L’État, un gigantesque destructeur de richesses

L’État n’est pas un créateur de valeur mais un producteur de services, lequel détruit plus de valeur qu’il n’en crée

L’État n’est pas un créateur de valeur dont les déficits seraient parés de vertus magiques mais un producteur de services, lequel détruit plus de valeur qu’il n’en crée. La société aurait tout à gagner à privatiser le plus largement possible les services qu’il délivre, dans des conditions et avec des résultats de plus en plus catastrophiques.

Par Vincent Benard

Quoi qu’en disent les économistes étatistes, le bilan économique de l’État est désastreux… Dans tous les sens du mot « bilan ».

L’État, une entreprise (presque) comme une autre ?

J’ai développé il y a quelques semaines l’idée que l’État devrait être considéré, économiquement et comptablement parlant, comme une entreprise « ordinaire », simplement beaucoup plus grande que toutes les autres entreprises du pays, et dont le « chiffre d’affaires » serait la somme des prélèvements obligatoires, chiffre d’affaires payé en contrepartie d’un certain nombre de services. Ce n’est pas rigoureusement exact, bien sûr, mais comptablement et économiquement, cela se tient.

Si l’État était considéré comme une entreprise, on pourrait, de ce chiffre d’affaires, extraire une valeur ajoutée, comme pour une entreprise ordinaire. Puis, si sa comptabilité était bien tenue, on pourrait facilement en déduire la masse salariale, les intérêts versés aux créanciers, et les dotations aux amortissements – La dépréciation annuelle de son actif – et en déduire son « déficit » réel. Évidemment, l’État, à ce jour, omet de prendre en compte ses amortissements, et donc le déficit annuel abyssal qu’il nous présente depuis 37 ans est encore « enjolivé » par rapport à la réalité. Si, si, je vous le jure, c’est possible.

Depuis la mise en œuvre d’une loi budgétaire appelée LOLF, votée en 2001 et mise en œuvre en… 2005 (l’administration va à son rythme !), l’État Français publie un bilan (PDF) [1].

Celui-ci fait apparaitre en 2010 les fondamentaux suivants : Actif net estimé à 891 milliards d’Euros et dettes de 1647 milliards, la situation nette (« fonds propres ») est négative de 756 milliards.

Dans une entreprise privée, les fonds propres correspondent à la somme du capital de départ plus les « réserves », à savoir la part non redistribuée aux actionnaires de tous les bénéfices accumulés depuis que l’entreprise existe. Naturellement, les années de pertes, ces fonds propres diminuent. Le bénéfice privé, lui, tient compte de la dotation aux amortissements, c’est à dire la destruction de valeur des actifs de l’entreprise (usure, obsolescence…) induite par l’activité. Dans les entreprises anciennes, les réserves sont évidemment beaucoup plus importantes que le capital initial.

Les fonds propres figurant au bilan d’une entreprise représentent donc tout le capital que l’entreprise a été capable de fixer durant son existence, une fois déduites toutes les ressources, au sens large, qu’elle a dû consommer.

Fonds propres : CAC40 vs. État

Regardons les fonds propres des 40 plus grandes entreprises cotées françaises, regroupées sous le label CAC40.

Si l’on additionne les fonds propres de toutes les entreprises du CAC40 fin 2010, on obtient à peu près 750 milliards d’euros [2]. Ces entreprises ont donc été capables de fixer 750 milliards de capital au cours de leur existence.

L’État, lui, a des fonds propres estimés… Négatifs, de 756 milliards.

Donc, pendant que les 40 plus grosses entreprises françaises étaient capables de fixer 750 milliards de valeur nette, l’État en détruisait à peu près autant. [3]

Évidemment, les idolâtres de l’État ont quelques objections à formuler à ce type de raisonnement. Que faut il en penser ?

Objections courantes à ce raisonnement, et réfutations

Première objection : Ha ha ha, mais l’État n’est pas une entreprise ! L’État maintient l’ordre, sans lequel aucune activité ne serait possible ! L’État éduque vos enfants, investissement sans lequel ils ne pourraient pas à leur tour produire, etc. Et donc, la « valeur » de la dépense publique ne se mesure pas seulement à l’aune de son bilan comptable !

Réponse : le même raisonnement peut être tenu avec n’importe quelle entreprise, du CAC40 ou d’ailleurs ! Renault (ou PSA) fabrique des voitures sans lesquelles la mobilité des individus serait gravement obérée, nous empêchant d’être aussi productifs. Sans les technologies développées par Air Liquide, nombre de productions actuelles seraient impossibles, les matériaux développés par Saint Gobain rendent possibles des choses qui ne le seraient pas autrement, etc. Et je ne parle pas des entreprises du secteurs de l’informatique, hélas peu développées en France, mais dont l’influence dans tous les domaines d’activité aujourd’hui est centrale. La valeur des dépenses opérées par les entreprises privées ne se mesure donc pas, non plus, à l’aune de leur seul bilan comptable. Mais au moins, on peut estimer cette valeur tout à fait positivement grâce au bénéfice qu’elles réalisent, et au capital que cela leur permet de fixer.

Toute entreprise, comme l’État, propose des services qui créent de la valeur pour leurs clients, qui peuvent à leur tour s’inscrire dans d’autres chaines de création de valeur, et ainsi de suite. Mais là ou les grandes entreprises privées créent de la valeur pour leurs clients ET pour elles mêmes, l’État créée pour ses clients une valeur difficilement mesurable de façon objective (l’acheteur est forcé, il est peu probable qu’il paierait spontanément la même somme pour tous les services proposés) ET DÉTRUIT du capital pour arriver à cette fin [4].

L’État n’est donc pas un créateur de valeur paré de vertus magiques mais un producteur de services parmi d’autres, lequel, hélas, détruit plus de valeur qu’il n’en crée, et que seul le recours à la force fiscale maintient en vie.

Seconde objection : Oui, mais l’État fait tourner l’économie en effectuant des achats auprès d’offreurs privés, ou en payant des agents qui consomment des produits du secteur privé – les déficits de l’État sont donc les profits du privé.

Réponse : Si l’État était une véritable entreprise, obligée de mériter son chiffre d’affaires au lieu de le prendre par la force de l’impôt, il s’inscrirait, de la même façon, dans des chaines d’échange entre entreprises, mais il devrait arriver à rendre le même service tout en accumulant du patrimoine (fonds propres), et non en en détruisant, et donc en s’endettant pour continuer à financer son train de vie. Une école obligée d’équilibrer ses comptes rendrait le même service qu’une école d’État, mais sans les coûts de superstructure de l’Éducation nationale. Les cliniques font le même métier que les hôpitaux publics, pour bien moins cher. etc.

L’argent ainsi laissé dans les poches du contribuable (qui est un client forcé de l’État…) servirait à développer d’autres activités privées elles-mêmes tenues d’être profitables pour survivre, et qui à leur tour fixeraient du capital, augmentant la richesse générale.

Bref, si les activités de l’État étaient largement privatisées, nous bénéficierions de beaucoup plus de valeur offerte pour beaucoup moins cher payé !

L’État : un développement non durable

Ajoutons enfin une caractéristique terrifiante du bilan de l’État : son actif immobilisé brut est légèrement supérieur à 800 milliards, et les dépréciations comptabilisées sur cet actif sont de 104 milliards. Or, les dettes totales de l’État sont supérieures à 1400 milliards. La dette sert en grande partie à financer des dépenses courantes ! Sur le terrain, cela se traduit par une paupérisation des services dits « publics » car l’argent de la dette ne sert même plus à compenser la dépréciation de ses actifs pour maintenir le niveau de ses investissements.

Or, un actif déprécié, signifie des administrations paupérisées incapables de rendre le service pour lesquelles le contribuable paie : hôpitaux publics mal équipés, justice incapable de s’informatiser efficacement, taux de disponibilité des matériels roulants et volants de l’armée à des niveaux inacceptablement bas, équipements de la police ridiculisés par celui des bandits, bibliothèques et amphithéâtres universitaires indigents, laboratoires publics dévalorisés, etc.

D’une façon générale, l’État, aujourd’hui, coûte près de 50% de plus qu’en 1973 (56% du PIB contre 38), et tout ce dont il s’occupe est moins bien fait qu’à l’époque : éducation en crise, nombre d’agressions violentes sur personnes multipliées par quatre, chômage multiplié par 12, expansion du « mal-logement », etc.

Il ne faut pas s’étonner d’une telle trajectoire de nos services publics : un État incapable de maintenir son actif sans remettre en cause son périmètre, et de « revendre » à d’autres entreprises des fonctions qui ne sont pas dans son « core-business », ne peut que demander toujours plus de ressources pour accomplir son office. Or, n’étant pas obligé de convaincre ses « clients » de payer, puisqu’il peut les y forcer, il n’est absolument pas incité à se remettre en cause… Sauf situation de quasi faillite, ce qui est précisément ce que la Grèce est en train de vivre, à cause de l’hypertrophie de son État, et ce vers quoi nous allons également.

Pourquoi il faut privatiser tout ce qui peut l’être

Imaginons maintenant que l’on privatise tout ce qui peut l’être : culture, éducation, assurance maladie et hôpitaux, logement social, appariement entre demandeurs et offreurs d’emploi, etc. [5]

Chaque école, par exemple, au lieu de devoir « rendre un service d’éducation », devra non seulement « proposer ce service », « convaincre les utilisateurs d’acheter ce service » et pas celui de l’école concurrente, et en plus, « durer », « survivre », et donc « former du capital » qui lui permettra de maintenir et de faire progresser ses actifs avec le temps, pour pouvoir continuer à convaincre des clients volontaires d’acheter leur service.

Par conséquent, des milliers d’unités de production de services aujourd’hui publics se retrouveraient contraintes d’améliorer leur efficacité. L’État, moloch monolithique, serait divisé en une myriade d’entreprises soit petites, soit regroupés volontairement en ensembles plus importants mais sans commune mesure avec le monstre actuel. Chaque entité serait créatrice nette de valeur.

Et même si l’État, malgré ce recentrage, se montrait incapable de gérer la part « régalienne » qu’il conserverait en son sein mieux qu’il ne le fait actuellement, la destruction de capital qui s’ensuivrait serait sans commune mesure avec celle qu’il opère aujourd’hui. On peut d’ailleurs espérer que, n’étant plus astreint à gérer un portefeuille de contraintes aussi large, il améliore considérablement la gestion courante des services qu’il conserverait par devers lui.

Par conséquent, les services rendus par les entités privées qui se substitueraient à l’État seraient soit bien moins chers, soit de bien meilleure qualité, et souvent les deux à la fois. Du coup, le pouvoir d’achat des populations serait considérablement augmenté, ce qui serait tout bénéfice pour le développement de l’activité privée, de nouvelles offres…

Ces nouvelles offres créeraient les emplois nécessaires pour absorber ceux perdus par les services anciennement publics que la privatisation forcerait à réduire la masse salariale. Seuls les fonctionnaires qui auraient développé une inaptitude particulière au travail du fait de nombreuses années passées à ne rien produire de tangible auraient un gros problème. Mais il serait quantitativement plus léger et moralement moins insupportable que le maintien au chômage de millions de personnes qualifiées que la ponction opérée par l’État sur l’économie productive prive de postes de travail, faute de formation capital…

La solvabilisation des quelques ménages trop pauvres pour payer l’éducation de leurs enfants ou leur assurance médicale dans un système privé relèverait de mécanismes redistributifs de type chèque éducation, ou revenu de base universel, à charge pour chaque société civile locale de trouver la meilleure formule, en fonction de sa situation.

Conclusion

L’État n’est pas un agent économique magique, dont les déficits seraient miraculeusement vertueux. L’État ne doit sa survie qu’au fait que ses clients sont captifs via le caractère impératif de l’impôt. À cause de cette caractéristique, il ne fait aucun effort pour gérer son appareil productif de façon professionnelle, et rend de ce fait des services d’une insupportable médiocrité à un coût hors de tout contrôle, tout en détruisant l’équivalent de la richesse créée par les grandes sociétés privées que compte ce pays.

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Sur le web

Notes :

[1] Je présuppose que malgré les difficultés méthodologiques pour établir ce bilan, précisées dans le document, le service des finances chargé de l’établir le fait honnêtement. Je considère donc les chiffres livrés comme « relativement fiables ».

[2] Je n’ai pas eu le courage de faire la somme des fonds propres des 40 entreprises du CAC. Je me suis contenté des 10 premières (bilan au 31/12/2010, publiés sur le site des échos) et ai déduit l’ensemble par une règle de trois par rapport à leur poids dans l’indice. A +/- 15% le chiffre obtenu est bon, pour la démonstration, c’est l’ordre de grandeur qui importe.

[3] On me dira que je compare des choux et des carottes parce que les entreprises du CAC sont multinationales et donc leur actif est localisé un peu partout, et le capital fixé ne l’est pas en France. En contrepartie, je ne comptabilise pas le capital fixé en France par les grandes entreprises étrangères. Je ne méconnais pas ces biais méthodologiques, mais ils ne changent pas grand chose au raisonnement général, et au fait que l’État est un destructeur net de capital.

[4] Bon, malheureusement, la réalité est là encore moins simple, puisque l’État s’immisce dans la bonne marche du secteur privé en le subventionnant en de nombreuses occasions. Mais cela ne change que marginalement le paradigme présenté ici : l’entreprise rend service à ses clients tout en formant du capital, l’État rend service à ses « clients forcés » en détruisant du capital.

[5] Certains auteurs imaginent même que l’on puisse privatiser intégralement la police, la justice et l’armée. Je pense, malgré la justesse de certains de leurs constats, qu’ils se trompent et que malheureusement, malgré ses tares congénitales, l’État est le moins mauvais dispositif pour assurer les services dits « régaliens ». Seule une privatisation partielle de certains services est parfaitement envisageable, mais pas l’intégralité du dispositif. Je laisse ce sujet de polémique avec les anarcho-capitalistes à une autre occasion.

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