Succès de la rigueur irlandaise

Irlande

La faillite du keynésianisme est impossible à rater

Les plans de rigueur seraient mauvais selon la théorie keynésienne, qui plaide pour des dépenses supplémentaires de l’État en période de crise. Et si la réalité montrait l’inverse, avec l’exemple irlandais?

Par Alexis Vintray

Il y a encore peu, l’Irlande était dans une situation désastreuse, obligée de demander l’aide de l’Europe. Pourtant, depuis quelques mois, la situation s’est spectaculairement améliorée alors que les gouvernements en place ont tous mené une politique de rigueur sans précédent. Au point que Reuters pose la question: Is one PIG breaking free? Un des « Pigs » (l’Irlande) ne serait-il pas en train de s’en sortir?

Ainsi, au premier trimestre, le PIB a cru de 1,3% par rapport au trimestre précédent (5,2% en rythme annuel), en particulier grâce à une forte hausse des exportations. En juin, l’excédent commercial a atteint un record historique de 4,08 milliards €, une hausse de 8% par rapport à mai.

L’hypothèse de croissance du PIB de 2% prise par le gouvernement pourrait être dépassée. Une condition essentielle pour réduire le fardeau de la dette publique, qui est attendue à 111% pour 2011.

Sans surprise, ces bons résultats se traduisent par le retour de la confiance des investisseurs, convaincus par la volonté affichée d’assainir la situation au plus vite. Alors que les taux à 10 ans touchaient un maximum de plus de 14% en juillet, ils sont redescendus sous les 9%. Une performance que l’intervention de la BCE pour acheter des titres n’explique pas: là où les taux irlandais ont chuté de plus de 5%, les taux portugais n’ont chuté que de 2%. La même tendance est visible par rapport à la Grèce, dont les taux sont repartis de plus belle à la hausse (voir le graphique ci-dessus pour les taux à deux ans, seekingalpha.com)

Des résultats qui ne doivent strictement rien au keynésianisme mais, à l’inverse, beaucoup au régime drastique que le pays s’est imposé. Ainsi, si le commerce extérieur a explosé, c’est que les salaires comme l’inflation ont fortement baissé depuis le début de la crise en 2007. En quelques années, les Irlandais ont  récupéré la moitié de la compétitivité perdue dans la décennie précédente selon Alen Mattich dans le Wall Street Journal.

Inflation en Irlande (ESRI)

Même constat pour l’inflation, qui avait cru nettement plus rapidement que dans la zone euro entre 1999 et 2007 (+36% contre +22%). Depuis 2007, les prix ont légèrement chuté (-0,5%) contre une hausse de près de 6% dans la zone euro. La Grèce a laissé ses prix filer de plus de 10%, tandis que l’inflation au Portugal atteignait +5,7%. Conséquence, les produits irlandais se retrouvent comparativement moins chers que les produits du reste de l’Europe.

On notera aussi que l’Euro, en empêchant la dévaluation de la monnaie, a empêché l’Irlande de retrouver sa compétitivité par la dévaluation, et obligeant à cette « dévaluation interne ».

Tout aussi intéressant, le gouvernement irlandais a refusé de toucher à sa fiscalité des entreprises, très basse, et a au contraire axé son plan de rigueur sur la baisse des dépenses publiques. Avec les résultats probants mentionnés plus hauts, qui confirment ce que les économistes disent depuis longtemps. Comme l’écrit l’économiste de Harvard, Alberto Alesina (voir l’article de Contrepoints) :

Economic history shows that even large adjustments in fiscal policy, if based on well-targeted spending cuts, have often led to expansions, not recessions. Fiscal adjustments based on higher taxes, on the other hand, have generally been recessionary.

Les pays baltiques, qui ont eux aussi choisi une politique de rigueur avec chute de l’inflation, compression des salaires et mesures pour revenir rapidement à l’équilibre budgétaire, voient également leur situation économique s’améliorer rapidement. Au point que Fitch Ratings fasse de ces pays des sources d’inspiration pour régler la crise de l’Euro.

Certes, le pays n’est pas complètement sorti d’affaire et continuera à payer le prix des excès de la bulle immobilière de la décennie précédente pendant quelques temps encore. En outre, la menace d’une nouvelle récession pèse comme une épée de Damoclès sur les perspectives de croissance. Mais les premiers résultats et la comparaison avec les autres « PIGS » remettent en cause les hypothèses keynésiennes et offrent probablement des leçons à tirer pour la France ou la « rigueur » ne contient aucune moindre réduction des dépenses publiques…


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