser que le gouvernement fédéral devait avoir le pouvoir – totalement inconstitutionnel – d’intervenir dans le marché libre pour privatiser les bénéfices des entreprises tout en socialisant les pertes, sur le dos du contribuable.

Pour le Tea Party, c’était un scandale. Pour Herman Cain, c’était une nécessité.

Mais Cain n’a pas seulement eu tort à propos du TARP. Il a aussi traité d’ignorants tous ceux qui pensaient qu’il y avait une crise du logement.

En 2005, Herman Cain disait :

Les médias ont prédit une bulle massive dans les prix de l’immobilier depuis des mois. Ce genre d’ignorance rend les propriétaires craintifs ; leur bien le plus cher pourrait s’avérer inutile en une seule nuit.

Il ajoutait : « Cela n’arrivera pas ».

Eh bien, ce n’était pas de l’« ignorance ». La bulle du marché immobilier a bien éclaté, à un degré tragique. Herman Cain a suggéré que le programme TARP était la meilleure action pour la réguler et ses désillusions de petit politicien du système ne s’arrêtent pas là. Dans un article intitulé « Un manque étonnant de prévoyance dans les écrits d’Herman Cain », le journaliste du Time Magazine Mark Benjamin écrit :

Dans un papier du 21 juillet 2008, Cain se référait aux troubles de Wall Street en ces termes : « ce n’est pas une crise, mais on va la faire ressembler à une crise bancaire ». Moins de deux mois plus tard, Lehman Brothers faisait faillite. Quelques semaines plus tard, le Congrès votait un renflouement massif pour sauver les plus grandes banques du pays.

Bien entendu, Herman Cain a supporté ces plans de sauvetage massifs pour « corriger » un problème économique… qui n’existait pas selon lui.

Et Cain a réitéré après les renflouements, comme le note Mark Benjamin :

Même en septembre, Cain reprochait aux démocrates d’ignorer les bonnes nouvelles économiques. « Nous n’avons pas eu de récession depuis 2001 ! » C’est ce que Cain notait au début du mois. « Mais ne le dites pas aux démocrates et aux médias traditionnelles. Vous pourriez perturber leur récession imaginaire. »

J’apprécie Herman Cain pour ses interventions à la radio. Mais être un bon showman radiophonique ne veut pas dire que l’on est compétent pour être président. N’oublions pas ce que le Tea Party était à l’origine : responsable fiscalement et fidèle à la constitution, sans compromis et sans pitié. Le fait est que, concernant la plus grande crise économique de notre temps, Cain avait complètement tort dans ses prédictions et est totalement dans la ligne du politiquement correct et de l’establishment dans ses solutions. Son ignorance des facteurs économiques fondamentaux en jeu qui ont fait que la crise a éclaté est stupéfiante et dangereuse.

Si le Tea Party installe Cain comme le candidat républicain aux présidentielles, est-ce que cela ne sonne pas la mort du mouvement ? Son soutien au programme TARP est-il désormais pardonné ? Est-ce que sa pensée en phase avec l’establishment est acceptable dans la mesure où il apparaît comme un porte-parole charmant et anti-establishment en surface ?

C’est précisément ce que le conservatisme a été avant le Tea Party, et précisément la raison pour laquelle le Big Governement perdure jusqu’à aujourd’hui.

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Article originellement titré « If Cain wins, the tea party loses » et publié dans The Daily Caller le 08.11.2011.
Traduction: David pour Contrepoints.

(*) Jack Hunter écrit au « Paulitical Ticker », qui réunit les bloggers de la campagne pour Ron Paul 2012.

Note de traduction :
[1] Ce programme a autorisé le trésor américain à racheter 700 milliards de dollars d’emprunts toxiques. Censé résorber la crise de 2008, il n’a fait que l’accentuer violemment.