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Europe : prochaine crise en vue

Publié le 28 août 2011
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L’idée d’un défaut de la Grèce fait de plus en plus son chemin, les brouilles entre pays européens se multiplient, les volontaires du secteur privé appelés à participer au plan de sauvetage ne se bousculent pas au portillon, les capacités financières de la BCE et du FESF sont insuffisantes… bref, une prochaine crise boursière devrait avoir lieu vers la mi-septembre.

Par Stéphane Montabert, depuis Renens, Suisse

Divers analystes s’essayent avec un talent variable à l’art de la prédiction, alors autant m’y frotter à mon tour. La prochaine crise boursière aura lieu vers la mi-septembre.

Bon, déjà, rajoutons quelques mises en garde. Je ne garantis pas une précision chronométrique sur le déclenchement – pas forcément le le vendredi 16 à 14:57. Au train où vont les choses, nous pourrions même assister entre temps à une ou deux phases d’effondrement comme ce paisible mois d’août nous en a offert. Mais quelque chose de gros et lourd va indéniablement se passer sur les places financières au début de l’automne.

Le contexte, on le connaît. La récession se présente gentiment, l’euro glisse, la BCE imprime, etc. Tous les voyants sont au rouge, et ce ne sont que les péripéties judiciaires de DSK ou les affrontements à Tripoli qui ont permis aux journalistes de se mettre autre chose sous la dent. Temporairement.

Mais en septembre, c’est la rentrée. Les affaires reprennent. La bonne humeur estivale s’est envolée. La prochaine bouffée d’optimisme, généralement vers Noël, semble encore très loin.

Et la Grèce va mal.

Le ministre grec des Finances, Evangélos Vénizélos, a évoqué vendredi le risque d’un nouveau dérapage budgétaire pour cause de récession, indiquant qu’il en discutera la semaine prochaine avec la délégation tripartite de l’UE et du FMI surveillant les comptes grecs.

« Nous ne voulons pas renégocier » le plan d’austérité dicté au pays jusqu’en 2015 par ses bailleurs de fonds, la zone euro et le Fonds monétaire international, mais « nous voulons estimer en commun avec la troïka les données macroéconomiques (…) et évaluer les objectifs budgétaires », au vu de la récession pire que prévue, a affirmé le ministre.

S’exprimant lors d’une séance de questions parlementaires, il a réaffirmé tabler désormais pour 2011 sur une contraction du PIB « supérieure à 4,5% », contre une projection de départ de -3,5%, avalisée par l’UE et le FMI mais plombée par la cure d’austérité administrée au pays sous leur tutelle.

Très mal.

grece_2_ans.jpg

Les taux grecs à 10 ans ont atteint un nouveau record jeudi, les investisseurs craignant que les garanties exigées par la Finlande en contrepartie de son aide financière à Athènes fragilisent la mise en œuvre du second plan d’aide mis en place pour la Grèce.

À 15H35, les rendements grecs à 10 ans s’inscrivaient à 18,548% contre 17,892% mercredi à la clôture. Les taux à deux ans montaient à 45,892% contre 44,025% la veille. [oui oui, il n’y a pas de faute de virgule. Cf. graphique ci-dessus.]

« L’idée d’un défaut de la Grèce fait de plus en plus son chemin auprès des investisseurs », a souligné René Defossez, stratégiste obligataire chez Natixis.

L’idée fait son chemin, en effet. Avec des chiffres pareils, qui peut s’attendre à ce que la Grèce reprenne pied?

Il y a deux raisons à ce soudain sursaut de réalisme. D’abord, les engueulades entre pays européens:

Les garanties exigées par la Finlande pour sa participation au prêt international octroyé à ce pays « fragilisent la mise en œuvre de ce plan », a-t-il expliqué.

La semaine dernière, Helsinki a annoncé être parvenu à un accord avec Athènes au sujet de ces garanties, soulevant de vives tensions dans la zone euro. L’Autriche, les Pays-Bas, la Slovaquie et la Slovénie ont laissé entendre qu’ils souhaitaient le même traitement de faveur. L’Allemagne reste de son côté fermement opposée au versement de toute garantie.

Alors que tant d’efforts sont déployés pour maintenir une belle unité de façade, les disputes de chiffonniers en coulisses font mauvais effet. Les désaccords gagneront en intensité alors que la Grèce se rapproche toujours plus de la cessation de paiement, permettant à chacun de voir à quel point le bel accord d’ensemble entre Européens est illusoire. Il suffit que la Finlande réclame de faire des prêts plutôt que des dons à la Grèce – qui croit encore sincèrement qu’Athènes remboursera? – pour que les disputes s’embrasent. Et voilà l’Autriche, les Pays-Bas et d’autres de réclamer eux aussi le droit d’être plus égaux que d’autres, pendant qu’Angela Merkel fait les gros yeux… Mais personne ne la croit plus capable de garder un cap, quel qu’il soit.

merkel_decue.jpgLes disputes publiques aux plus hauts sommets de l’Union ne sont que des péripéties, au demeurant parfaitement prévisibles. L’autre inquiétude vient de la participation du secteur privé au plan de sauvetage. Et là c’est du sérieux.

Rappelez-vous: avant de partir en vacances, tous les dirigeants de l’Europe s’accordaient à dire que les créanciers privés, ces salauds, devaient mettre eux aussi la main au porte-monnaie pour sauver la Grèce. Seulement, il n’était pas question de leur tordre le bras: les agences de notation auraient tôt fait de prononcer un défaut, même partiel. L’annonce aurait démoli la valorisation des emprunts grecs dans le bilan des banques françaises et allemandes, les forçant à être recapitalisées ou à faire faillite.

Pour éviter à ce scénario catastrophe (auquel nous n’échapperons probablement pas de toutes façons) les têtes pensantes de l’UE décidèrent d’une participation « volontaire » du secteur privé. Quoi de plus facile, entre gens de bonne compagnie, de décider de faire payer quelqu’un d’autre! Comme toute forme de contrainte était toutefois interdite, on demanda aux banques de proposer elles-mêmes les modalités de leur participation « volontaire ». Étalage sur 30 ans des prêts grecs, provision à 20% des sommes empruntées en cas de reconduction d’une obligation arrivant à échéance, quelques propositions astucieuses furent avancées… Et c’est tout.

Alors que la période de foisonnement intellectuel arrive à terme, les volontaires ne se bousculent pas au portillon.

Le plan de sauvetage du 21 juillet prévoit une participation, sur une base volontaire, des créanciers privés d’un montant total de 158 milliards d’euros.

Or, pour l’instant, « une quarantaine de banques en Europe se sont dites intéressées, ce qui est très peu », a souligné [un expert du marché obligataire].

Athènes a donné aux établissements bancaires jusqu’au 9 septembre pour se déterminer sur la forme de leur participation.

Bien que le 9 septembre ne soit pas sur le plan strictement comptable une échéance cruciale pour la dette de la Grèce, le manque d’enthousiasme du secteur privé sera indiscutable ce jour-là. Il fera clairement sentir le roussi à toutes les places boursières du monde. 158 milliards d’euros à refinancer et si peu de monde pour profiter de l’aubaine, c’est ballot.

On assistera probablement à une réunion d’urgence de tels ou tels politiciens, mais pour décider quoi? Le Fonds Européen de Stabilité Financière et la Banque Centrale Européenne vont, comme d’habitude, être appelés à la rescousse, mais leur capacité financière est insuffisante – précisément la raison pour laquelle le secteur privé était amené à mettre la main au porte-monnaie. Sans compter que l’actualité a déjà amenés BCE et FESF à engager des moyens pour sauver Chypre, l’Espagne et l’Italie, ce qui n’était pas prévu à l’origine. Peut-être que ces Finlandais n’étaient pas si bêtes de se montrer prudent, finalement…

Le mois d’août était chaud, attendez donc de voir septembre.

—-
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  • Le raisonnement ne tient pas quand il se fonde sur les capacités financières de la BCE qui seraient limitées (le FESF est une autre question). Ce n’est bien évidemment pas le cas, la BCE pouvant monétiser la totalité de la dette grecque rien qu’en préchauffant l’Epson (c’est très mauvais, mais c’est comme ça).

    Il est également inexact de dire que la Grèce se rapproche toujours plus de la cessation de paiement, la Grèce étant en cessation de paiement depuis mars-avril 2010.

    • Sous leur forme actuelle, les statuts de la BCE ne lui permettent pas d’imprimer des euros à tort et à travers. Elle doit respecter un certain niveau de capitalisation, lequel est décidé par ses actionnaires (les pays-membres).

      La Grèce n’est pas non plus en cessation de paiement, ses prêts arrivant à échéance étant couverts par le FESF. Une véritable cessation de paiement, c’est quand le possesseur d’un emprunt obligataire arrivant à terme n’est pas remboursé de son dû. On y arrive…

      • Plus le sentiment de panique est important, les rumeurs nombreuses, les titres des journaux et des blogs sensationnels, moins les titres grecs « d’occasion » sont chers, assurant potentiellement un remboursement à l’échéance largement supérieur à la valeur d’achat des titres, le pari raisonnable étant que la zone euro a les moyens (la dette grecque représente 3% de la masse monétaire de la zone) et surtout fera l’impossible pour sauver les meubles grecs. Sympa, non ?

        Les statuts de la BCE ont largement été « interprétés » depuis 2010, de même que les traités, et comme il n’y a pas de plan B hormis les rachats par les chinois et les américains (si, si), il est probable que cela va durer. « On n’y arrive pas » comme vous dites, on y est déjà. Il n’y a pas de raison de croire que ce qui se produit depuis 2010 sera différent en septembre, à savoir que la Grèce est incapable de rembourser le moindre centime de sa dette de façon autonome. La Grèce est déjà en cessation de paiement.

  • LA BCE peut monétiser autant qu’elle le souhaite, en effet, mais si ce chemin est pris comme la FED le fait, un moment donné, politiquement, et je pense à l’Allemagne, ça va caler… et donc, catastrophe se passera… OUI, la Grèce se rapproche du véritable défaut de paiement… dire qu’elle y est déjà est vrai mais l’amplitude de se défaut et si faible car toujours soutenue par les instances… un moment donné, il y aura un VERITABLE défaut… et là, les bilans des banques s’effondreront réellement… pour l’instant, elles ont comptabilisé 21% de dépréciations sur les emprunts Grecques…. MDR

    Autre petite remarque, l’auteur déclare>>>

    « Le plan de sauvetage du 21 juillet prévoit une participation, sur une base volontaire, des créanciers privés d’un montant total de 158 milliards d’euros. »

    Il me semble que l’effort demandé au banques est de 51 milliards ou 50… les 158 ou 159 milliards représentent l’ensemble du plan d’aide qui est le second, et qui regroupe Banques + FESF + FMI…

    Cet extrait d’un update bourso je pense m’avait déjà semblé être une erreur… assez importante…..

    Hormis cela, très bon article….

    • Peut-être s’agit-il des prêts 2011 vs. les prêts jusqu’à un hypothétique « retour à l’équilibre » en 2015?

  • Tout d’abord, merci pour à Contrepoints pour ses articles toujours très intéressants

    Très « terre à terre » :

    si une banque fait faillite et que l’Etat la laisse « plonger », que deviennent les avoirs que l’on a chez celle-ci et que deviennent les salaires ou retraites que l’on perçoit ?

    Quelles sont les banques qui ne sont pas touchées par un défaut grec ou par la crise en elle-même ?

    Merci d’avance à celui ou celle qui répondra à mes questions…

    • Que deviennent les avoirs, salaires et retraites en cas de faillite d’une banque ? Ils perdent l’essentiel de leur valeur, y compris les livrets et les assurances-vie : tous les déposants des institutions financières portent le risque indifféremment. Ils sont « solidaires », comme diraient les socialistes, sauf qu’en l’espèce, il s’agit d’une solidarité effective et non d’un discours politique vide de sens. Quelles sont les banques qui ne sont pas touchées par la crise ? Aucune. Toutes seront affectées en cas de défaut d’un Etat, au mieux par une crise de liquidité, au pire par des faillites en chaîne. Tout ceci sans parler du chômage de masse qui suivra les faillites consécutives des entreprises qui ne pourront plus payer les salaires, les fournisseurs, etc., puisque les entreprises perdront également leurs dépôts.

      Il n’y a aucune alternative au retour rapide à l’équilibre des finances publiques et à la décrue massive des dépenses de l’Etat-providence (Etat, collectivités locales, organismes sociaux, associations, etc.) pour maintenir puis relancer l’activité économique. En France, c’est un minimum de 150 milliards d’euros que l’Etat doit gratter rien que pour revenir à l’équilibre. Nous sommes loin des ridicules 11 milliards de Fillon !

  • Les plus pessimistes dont je fais partie te répondront que l’Etat garanti , couvre une certaine somme.. disons 100 000€ sur un compte courant….

    Maintenant, au pire, si l’Etat est ruiné complet, une seule solution, ne laissez aucune tune ds les banques, tout retiré ou quasi et convertir en Or physique ou en Silver… ces deux métaux, au moins, vaudront tj quelque chose voir, en ces temps difficiles, tj +… et si ce qu’on mentionne se passe, ils vaudront 10x + !

    • Jusqu’à ce que l’Etat, en cas de crise sévère, interdise la possession de ces métaux précieux par les particuliers…

      • A-t-on déjà vu un état interdire totalement la possession de métaux précieux aux particuliers?
        Attention, je ne parle pas de signe qui feraient croire cela. Je parle de réelle interdiction.

        • Bien sur

          Le 5 avril 1933, en pleine Grande Dépression…
          … le président Franklin D. Roosevelt signa un ordre exécutif pour exiger, dans les quatre semaines, la restitution de l’ensemble de l’or détenu par les résidents américains. Toute détention de pièces d’or, de lingots ou de titres rattachés à de l’or était tout simplement devenue interdite à partir du 1er mai de cette année.

        • L’article 51 de la LOI no 2011-900 du 29 juillet 2011 de finances rectificative pour 2011 parue au Journal Officiel vient compléter l’article L 112-6 du Code Monétaire et Financier

          Cela signifie que tous les achats et toutes les ventes de métaux précieux effectués devront être réalisés autrement qu’en espèces. Nous appliquerons cette règle dès le 1er septembre 2011.

          -La grenouille dans l’eau qui chauffe ne vous rapelle rien 🙂

          • Erratum
            « Art. 88 A.-Toute personne physique ou morale se livrant à titre habituel à l’achat au détail de métaux ferreux et non ferreux est tenue de remettre, avant le 31 janvier de chaque année, à la direction des services fiscaux du lieu de son domicile ou du siège de l’établissement une déclaration, dont le contenu est fixé par décret, qui fait notamment apparaître l’identité et l’adresse des vendeurs et le cumul annuel des achats effectués auprès de chacun de ces derniers. »
            II. ― A l’article 89 A du même code, les références : « 88 et 240 » sont remplacées par les références : « 88,88 A et 240 ».
            III. ― A la première phrase du dernier alinéa du I de l’article L. 112-6 du code monétaire et financier, les mots : « au-delà d’un montant fixé par décret » sont supprimés.
            IV. ― Les I et II entrent en vigueur le 1er janvier
            2012.

            C’est important et ca concerne la France

  • Sorry pour les fautes, je tape trop vite et en regardant d’un oeil le foot….

  • Certains n’attendent que ça… le marché noir n’aura que plus d’intérêt… ha ha ha déjà pareil avec les armes en Belgique…..

    L’Oligarchisme liberticide prouverait encore sa main mise et sa puissance…..

  • Les commentaires sont fermés.

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