Rions un peu en attendant la crise

Cinq scénarios d’un futur de folie

Cinq scénarios d’un futur de folie

Par Vincent Bénard

Avouez-le, cette crise financière vous met les nerfs sens dessus-dessous. Il y a de quoi : non seulement personne ne comprend exactement ce qui se passe (certains comprennent mieux, mais l’exactitude est lointaine), et les experts patentés qui se relaient pour vous rassurer, ou, au contraire, jouer sur vos peurs, disent tout et son contraire. Tenez, la prochaine phase de la crise sera-t-elle déflationniste ou inflationniste ? Et donc : faut il se gaver d’or ou rester cash ? Euh, et bien…

Gold ou Cash ? Ou… conserves ?

Bien malin qui peut répondre, parce que cela dépend de ce que décideront, ou pas, une poignée d’abrutis en état de panique, sagement planqués dans des tours d’ivoire, de verre et de béton, bientôt protégés en permanence par trois cordons de CRS, qui ne s’entendent pas entre eux, qui sont l’objet de pressions contradictoires, et qui, ne l’oublions pas, ne comprennent pas non plus ce qui se passe.

Je vais donc tenter, moi aussi, d’ajouter à la confusion générale en dévoilant cinq scénarios qui n’ont aucune chance de se produire tels quels, mais qui donnent un peu une idée des extrêmes vers lesquels l’histoire pourrait nous embarquer.

Et avec un peu de chance, j’espère même vous faire sourire.

Scénario 1 : déflation toute ! (restez cash)

Sous la pression de son opinion, Mme Merkel retrouve la paire de c… qui lui fait gravement défaut, et refuse tout net tout mécanisme de mutualisation des dettes au niveau européen. Son slogan : « Nein ! »

En outre, les remous à la BCE forcent Mario Draghi à la démission au bout de 3 semaines, et une horde de chevaliers teutoniques s’empare des rennes de la banque centrale, avec un seul mot d’ordre : « Delenda est Weimar », ou quelque chose comme ça.

Donc, fini la monétisation des bons grecs, italiens, etc… conséquence : faillite de quelques PIIGS, panique bancaire, gestion des faillites en complet désordre, et rationnement des retraits pour éviter le bank run généralisé.

Ce jour-là est un peu difficile à passer. Notamment, toute la « plastic money » (cartes de crédit) et les chèques sont inopérants quelques semaines. Dans ces conditions, « cash is king », le temps que la situation retourne à la normale. Et une réserve correcte de nourritures imputrescibles peut aider.

Par contre, faute de liquidité, ceux qui ont trop d’or ou d’argent physique sont bien ennuyés avec.

Sous réserve que l’état de droit ne s’écroule pas en même temps, et que les États libéralisent leurs économies, après une année très difficile, le monde repart sur des bases saines.

Ah, je vois, personne ne croit à ce scénario.

Scénario 2 : Inflation toute ! (gold, gold, gold)

À l’inverse du scénario précédent, la BCE obtient l’autorisation de monétiser tout ce qui tombe. L’Allemagne, dont le peuple renverse la chancelière à l’annonce de la nouvelle stratégie, se dépèche de revenir au DM (imités par deux trois pays nordiques vraiment pas solidaires et très méchants) pour fuir le désastre, et donc, du jour au lendemain, l’Euro perd la moitié de sa valeur (je schématise). Notons d’ailleurs l’ironie de la situation, le siège de la BCE de Francfort créant de la liquidité en série pour tout le monde sauf les Allemands…

Pour éviter la contestation sociââle, les gouvernements de l’Euro-disneyland décident d’opter pour la méthode Zimbabwéenne : la BCM (Banque centrale de Mickey) décide d’acheter toutes les obligations des PIIGS et de la France qui se présentent, ces collatéraux de pacotille permettant de payer en monnaie de singe fonctionnaires, retraités, chômeurs, et politiciens, qui renouvellent en urgence leur stock de valises.

Les conserves, le riz et les nouilles restent une bonne idée. Pour le reste, beaucoup d’or, en petites coupures. Le Silver n’est pas mal non plus.

Par contre, si vous avez du cash, vous êtes très embêté avec.

Deux scénarios, deux conclusions diamétralement opposées. On est bien avancés, tiens. Salauds d’économistes.

Mon idée : après être pris de court par un scénario de type 1, les euro-élites se réfugient dans un scénario de type 2 abâtardi.

Scénario 3 : Inflations ponctuelles des produits courants et déflation d’actifs (rentrer sur les actifs productifs quand le ménage aura été fait).

Nos politiciens étant tous très sérieux, ils évitent magistralement les écueils ci-dessus, monétisent juste un peu pour éviter un gros plongeon de l’Espagne ou de l’Italie, et réussissent à ramener leurs comptes à l’équilibre budgétaire en 3 ans.

Comment ça, vous n’aimez pas les comptes de fée ? J’essaie de pondre un scénario 3 « présentable », et voilà comment vous réagissez. Je vous jure.

Bon. Sur ce, la base monétaire augmente (inflationiste), mais moins que la contraction du crédit liée au nécessaire désendettement des agents économiques (déflationiste). Mais voilà : comme la BCE a tenté de « réinjecter de la liquidité » à tour de bras, que cette liquidité a fait regonfler plein de bulles d’actifs, lesquelles « pscchittent » les unes après les autres, mais que l’argent qui a servi à les créer circule toujours, une vaste réallocation de prix se produit : vos actifs (ce que vous avez) chutent, et les prix de vos consommations courantes (ce que vous n’avez pas) tend à augmenter.

Ajoutons que l’état de relative désorganisation de l’économie, ainsi que des relents de guerre commerciale interzones (la tentation protectionniste n’est plus très loin…) poussent certains prix à la hausse du fait de tensions sur la « supply chain ».

Or, les salaires ne suivent pas : la rentabilité du capital est nulle, le chômage augmente, maintenant à la baisse la pression sur les demandes salariales. Chienne de vie.

Bref, l’économie corrige salement, mais quel que soit le scénario, c’est inévitable. Et le niveau de vie acheté à crédit, pour la part que nous ne pouvons rembourser, s’écroule.

Cash, un peu d’or par sécurité, et quand vous sentez que le point bas est proche, retour sur les actions des boites avec un vrai savoir-faire, et qui tiennent encore debout. Ah, et j’oubliais : habituez-vous à un pouvoir d’achat diminué d’un bon tiers.

Scénario 4 : « nationalisation du secteur bancaire »

C’est consternant de débilité, mais on en parle à la radio, alors… Certains évoquent une nationalisation du secteur bancaire. C’est sûr que quelques centaines de crédits Lyonnais gérés par un État qui n’a pas d’argent, ça va vraiment donner confiance aux agents économiques.

J’ai moi aussi évoqué ce scénario, mais j’avais une excuse : c’était le premier avril.

Manque de bol, certains ont trouvé l’idée excellente.

Scénario 5 : « Rêve donc, coco ».

Nos politiques lisent objectif eco, d’ailleurs, Loïc Abadie est leur dieu. Ils se rappellent un obscur article sur la restructuration des passifs bancaires : « Dettes souveraines, quelles solutions » – (nb, il y a une variante serbe, mais c’est un petit pays que personne ne connaît, alors ça ne compte pas…) – après avoir mis en place les préconisations qui y figurent, ils se couchent, sereins. Et nous de même. Zéro panique. La Grèce fait défaut ? Même pas mal. L’Italie prononce une faillite des 3/5èmes ? Ah bon. Remettez moi donc un café. Pas de bank Run. Les actionnaires actuels des banques glapissent, mais de toute façon, tout le monde les déteste. Les procès pour dilution abusive se tiendront une fois le calme revenu. Bien sûr, les fonctionnaires et les retraités des États en faillite mangent le carnet de chèques. Mais on ne peut pas vivre éternellement à crédit, et la déflation aide à faire passer la pilule.

Ainsi recapitalisées PAR LEURS CREANCIERS (par debt-to-equity swaps), et non par les contribuables, comme le suggèrent les docteurs knock de l’État-providence financière qui parlent de nationalisation du secteur bancaire, les banques assainies cessent de faire peur. La plupart des économies achèvent de libéraliser ce qui peut l’être, et un retour vers une croissance plus saine est possible, sous réserve de quelques réformes structurelles que je garde pour plus tard.

Ni gold, ni cash, ni conserves. Just Plastic Money.

Accessoirement, les ventes de « Foreclosure Gate, les gangs de Wall Street contre l’État US », décollent, le livre devient un Best seller traduit en 16 langues (il fallait bien que je la place, celle-là). L’auteur, accédant au statut de gourou, devient complètement asocial, prétentieux, arrogant, et passe à la télévision.

Scénario 6, 7, 8…

Allez, à vous de jouer, créez votre scénario de sortie de crise dans les commentaires.

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