Le care de Martine Aubry, victime de la crise ?

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Aubry a la pêche (Crédits : H16, licence Creative Commons)

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Le care de Martine Aubry, victime de la crise ?

Publié le 3 septembre 2011
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Le care de Martine Aubry, victime de la crise ?

L’université d’été du PS a donc commencé sous les ovations déchaînées d’une foule de frétillants militants socialistes. Tous les candidats aux primaires y sont venus exposer leurs ébauches de programme, à l’exception remarquée et lourdement commentée de François Hollande, qui a trouvé dans sa petite manœuvre une façon de se démarquer.

Dans ce raout bien huilé, Martine Aubry a, semble-t-il, frappé les esprits par sa combativité : beaucoup s’accordent à dire que la première secrétaire a enfin passé la seconde du petit moteur à mazout d’une campagne qui n’arrive pourtant pas à la faire décoller de la deuxième place des sondages, derrière un Hollande dont l’attitude zen (et, il faut dire, un peu indolente) l’agace prodigieusement à en juger par l’avalanche de piques pointues qu’elle lui sert sans hésiter.

Cette accélération doit beaucoup à quelques unes des phrases choc qu’Aubry aura égrenées au long de son discours d’ouverture.

Si l’on passe sur quelques maladresses évidentes, comme saluer le « courageux » (sic) Papandréou, qui a tout de même instauré des plans de rigueur (insuffisants, de surcroît) en Grèce, on trouve par exemple l’éternel appel à un « nouveau système », jamais clairement défini, plus tellement nouveau mais forcément différent de celui qui ne marche pas et dont les socialistes ne sont pas, on s’en doute, du tout responsables.

Aubry a la pêche !On a aussi droit à des propositions que d’autres candidats se sont déjà appropriées, comme par exemple le poncif qui consiste à réclamer une nouvelle agence de notation des dettes souveraines, indépendante mais bien sûr publique, dont on se demande exactement ce que pourront vraiment valoir les notations quand les salaires des gens qui y travailleront dépendront du bon vouloir de celui qu’ils notent…

Et en bonne place, au milieu des prévisibles critiques du gouvernement, on découvre ainsi que selon elle, la règle d’or de Nicolas Sarkozy … ne réglera rien. On comprend qu’imposer constitutionnellement un retour rapide à l’équilibre budgétaire encombrerait assez méchamment tout parti qui se trouvera en place à ce moment. Se voyant déjà dans le confortable fauteuil présidentiel, Martine n’hésite donc pas à ridiculiser l’initiative et en profite pour expliquer — en toute modestie socialiste — que cette règle d’or, elle s’en est fort bien passée pour « redresser les comptes de la sécurité sociale et créer la CMU en même temps »… Elle est vraiment trop forte, Martine.

Dans la salle, ses groupies ont consciencieusement applaudi chacune de ses salves. Ils étaient facilement repérables à un t-shirt imprimé pour l’occasion sur lequel on pouvait lire « Yes We Care ».

Et là, soudainement, on se rappelle de la fameuse « société du Care » de la même Aubry qui fit vaguement débat en mai 2010 (oui oui, il y a nettement plus d’un an, donc) avant de terminer dans un flop mou caractéristique des idées creuses exclusivement destinées à une communication d’emballage de baudruches.

Le message de ces t-shirts est globalement très mal joué.

D’une part, il rappelle à tous que la communication, quand elle ne supporte aucun produit, n’est qu’un air de flûtiau : aussitôt entendu, aussitôt oublié.

D’autre part, la mauvaise copie du slogan d’Obama n’est pas forcément très finaude : le président américain n’a jamais été aussi bas dans les sondages d’opinion, et l’état actuel des États-Unis fait plutôt frémir que rêver. En plus, si l’on s’en tient à la récente perte américaine, le message s’écrit maintenant plutôt « Yes We Cn », ce qui ne veut plus rien dire. S’adosser ainsi à cette image déplorable n’est probablement pas le souhait des militants, mais le risque existe bel et bien.

Enfin, tout le monde se souvient en revanche parfaitement des autres t-shirts « Yes We Kahn », portés brièvement avant que le directeur du FMI fasse un tour en pyjama orange par la case Rikers Island. Là encore, rappeler ainsi le délicat problème DSK et s’y accoler aussi tendrement, c’est un pari dangereux. Sans oublier qu’on peut compter sur tous les adversaires de Martine (dont les plus féroces seront sans doute dans son propre camp) pour lui demander lourdement ce qu’elle pense de la condition féminine, histoire de remuer un peu le couteausk dans la plaidsk.

Il faut bien se faire une raison : la société du « care » de Martine Aubry restera lettre morte, comme, du reste, toutes les belles pensées positives qu’elle déploiera dans un programme encore à écrire à l’encre très pâle et diluée d’une République exsangue.

Effectivement, on la voit mal distribuer des largesses budgétaire alors qu’elle devra tout faire pour montrer ses talents à respecter (voire dépasser !) cette règle d’or dont elle prétend s’être affranchie pour sauver la Sécu, la veuve et l’orphelin. Or, l’État est aux abois et n’a, pour tout dire, plus un rond.

Avec ses déficits abyssaux, la France accroît de plusieurs centaines de millions d’euros par jour sa montagne de dettes. Il semble dès lors que si Martine Aubry est élue, son « care » devra se limiter à dorloter le budget pour le mettre à l’abri des turbulences violentes qu’on sent déjà poindre.

On peine à voir dans la candidate et son avalanche de bricolages flous la moindre capacité à relever ce défi.
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